Dans les coulisses de "Schild & Vrienden" avec le journaliste de la VRT qui a mené l'enquête
- Publié le 12-09-2018 à 08h52
- Mis à jour le 12-09-2018 à 11h41

Diffusé sur la VRT dans l'émission "Pano", le documentaire "Schild & Vrienden" a choqué la Flandre. Dans cette enquête, on découvre les activités d'un groupuscule d'ultra-droite dans lequel des jeunes membres de l'organisation postent des contenus racistes, sexistes, antisémites et pro-nazis sur les réseaux sociaux. Ce mercredi, Questions à la Une (20h20 sur la Une) a décidé de diffuser ce reportage. Entretien avec Tim Verheyden, qui a réalisé cette enquête pour le magazine Pano. Le journaliste de la VRT nous explique sa façon de procéder, les contacts qu'il avait avec le groupuscule, ou encore les répercussions qu'a eu ce reportage.
Comment avez-vous eu l'idée de réaliser cette enquête ?
Je suis tombé sur une vidéo publiée sur Facebook d'un montage de différentes images de manifestations et d'attaques dans le monde entier et notamment à Bruxelles et à Anvers, sur une musique angoissante. A la fin de cette vidéo, plusieurs jeunes du "Schild & Vrienden" prenaient la parole, se présentant comme un mouvement pour les jeunes qui se sentaient conservateurs. Je n'avais jamais entendu parler d'eux. Il y a, en ce moment, un grand débat sur les questions identitaires, je trouvais cela intéressant. C'est une voix qu'on n'entend pas beaucoup dans les médias, j'ai donc décidé de les contacter pour un reportage.

Comment s'est déroulée l'enquête ?
J'ai travaillé six mois et je les ai rencontrés sept, huit fois mais j'ai aussi eu beaucoup de contacts avec eux sur WhatsApp.
Votre principal contact était le fondateur du groupe Dries Van Langenhove ?
Oui, c'est le leader du groupe, c'est lui qui gère entièrement la communication. J'ai discuté avec deux ou trois autres personnes mais elles n'apparaissent pas dans le reportage.
Comment a été créé le groupe ?
L'an passé, en mai, une lecture de Theo Francken avait été annulée à la VUB (Vrije Universiteit Brussel) suite au blocage de l'entrée du bâtiment par des étudiants. Lorsque plus tard, Theo Francken est venu à Gand pour une autre conférence, Dries Van Langenhove a publié une annonce sur Facebook expliquant qu'il fallait assurer sa sécurité. Une dizaine de personnes étaient présentes et le mouvement est finalement né après une autre réunion pendant l'été.
Combien de membres compte le groupe ?
Aujourd'hui, après la diffusion du reportage "Schild & Vrienden", il y a 25.000 personnes qui "aiment" la page Facebook (Ndlr: ils étaient 14.000 au moment du tournage). Nous avons découvert qu'il existe également un groupe caché sur Facebook composé de 900 membres. Ils discutent aussi via Discord, un service de messagerie pour fans de jeux vidéo où presque 200 personnes étaient actives. Après, tout le monde n'est pas forcément en accord avec les idées de Dries Van Langenhove. En tout et pour tout, je dirais que le noyau dur du groupe représente 30 à 40 personnes. Le mouvement international identitaire est, en revanche, plus important puisqu'il existe notamment des groupes en France (Génération identitaire), en Angleterre (Generation Identity), en Autriche...
En façade, les membres ne se disent pas racistes, homophobes ou misogynes. Sur les vidéos, ils sourient, restent calmes. Dans les groupes plus confidentiels dont vous parlez, en revanche, les montages que vous avez trouvés sont haineux. C'est une stratégie de "camouflage" ?
Ils pensent que pour propager des idées radicales, ils doivent communiquer de façon plus modérée. Un peu comme l'a fait la droite alternative (l'alt-right) aux Etats-Unis.

Quand vous confrontez Dries Van Langenhove dans un bureau, que vous lui montrez les montages ignobles qui sont postés sur ces groupes, il vous regarde dans les yeux et vous dit : "Ce n'est pas vrai".
Ca aussi c'est une tactique de dire que c'est une fake news. Vous avez des vidéos sur YouTube qui présentent cela. Martin Sellner (chef de file des identitaires autrichiens), par exemple, explique les règles pour mettre en place un mouvement identitaire. Un des stratégies est de chercher un ennemi, cela peut être les migrants mais cela peut être aussi les médias. C'est ce qu'il fait pour le moment, il attaque la crédibilité des journalistes.
Il n'y a pas une fille dans ce groupe ?
Non, de temps en temps, j'en ai vu une sur des photos mais pas en vrai...
Il y a un certain culte du corps également. Personne ne doit être gros dans le groupe par exemple...
Oui. Dans leur idéologie, c'est important pour le mouvement d'avoir un esprit sain dans un corps sain pour être résilient et fort.
Vous attendiez-vous à un tel retentissement ?
Non pas du tout. Pas à ce point en tout cas. Cela fait quasiment une semaine que le documentaire a été diffusé et il y a des articles sur le sujet qui sortent tous les jours. L'opinion publique a réagi, les partis politiques ont tous dit que c'était inacceptable et notamment la N-VA. Des candidats aux communales, membres du groupe ont annoncé qu'ils ne prendraient pas part au scrutin. C'est notamment le cas de Stijn Everaert qui était sur la liste N-VA à Alost et qui a finalement jeté l'éponge après le reportage. Enfin, Dries Van Langenhove a été suspendu de l'université de Gand au Conseil d'administration (NdlR: il a été remplacé par Louis De Stoop, lui aussi membre de l'organisation).
Le parquet de Gand a ouvert une enquête aussi.
Oui et je vais être entendu comme témoin mais je ne peux rien dire concernant cette procédure.
Vous avez des nouvelles de la part de Dries Van Langenhove ou d'autres membres du groupe ?
Non, pas pour le moment. Ils nous ont traités de menteurs mais c'est tout.
