Pourquoi la N-VA va (encore) tout se permettre en 2018 (ANALYSE)
- Publié le 08-01-2018 à 06h34
- Mis à jour le 08-01-2018 à 06h35

On prend les paris ? En 2018, c'est encore la N-VA qui dictera le tempo de la vie politique belge. Dans un sens, ce n'est pas anormal puisqu'elle est la formation la plus puissante des majorités flamande et fédérale. Mais la N-VA est surtout un parti qui a pour habitude de briser les codes traditionnels de la politique. Tant dans sa communication que dans son action. On en a encore eu une démonstration durant les vacances lorsque son président, Bart De Wever, a annoncé qu'il renvoyait la question d'un pacte énergétique belge (et donc la question de la sortie du nucléaire) à la campagne électorale de 2019.
Si ce n'est pas une façon d'enterrer le dossier, cela y ressemble drôlement. En fait, les nationalistes montrent par là qu'ils sont déjà entrés en campagne électorale, au mépris, au moins en partie, de leur loyauté envers leurs partenaires de majorité (MR, CD&V et Open VLD).
On observe habituellement ce genre d'attitude lorsque la campagne a réellement commencé, deux ou trois mois maximum avant les élections. Ici, on est à plus de… neuf mois de la prochaine échéance électorale, le scrutin communal d'octobre 2018, suivi de près par les élections générales de mai 2019.
La N-VA se sait en position de force et elle en profite. Il y a les sondages, d'abord, qui lui sont très favorables. Plus fondamentalement, il y a la réalité politique, tout aussi favorable. Voyez l'accord de l'été du gouvernement fédéral. Dans le paquet de mesures décidées, la plus emblématique, la réforme de l'impôt des sociétés (Isoc), était une demande nationaliste. La plume au chapeau du CD&V était une ébauche de taxation sur le capital (la taxation des comptes-titres). Celle de l'Open VLD : la possibilité de bénéficier de 500 euros par mois non taxés pour la réalisation de petits jobs. Et le MR ? Lui, il se satisfait de l'accord d'ensemble piloté par "son" Premier ministre, Charles Michel.
Équilibre rompu
Mais ce subtil équilibre s'est écroulé fin décembre lorsque, pour des raisons de timing, la réforme de l'Isoc a été votée sans le reste. Le parti indépendantiste avait son trophée, pas les autres. La conséquence, c'est que le CD&V, l'Open VLD et le MR sont à présent les otages de la bonne volonté de la N-VA. Si elle refuse de voter les autres mesures, elles ne passeront pas. C'est aussi simple que cela. Or on sait, par exemple, qu'elle exècre la taxation des comptes-titres…
Si Bart De Wever s'est permis de saboter aussi directement le pacte énergétique, ce n'est peut-être pas un hasard. Si, dimanche, il s'est permis de lier la survie du gouvernement Michel au maintien de Theo Francken (N-VA) à son poste de secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration (lire page 6), ce n'est peut-être pas un hasard non plus. D'autant plus que Theo Francken est voué, à terme, à prendre la présidence de la N-VA. Les nerfs des trois autres formations de la majorité vont encore être mis à rude épreuve.
Elections anticipées ?
Dans ce contexte, va-t-on vers des élections anticipées - un parti, excédé par l'attitude de la N-VA, aurait débranché la prise de la "suédoise" ? Peu probable. Pour deux raisons.
La première, c'est que l'histoire récente nous rappelle que celui qui fait tomber un gouvernement le paie aux élections - voyez l'état de l'Open VLD après avoir fait chuter le gouvernement Leterme en 2010. De plus, à en croire les sondages, la N-VA sortirait gagnante d'élections anticipées. L'opération serait donc contre-productive.
Seconde raison : le manque de loyauté des nationalistes a ses limites. S'ils plombent systématiquement leurs partenaires, ils risquent de se retrouver isolés en 2019 et donc renvoyés dans l'opposition. En plus, ils passeraient pour les saboteurs de l'action gouvernementale. Même les plus puissants ont leurs faiblesses.