Mettre d'accord MR, CDH, Ecolo et Défi va être très dur
- Publié le 21-06-2017 à 08h00
- Mis à jour le 21-06-2017 à 09h10

Les futures coalitions dans les entités fédérées sont encore loin de voir le jour… Pour le moment, tous se regardent en chiens de faïence et attendent le premier mouvement des autres pour se repositionner en conséquence. C'est la guerre tactique, la guerre des nerfs. Défi et Ecolo, particulièrement sollicités, veulent faire payer très cher leur (éventuelle) participation aux futures majorités sans le PS.
Mardi, Olivier Maingain a exigé, comme préalable, la tête d'Armand De Decker et de Joëlle Milquet. Du côté du MR, cette "tâche" avait déjà été plus ou moins accomplie mais, pour le CDH, cette demande est ressentie comme une provocation. Du côté d'Ecolo, une salve d'artillerie lourde va être tirée ce mercredi lors d'une conférence de presse. Les verts vont dévoiler leur cahier de revendications en matière d'éthique politique et de transparence. Ces mesures pour plus de morale publique devraient être radicales.
Maingain refuse de voir Lutgen
L'exercice de musculation est classique mais Défi a poussé le bouchon un peu plus loin en refusant de négocier avec Benoît Lutgen selon le délai que ce dernier a fixé. En effet, le CDH a annoncé mardi que son président rencontrerait " pour un premier dialogue constructif " Olivier Chastel (MR) et Olivier Maingain ce mercredi matin, respectivement à 9 h 30 et 11 heures. Ensuite, il va rencontrer Zakia Khattabi et Patrick Dupriez, les coprésidents d'Ecolo, jeudi à 10 heures. " Le but, c'est de ne pas traîner et d'avoir un accord de majorité endéans la quinzaine à la Région wallonne ", ose-t-on au CDH. A Bruxelles, la donne est nettement plus compliquée puisque Défi ne voulait pas rompre sa majorité avec le PS. Un CDH ose l'expression : "Entre eux, c'est un peu un coït interrompu." A fortiori, c'est plus compliqué en Fédération Wallonie-Bruxelles puisque Défi est indispensable.
"D'abord nettoyer les écuries du CDH"
Mais, à la suite de cette invitation du CDH, le président de Défi a renvoyé Benoît Lutgen dans les cordes : " Lutgen n'est pas le maître des négociations. Par courtoisie j'avais accepté de le rencontrer sans ordre du jour précis, a-t-il réagi. Vu sa communication sans concertation, il attendra. D'abord nettoyer les écuries du CDH. " On a connu, de mémoire de journaliste politique, des négociations gouvernementales qui commençaient mieux…
Plus généralement, au CDH, on a été surpris par la réaction virulente de Défi dès lundi. Singulièrement de son ministre bruxellois, Didier Gosuin. On se dit d'autant plus surpris que Bernard Clerfayt s'est montré ouvert à une nouvelle majorité lundi soir. S'il y a eu de la friture sur la ligne amarante, pense-t-on, c'est essentiellement parce que le président Olivier Maingain était injoignable durant la majeure partie de la journée (il était dans son avion, de retour du Canada) et n'a pas pu donner le ton.
"Tuer le CDH"
Mardi midi, en bureau de parti chez Défi, la réunion était relativement calme. Certains mandataires disent qu'on leur offre une occasion de gouverner sans le PS (Clerfayt, fidèle à lui-même). Olivier Maingain a clairement indiqué qu'il n'aimait pas la méthode de Lutgen mais que l'épisode offrait une occasion de faire une grande réforme de la gouvernance. Certaines sources amarantes indiquent qu'il pourrait également profiter du moment pour "t uer le CDH ", l'un des adversaires de Défi au centre…
Chez les écolos, la proposition de rencontre de Benoît Lutgen a également été fraîchement accueillie. Ecolo répondra à l'invitation qui lui a été proposée, mais le contenu de l'agenda présenté n'est "pas du tout d'actualité ", a répliqué la coprésidente Zakia Khattabi. On part donc d'une feuille blanche…
Et au MR ? La résistance est nettement moindre. Olivier Chastel se montre plus conciliant même si, au sein de son parti, existent également des doutes. " D'un côté, il y a ce momentum qui nous permettrait de mettre le PS dans l'opposition à tous les niveaux de pouvoir, relève un libéral. Mais, de l'autre, on se méfie du CDH. Regardez le coup que les humanistes viennent de faire au PS… Ça n'inspire pas confiance. Et, au MR, on se souvient des insultes de Benoît Lutgen lorsque Charles était monté au fédéral avec la N-VA en 2014. Tout ceci est très fragile… Mais le MR est un parti responsable et on va négocier. De toute façon, il est impossible d'aller rechercher le PS dans le contexte actuel. "
Priorité : la bonne gouvernance
Les délais avant la fin de la législature sont trop courts pour négocier des déclarations de politique régionale complètes. Elles devraient donc se résumer à quelques éléments essentiels, "de rupture", dit-on, sur lesquels les futurs partenaires trouveront chacun leur compte. Mais, la priorité des priorités, c'est le volet "bonne gouvernance". "Les premiers votes sur des textes devront avoir lieu avant le 21 juillet ", glisse un CDH, optimiste malgré tout.
