Des origines modestes, Di Rupo comme modèle... : qui est vraiment Georges-Louis Bouchez, le nouveau président du MR?

- Publié le 29-11-2019 à 17h18
- Mis à jour le 28-01-2020 à 16h48
Georges-Louis Bouchez a récolté 62% des votes face à Denis Ducarme. Il devient donc le nouveau président du MR. Portrait. L'avion de ligne qui emporte le sénateur coopté Georges-Louis Bouchez vient d'atterrir en Indonésie. Malgré la perspective d'un voyage s'étirant sur 40 heures, il n'a pas su dire non à cet honneur : le jeune Montois est le seul représentant belge au Forum parlementaire mondial sur le développement durable organisé début septembre sur l'île de Bali. Sur le tarmac, il allume les deux GSM dont il ne se sépare jamais et constate que Charles Michel a tenté de l'appeler. " Tu es dispo ce soir ? ", lui demande celui qui est encore Premier ministre et président du MR. " Non, je suis en Indonésie… " lui répond-il par SMS. Georges-Louis Bouchez trépigne. Il sait que le moment est important : plusieurs cases libérales doivent être remplies dans les nouveaux gouvernements arc-en-ciel, en Wallonie et à la Fédération. Charles Michel voulait peut-être lui proposer un maroquin ministériel et le voilà coincé à l'autre bout du monde…
Heureusement, le congrès ne dure que deux jours. Il rentre en Belgique un samedi matin et, le soir même, il est invité à la villa du grand patron, à Wavre, pour un barbecue en petit comité. Charles Michel se retrouve en partie dans ce jeune homme intransigeant, transgressif, téméraire. Et il a, en effet, une idée derrière la tête. Lors du repas, Charles Michel avance à pas feutrés : " Willy (Borsus) n'est pas emballé par la présidence du parti, il veut rester ministre , confie-t-il à Georges-Louis Bouchez. Il est temps pour toi de sonder les leaders du parti à l'égard d'une candidature de ta part. "
Une vieille ambition
La présidence du parti ? Succéder à Jean Gol, Louis Michel, Didier Reynders, Charles Michel… A cette idée "GLB" - c'est ainsi que ses amis le désignent - est pris de vertige mais il accepte immédiatement. Conquérir la Toison d'or, l'adresse bruxelloise du siège central du MR, il y pense depuis plusieurs années. Il l'a confié à ses proches soutiens, a mis quelques journalistes dans la confidence. Mais si vite ? La défection du consensuel Willy Borsus, qui craint la violence politique inhérente au job de président, accélère l'histoire.
Ce ne sera pas dans 10 ans, mais ici et maintenant. Gérard Deprez, le stratège qui dans l'ombre conseille Charles Michel, fait chauffer son téléphone et pousse son nom auprès des poids lourds du parti. De son côté, Georges-Louis Bouchez a identifié une liste de personnalités du MR dont il estime devoir absolument obtenir le soutien. Une fois ces "barons" convaincus, le reste suivra naturellement, se dit-il. Soutenu par l'appareil de parti et se démultipliant sur le terrain, le favori a fini par l'emporter. A 33 ans, la comète libérale a brûlé toutes les étapes : Georges-Louis Bouchez devient le numéro un du Mouvement réformateur.

La montre de Steve McQueen
Son parcours foudroyant résonne comme une revanche. Une Tag Heuer "Monaco" au poignet (" C'est le modèle que portait Steve McQueen dans le film Le Mans", précise avec fierté ce fan de sports moteurs), fils de commerçants angoissés par la fin du mois, petit-fils d'un mineur de fond, Georges-Louis Bouchez se dit plus proche des milieux populaires que de la bourgeoisie. " Si on parle de conscience de classe, je viens du monde ouvrier et ça me poursuivra toute ma vie , nous explique-t-il. J'ai toujours su que je devrais m'en sortir par mon travail. La question du mérite est très importante pour moi, c'est pour cela que je suis libéral et non socialiste. Oui, j'ai une belle montre et je conduis une Mercedes mais c'est parce que j'ai le goût de la perfection, des choses bien conçues. "
Di Rupo et le Real Madrid
Des origines modestes, tout comme Louis Michel et Elio Di Rupo, ses deux grands modèles en politique. Ils se sont hissés au sommet par la même volonté révoltée, implacable, dure à la tâche, qui anime désormais Georges-Louis Bouchez. Quoi ? Le nouveau président du MR a pour modèle l'ancien président du PS ? Oui, vous avez bien lu. " Je combats ses idées mais je ne serais pas là où j'en suis si je n'avais pas eu Elio Di Rupo sur ma route , reconnaît Georges-Louis Bouchez. Pour moi, Elio Di Rupo, c'était mieux que l'académie. On est fort différent car il est plus florentin. Moi, j'ai une approche plus directe. Mais, alors que j'étais au conseil communal de Mons, je jouais en première division. J'avais le Premier ministre face à moi, le président du PS. C'était comme si Zulte Waregem jouait contre le Real Madrid chaque semaine ."
Louis Michel épaté
Vis-à-vis de Louis Michel, le lien est encore plus puissant, quasiment filial. C'est lui qui a découvert le petit prodige, il y a 14 ans déjà. Dans les locaux de l'antenne de la RTBF à Mons, un débat sur la Constitution européenne est organisé. Georges-Louis Bouchez a 19 ans et est en blocus pour sa première année en droit. Il veut se changer les idées et assiste à la joute oratoire. Face à Louis Michel, alors commissaire européen, ferraille l'ancien ministre-Président wallon et ex-bourgmestre de Liège, le socialiste Jean-Maurice Dehousse.
Il est hostile à une loi fondamentale qui surplomberait l'ordre juridique dans l'Union. Vient le temps des questions du public. Le jeune Georges-Louis prend la parole et explique à Dehousse pourquoi il n'est pas d'accord avec lui. Il fonde son raisonnement sur trois points qu'il détaille habilement. Les spectateurs applaudissent, Louis Michel est épaté. Il demande à son vieil ami Richard Miller d'aller chercher cet étudiant et de le lui présenter. " Ils me disent : tu dois faire de la politique ", se rappelle Georges-Louis Bouchez. Il se présentera aux communales de 2006 et ratera de 16 voix un mandat de conseiller communal…

Sur le fil du rasoir
Georges-Louis Bouchez a la gagne. Mais son individualisme et son impétuosité lui créent de nombreux ennemis au sein du MR. Recadré un nombre incalculable de fois par les instances libérales, il prend désormais la tête d'un parti dont il s'était préparé à se faire virer. " Je sais que je ne ferai pas de la politique toute ma vie. J'ai toujours pensé et dit que je finirai soit exclu par mon parti soit que j'en deviendrai président ", explique-t-il.
Bouchez ou le syndrome Whatsapp
Contestant le pouvoir de ses rivaux au sein du MR hennuyer (Denis Ducarme, Jacqueline Galant…), attaquant frontalement la gauche sur les réseaux sociaux, provoquant l'éviction de son parti de la majorité communale dans la Cité du Doudou, lançant ses idées dans la presse sans qu'elles aient été validées par le parti (l'allocation universelle, la fin de l'obligation de vote, etc.), Georges-Louis Bouchez frôle les limites en permanence. Son plus grand défaut : l'impulsivité. "C'est la faille majeure de son personnage. Au sein du MR, cet aspect de son caractère est connu sous l'expression suivante : le syndrome Whatsapp ", s'amuse un libéral situé au sommet de la pyramide. Whatsapp, c'est le nom de la messagerie électronique instantanée dont il use très régulièrement. Couplée à sa fougue naturelle, elle a failli lui coûter la présidence.
Que s'était-il passé ? Fin septembre, une quarantaine de libéraux progressistes avaient publié une opinion dans La Libre, appelant leur parti à prendre un virage plus social et environnementaliste. Irrité de ne pas avoir été mis au courant, Georges-Louis Bouchez s'était montré menaçant avec l'une des cosignataires, lui reprochant sa déloyauté dans un message de groupe sur Whatsapp. Ces propos maladroits avaient été divulgués dans les médias, suscitant l'inquiétude des "barons" du MR qui se demandaient s'ils avaient misé sur le bon cheval. Un plan B avait alors été imaginé pour contrer Denis Ducarme : Valentine Delwart, secrétaire générale du MR, échevine à Uccle et bras droit de Charles Michel depuis de longues années, aurait pu remplacer Bouchez aux élections internes. Le scénario est examiné pendant quelques jours. Toutefois, l'épisode Whatsapp s'apaisant, Georges-Louis Bouchez revient en grâce et peut poursuivre sa route.
Le "truc" de Bouchez
De cette séquence et de bien d'autres polémiques, le nouveau président du MR a promis de tirer les leçons. " Je ne dirais pas que je suis impulsif, je suis surtout quelqu'un de rapide, je suis un enfant de mon époque et je m'y sens très bien, confie-t-il. Mais je suis conscient que, comme président du MR, j'engage désormais tout le groupe. Je fais attention à ne plus réagir à tout sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines. J'ai un truc : quand la tentation d'une réplique cinglante me prend, j'écris une réponse pour moi-même dans mon téléphone sans la publier sur Twitter ou Facebook. Il y a six mois, j'aurais balancé ces réponses sur les réseaux sociaux. "