Pour atteindre les 2% du PIB consacrés à la Défense, la Belgique suivra un trajet phasé sur 12 ans, assure De Croo

L'augmentation du budget de la Défense suivra un trajet phasé pour atteindre les 2% du PIB". Tel est le message que le Premier ministre, Alexander De Croo, a fait passer mercredi devant les commissions de la Défense et des Relations extérieures de la Chambre.

Belga
Pour atteindre les 2% du PIB consacrés à la Défense, la Belgique suivra un trajet phasé sur 12 ans, assure De Croo
©GUILLAUME JC

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Samedi, le gouvernement Vivaldi s'est accordé sur une augmentation de l'effort budgétaire en matière de Défense afin d'honorer l'engagement pris par la Belgique en 2014 devant l'OTAN d'atteindre ces 2%, et de suivre la tendance des autres pays européens membres de l'Alliance depuis l'invasion de l'Ukraine. Une décision à laquelle le chef du gouvernement tenait particulièrement en vue du sommet de l'Alliance à Madrid la semaine prochaine.

"Le trajet est clair. En 2023 et 2024, le budget de la Défense sera augmenté au total d'un milliard d'euros. Ces moyens budgétaires supplémentaires seront investis pour augmenter l'opérationnalité de la Défense. Le gouvernement a ensuite décidé de relever le budget de la Défense à 1,54% d'ici 2030, ce qui correspond à 10 milliards d'euros. (...) Entre 2031 et 2035, le budget de la Défense continuera à augmenter pour atteindre 2% en 2035. C'est une augmentation phasée sur 12 ans, et il y a de bonnes raisons pour cela. Si tous les Alliés augmentent leur budget défense en seulement 8 ans, les prix vont augmenter. Nous devons aussi prendre le temps de renforcer l'industrie de défense européenne de manière à ce que nous arrivions à des programmes européens d'armement qui soient moins dispersés. La coopération que nous entretenons avec les Pays-Bas est à cet égard un bon exemple", a expliqué M. De Croo.

Cette décision du gouvernement a été prise dans un contexte de crispation politique. Les écologistes étaient réticents à toute augmentation du budget de la Défense au-delà du 1,54% qui avait déjà été convenu. Leur absence mercredi en commission a été pointée du doigt par plusieurs partis. Theo Francken (N-VA) s'est demandé si la décision annoncée par le Premier ministre était réellement couverte par Ecolo et Groen. Dans la majorité, Denis Ducarme (MR) a en revanche voulu remercier les Verts pour un "compromis qui ne coule pas de source" pour eux. D'après lui, il était indispensable au risque que M. De Croo "se présente en tenue d'Adam" au sommet de Madrid.

Les partenaires gouvernementaux se sont accordés sur une "intention" de porter le budget à 2%. Dans la lettre adressée par l'ambassadeur belge auprès de l'OTAN à l'organisation pour y annoncer la décision du gouvernement, celui-ci utilise le verbe anglais "intend". Le mot a suscité les interrogations de l'opposition. Invoquant l'"Oxford Dictionary", le Premier ministre a expliqué qu'il fallait le comprendre comme ce que le gouvernement avait "planifié". "C'est ce que nous allons faire", a-t-il ajouté. "Les gouvernements précédents ont donné la direction, nous donnons l'objectif. Le budget continuera à croître avec l'intention d'arriver à 2% en 2035. Il n'y a aucune ambiguïté".

"Cette décision n'est pas une victoire des uns sur les autres mais un compromis équilibré qu'il faudra expliquer à la population et qui intègre d'autres dimensions que la Défense. Il y en a aussi pour l'aide à la nation et la société civile, et cela ne remet pas en cause les décisions prises pour soulager la population qui souffre des crises successives", a fait remarquer André Flahaut (PS).

Dans l'opposition, Georges Dallemagne (Les Engagés) redoute qu'il ne s'agisse d'un "trompe-l'œil", une impression accrue selon lui par l'absence des écologistes. François De Smet (DéFI) a abondé dans le même sens au vu des six conditions qui entourent l'accord et qui risque, à ses yeux, d'autoriser rapidement les successeurs de ce gouvernement à s'en émanciper.

Seul le PTB a rejeté l'intention annoncée. "Pourquoi cette décision est-elle devenue soudain indispensable? Pour le budget militaire, il n'y a pas de problème alors que pour répondre aux besoins de gens, ça tergiverse", a lancé Nabil Boukili. Les communistes ont répété leur hostilité à l'OTAN. "Si aujourd'hui, certains pays ne sont pas envahis par la Russie, c'est parce qu'ils sont membres de l'OTAN", a répliqué M. De Croo.

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