A Mons, entre Bouchez, Di Rupo et Martin, la confrontation est œdipienne, voire plus complexe encore...
À Mons, Bouchez et Martin devront d'abord vaincre Elio Di Rupo

- Publié le 24-09-2018 à 07h47
- Mis à jour le 24-09-2018 à 10h53

La Libre lance une nouvelle série : les grands duels des communales 2018. Premier épisode : Mons.
"Elio, vous avez manqué d'élégance en ne m'avertissant pas du changement de majorité. Je sais très bien qui est l'instigateur de cela, c'est Nicolas Martin. Désormais, après avoir réussi à m'éjecter, il ne lui reste plus qu'un seul adversaire à Mons et c'est vous." Dans ces quelques mots prononcés par Georges-Louis Bouchez se loge l'essence même de la pièce à trois acteurs qui est en train de se jouer à Mons. Nous sommes le 19 avril 2016 et le jeune échevin des Finances, du Budget et de l'Emploi vient d'apprendre par Twitter que les socialistes ne veulent plus des libéraux au sein du collège communal. Cette alliance qui avait duré 16 ans a pris fin sans avertissement.
La culture du soupçon
Déstabilisé par le coup habile et imprévu d'Elio Di Rupo, Georges-Louis Bouchez tient à l'appeler personnellement avant de réagir auprès des médias. Dans la décision de rejeter le MR dans l'opposition, il voit l'influence et le patient travail d'orfèvre du premier échevin PS, Nicolas Martin, qui aurait voulu se débarrasser de lui. Alors, Bouchez veut faire douter le président du PS et l'avertit : Nicolas Martin ne s'arrêtera pas là, Elio Di Rupo pourrait être la prochaine victime de l'ambition de son poulain…
Le retournement d'alliance était un coup de maître au tempo implacable. Quatre jours avant le changement de coalition à Mons, Georges-Louis Bouchez avait perdu son siège de député wallon suite à la démission de Jacqueline Galant du gouvernement fédéral. Ingérable et charismatique, le jeune loup libéral avait déjà un genou à terre et l'éviction du MR, présentée comme la conséquence de ses critiques acides envers le partenaire socialiste, devait compromettre le reste de sa carrière politique.
Finalement, il a survécu à la séquence. Et les deux adversaires qui se livraient une guerre sourde - Nicolas Martin et Georges-Louis Bouchez - se retrouvent désormais dans un face-à-face électoral. Le premier emmène les candidats du PS montois, le second ceux de la liste de rassemblement "Mons en mieux", la principale force d'opposition à la puissance locale des socialistes.
Des doubles en miroir
L'antagonisme de leurs ambitions se double de l'opposition presque parfaite de leurs personnalités. Nicolas Martin est précis, gestionnaire, peu à l'aise en débat. Pas à pas, il a réussi à se hisser dans la hiérarchie du parti en profitant de l'effet d'aspiration créé à Mons par l'itinéraire personnel d'Elio Di Rupo. L'ancien Premier ministre l'avait choisi comme bourgmestre faisant fonction, chargé de garder les clefs du temple montois durant son mandat au 16, rue de la Loi . Quant à Georges-Louis Bouchez, c'est tout l'inverse : il se nourrit de l'imprévu, se passionne pour les grandes orientations politiques et a un avis sur tout. Son personnage, il l'a construit contre Elio Di Rupo et son emprise sur Mons.
Les bons mots de Mitterrand
Les deux jeunes leaders ont des destins croisés mais affichent du dédain l'un pour l'autre, quand ils ne s'ignorent pas. Nicolas Martin est irrité par les foucades de Georges-Louis Bouchez contre la majorité absolue du PS, toute cette agitation organisée l'ennuie. "Les médias adorent cette liste ("Mons en mieux", NdlR) et ses candidats. En ce qui me concerne, je ne veux pas être le candidat des médias mais le candidat des Montois", avait-il lancé sur La Première à l'intention de son principal rival. De son côté, Georges-Louis Bouchez ne comprend pas la réserve naturelle de Nicolas Martin qu'il prend pour de la suffisance et de la médiocrité. "On remplace l'homme du passé par l'homme du passif", avait-il commenté suite au renoncement d'Elio Di Rupo à occuper la tête de liste PS. Caustique, le candidat de "Mons en mieux " paraphrasait François Mitterrand lors du débat aux présidentielles de 1981 qui l'opposait à Valéry Giscard d'Estaing. Frustré, Georges-Louis Bouchez a le sentiment que le PS lui a volé son duel avec Elio Di Rupo suite à cette esquive électorale.

Psychanalyse montoise
Car voici ce qui rassemble Martin et Bouchez, le point de convergence de leurs différences fondamentales : Elio Di Rupo lui-même et son pouvoir érigé comme un obstacle à leur parcours personnel. "L'un et l'autre sont les fils spirituels d'Elio, analyse un observateur de la politique montoise. Et l'un et l'autre ont un combat à mener contre ce père commun." Il ne faut pas se méprendre sur Georges-Louis Bouchez. Malgré la fermeté de ses convictions libérales, le président du PS reste son véritable modèle. Comme lui, il vient d'un milieu modeste et le destin qu'il tente de se forger est marqué par sa volonté initiale de s'extraire de ces conditions sociales. C'est œdipien : Georges-Louis Bouchez a compris depuis longtemps qu'il devra vaincre celui qui l'aura tant inspiré afin de pouvoir prendre sa pleine mesure politique.
Gardez-moi de mes amis…
Pour Nicolas Martin, c'est plus complexe. Il doit le respect à celui dont l'ombre protectrice a facilité ses premiers pas dans l'arène montoise. Au PS, on ne tue pas le patriarche aussi facilement qu'ailleurs. Or, cette bienveillance initiale lui a été progressivement retirée. Elio Di Rupo lui a laissé prendre la tête de liste mais ce cadeau était empoisonné. Nicolas Martin va prendre les coups de la campagne, devra assumer d'éventuels mauvais résultats tandis que, depuis la dernière place de la liste, Elio Di Rupo garde la main tout en se préservant. Nicolas Martin ne doit pas rêver à l'hôtel de ville. Sur RTL, dimanche dernier, le président du PS l'a d'ailleurs clairement indiqué. Qui sera bourgmestre ?, lui demandait-on : "J'entre en campagne comme si c'était la première fois. La population choisira. Sera bourgmestre l'homme ou la femme qui aura le plus de voix dans le parti le plus important de la majorité. Cette question ne se pose pas."
Le bourgmestre de la cité du Doudou n'est pas prêt à céder son pouvoir à un plus jeune successeur, qu'il soit libéral ou socialiste…