Communales 2018: l'axe MR-CDH domine la politique namuroise, l'inconnue, c'est Défi

- Publié le 25-09-2018 à 06h43
- Mis à jour le 25-09-2018 à 10h30
L'ambiance électorale a rarement été aussi délétère à Namur. Un tag insultant le bourgmestre Maxime Prévot (CDH) découvert samedi ; le même aspergé de sauce lors d'une brocante quelques jours plus tôt ; l'agression de l'ancien bourgmestre Jean-Louis Close (PS) ; une balle de revolver déposée au siège local de Défi ; la façade du MR vandalisée…
Difficile de savoir si cette succession d'événements est le signe d'une tension croissante à l'approche des élections. Mais, ce qui est sûr, c'est que les enjeux politiques sont extrêmement importants dans la capitale wallonne.
"Historiquement, il y a un lien très fort entre la Ville et la Province", dit un connaisseur. La coalition qui se mettra en place à la Ville a de fortes chances d'être dupliquée, en tout ou en partie, à la Province.
L'axe MR-CDH est solide aux deux niveaux de pouvoir. Il s'était renforcé, mi-2017, après que le président du CDH, Benoît Lutgen, avait permis au MR de monter dans le gouvernement wallon à la place du PS. À la ville de Namur, le scénario le plus probable est la reconduction de la coalition que MR et CDH forment avec Écolo.
À la Province, ils pourraient faire monter les verts si leur bipartite est trop étriquée au soir du 14 octobre, et a fortiori s'ils perdent la majorité.
Namur est une place cruciale pour le CDH. Il y a non seulement le symbole du maïorat de la capitale de la Wallonie. Mais c'est aussi l'une des seules communes où la liste porte l'étiquette CDH… Son résultat à Namur, et plus encore dans l'ensemble de la province, donnera un bon indice de l'état de forme des humanistes - plutôt patraques, à en croire les sondages - dans la perspective des élections régionales et fédérales de mai 2019.

Un PS en perte de vitesse
Face au bourgmestre Prévot : une inconnue et une revancharde. L'inconnue, c'est Défi. Le président Olivier Maingain veut faire de Namur le symbole de l'implantation de son parti en Wallonie. Il a de bonnes chances d'entrer au conseil communal grâce à deux transfuges, Pierre-Yves Dupuis (ex-PS) et Françoise Kinet (ex-MR). Mais la section locale a été fragilisée par le départ d'une quinzaine de membres, fâchés de l'autoritarisme de M. Maingain qui avait justement imposé les deux têtes de liste.
La revancharde, c'est Eliane Tillieux, cheffe de file PS et principale figure d'opposition. Elle ne devrait cependant pas réussir son pari visant à s'emparer de l'hôtel de ville tant les socialistes ont été affaiblis ces derniers temps par une série de départs.
De manière générale, le PS n'est pas en grande forme dans la province de Namur. À part dans ses bastions, dont Andenne (avec Claude Eerdekens) et Sambreville (avec Jean-Charles Luperto), il y subit une érosion lente, mais constante. Que ce soit au niveau du conseil provincial ou bien dans les communes, comme à Gembloux ou Jemeppe-sur-Sambre.
À Gembloux , la majorité CDH-MR du bourgmestre Benoît Dispa (CDH) devrait être reconduite. Écolo est en embuscade et pourrait profiter d'un affaiblissement des libéraux provoqué par les retraits de l'ex-ministre fédérale Sabine Laruelle et de la présidente du CPAS, Martine Minet-Dupuis. Le PS est, lui, condamné à jouer les faire-valoir.
À Jemeppe , le bourgmestre socialiste Joseph Daussogne (toutefois exclu du PS en 2007) avait été chassé du pouvoir en 2012 par la députée fédérale Stéphanie Thoron (MR). Il avait cependant retrouvé son poste en cours de législature après un renversement de majorité tenant à un seul siège. Âgé de 85 ans, il est à nouveau tête de liste. Mais les socialistes se sont divisés en deux camps, celui de M. Daussogne et celui de l'échevin Philippe Carlier (PS).
Stéphanie Thoron pourrait en profiter pour reprendre le maïorat à la tête de son cartel MR-CDH-Écolo allié à des indépendants.
À l'assaut des places libérales
La province de Namur est un territoire politique assez bigarré. Il n'y a pas une force dominante, comme le MR dans le Brabant wallon, le CDH dans le Luxembourg ou le PS dans le Hainaut. Ce sont toutefois les libéraux qui y ont le plus de bourgmestres et qui avaient gagné les élections de 2012 en devenant le premier parti de la province. Plusieurs maïeurs MR pourraient néanmoins être inquiétés.
À Dinant , Richard Fournaux pourrait perdre sa majorité absolue. Il a face à lui une concurrence forte et pléthorique incarnée par son premier échevin Robert Closset, à la tête d'une liste dissidente. Le CDH Axel Tixhon, figure montante de la politique locale, semble avoir un coup à jouer. Une alliance entre M. Fournaux et lui n'est pas à exclure.
La situation à Ciney ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de Dinant. Un bourgmestre MR détenant la majorité absolue : Jean-Marie Cheffert. Et un échevin à la tête d'une liste dissidente : Frédéric Deville. Ce dernier pourra compter sur le soutien de Guy Milcamps (PS), bourgmestre de 2006 à 2012. M. Cheffert se contentera de pousser sa liste. Écolo - avec le coprésident du parti Patrick Dupriez à la dernière position - sera l'arbitre des débats et pourrait accéder au pouvoir si aucune des deux autres forces n'obtient la majorité absolue.
Deux autres bourgmestres libéraux devront aussi batailler. José Paulet, à Gesves , où sa majorité absolue ne tient qu'à un siège (comme à Ciney). Et à La Bruyère où l'omnipotent Robert Cappe - "despote non éclairé", selon un adversaire - est très contesté. En 2012, alors que le CDH pensait partir avec le MR, M. Cappe avait surpris son monde en embarquant le PS. Le scénario d'un front uni contre lui prend de l'épaisseur.
Majorité provinciale en sursis
Selon les sondages, le CDH pourrait perdre des plumes au scrutin provincial. C'est surtout la traduction des voix en nombre de sièges au conseil provincial qui devra être suivie de près. Dans le sud de la province, la loterie de l'apparentement (c'est-à-dire le transfert de voix entre les circonscriptions électorales) pourrait jouer un mauvais tour aux humanistes. Même avec une perte limitée de voix, ils risquent de devoir abandonner pas mal de sièges.
Écolo en embuscade. Le cas échéant, Écolo semble bien placé pour les récupérer. La majorité provinciale MR-CDH ne tient qu'à trois sièges (21 sur 37). Elle n'a donc pas le droit à l'erreur. Écolo, à nouveau, pourrait en profiter pour monter dans le collège provincial si les libéraux et les centristes ont la volonté de laisser le PS dans l'opposition.