Robert Vertenueil (FGTB): "Aujourd'hui, 250.000 travailleurs sont en risque de pauvreté"

- Publié le 08-10-2019 à 06h49
- Mis à jour le 08-10-2019 à 06h52
Selon son baromètre socio-économique, les salaires réels ont baissé de 2,4 % depuis 2014. Parlons-en, du bilan gouvernemental", lance Robert Vertenueil, président de la FGTB. Lors de la présentation du traditionnel baromètre socio-économique, le syndicaliste n'y est pas allé par quatre chemins : les principaux paramètres économiques belges sont en retrait par rapport à la moyenne européenne. Le PIB, le taux d'emploi et le déficit budgétaire sont "médiocres", pour le dire autrement, de 2014 à 2018.
"Et ce n'est pas nous qui le disons, ce s ont des chiffres qui viennent de l'ONSS, de la Commission européenne, de la BNB ou du Bureau du Plan. Ce qui m'inquiète, c'est que les exécutifs qui se mettent en place semblent vouloir utiliser les mêmes recettes, notamment en fixant des objectifs clairs de croissance de l'emploi. Fort bien, mais quelle prétention de croire que cela pourra améliorer le bien-être des travailleurs si l'on juge les résultats de ces recettes sur les dernières années !" dit Robert Vertenueil. Qui s'inquiète d'autant plus que la conjoncture internationale est préoccupante (guerre commerciale, Brexit, économie allemande en panne).
Lâcher la bride sur les investissements
Seule éclaircie dans la grisaille : les taux d'intérêt très faibles, "qui devraient autoriser qu'on lâche un peu la bride sur le front des investissements publics, porteurs de valeur ajoutée, ce qui n'est pas le cas actuellement".
Pour la FGTB, même si le contexte budgétaire est catastrophique au niveau du déficit, l'Europe devrait pouvoir se montrer un peu plus flexible sur l'acceptation de certaines dépenses publiques. "Je me fous de la manière dont c'est financé, mais ce que je constate aujourd'hui, c'est qu'en matière d'investissement il y a quelque chose qui ne tourne pas rond alors qu'investir est nécessaire."
Le baromètre 2019 de la FGTB met également en lumière le risque global de précarisation de la population. Pour le dire de manière un peu caricaturale, les pauvres sont plus pauvres et les riches, plus riches. Pour le syndicat socialiste, non seulement les salaires réels sont en baisse de 2,4 % (selon les chiffres de l'OIT, l'Organisation internationale du travail) entre 2014 et 2018, mais travailler ne met plus à l'abri du besoin. "Alors que le slogan 'jobs jobs jobs' a toujours fait miroiter l'inverse", poursuit Robert Vertenueil. "Aujourd'hui, quelque 5,2 % des travailleurs sont en risque de pauvreté. Soit 250 000 personnes." Un chiffre moyen qui masque mal un risque plus élevé chez les indépendants (16%) que chez les salariés (3,7%). Selon l'agence Eurofund (Union européenne) de 2019, sur la même période (2014-2018), les salaires réels ont augmenté de 6,7 % en Allemagne, de 3,6 % en France et de 3,3 % aux Pays-Bas.
Quid du salaire minimum ?
La FGTB prend un autre exemple : le salaire minimum est lui aussi en retrait par rapport à la moyenne européenne. Toujours d'après Eurofund, entre 2010 et 2019, le salaire minimum est en recul de 3 % en Belgique alors qu'il est en hausse de 1 % en France, de 11 % en Grande-Bretagne ou même de 28 % en Espagne.
Tiens, comme par hasard, c'est l'une des pommes de discorde actuelles entre les partenaires sociaux : la FGTB voudrait voir passer ce salaire minimum à 14 euros de l'heure. "Les discussions avancent. On sait que l'équation sera à trois variables : une partie à charge des employeurs, une partie 'compensatoire' pour les bas salaires, ce qui représenterait un coût de 150 millions pour la Sécu, et un mécanisme de financement alternatif. Cela avance, mais les discussions sont aussi en partie liées, avons-nous l'impression, à un dossier lié aux contrats de travail, et surtout aux mesures qui augmentent l'employabilité des travailleurs", conclut le président de la FGTB.
"Le financement de la sécurité sociale est en danger"
L'un des points d'attention de ce baromètre annuel de la FGTB porte cette année sur la sécurité sociale. "Son financement est en danger, estime Robert Vertenueil. On a démultiplié les mesures de réduction de cotisations sociales pour soutenir les entreprises, et l'activité. Je n'ai rien contre, mais il n'y avait pas de contrepartie."
Pour le dire autrement, le total des réductions de cotisations a explosé de 2 à 13 milliards d'euros entre 1996 et 2017. "Forcément, cela a des conséquences sur le budget de la sécurité sociale. Ajoutez-y les avantages de toute nature qui ont pris de l'ampleur ces dernières années (NdlR : ils pèsent environ 7 milliards d'euros pour l'année 2018) , et le manque à gagner dans le budget de la sécurité sociale se chiffre en milliards. Ce qui est étonnant, c'est que déjà pour 2018 le gouvernement a dû rallonger 1,6 milliard d'euros en dotation d'équilibre pour éviter d'être dans le rouge mais a tout de même décidé de supprimer cette dotation dès 2021", souligne le président de la FGTB. Lequel a bien sa petite idée pour assurer un financement pérenne de la sécu, qui souffre aussi de la croissance des pathologies mentales et des absences de longue durée (+ 24 % entre 2014 et 2018).
Une cotisation sociale généralisée à mettre sur la table
D'abord, il faudrait assortir les mesures de dispense de cotisations sociales d'objectifs en matière d'emploi. "Ce serait tout de même plus cohérent", estime Robert Vertenueil. Ensuite, pour assurer un financement pérenne du budget de la sécu, le syndicat socialiste verrait bien s'appliquer, un peu sur le modèle français, une cotisation sociale généralisée (CSG) à l'ensemble des revenus. "Mais, contrairement au modèle français, l'idée est d'introduire une cotisation progressive et non linéaire sur les revenus autres que ceux liés au travail. Les revenus du capital et immobiliers doivent entrer en ligne de compte. En outre, il ne s'agit pas de mettre à contribution la personne qui a hérité de la maison de ses parents, mais bien celui qui a loué six kots à prix d'or dans un petit immeuble au RC très faible."