Pour éviter une trop grande exposition aux PFAS, il faut "éviter de consommer des produits transformés"
Le professeur Alfred Bernard (UCLouvain) explique que parmi les 10 000 PFAS existants, quatre d'entre elles sont particulièrement dangereuses.

- Publié le 23-11-2023 à 06h36
- Mis à jour le 23-11-2023 à 11h01

La polémique autour des taux élevés de PFAS dans l'eau potable à Chièvres a mis sur le devant de la scène une série de notions qu'il convient d'expliquer. Lors des auditions de la ministre Céline Tellier (Écolo) et de la SWDE (Société wallonne des eaux) au Parlement wallon, il a beaucoup été question des tests réalisés pour connaître les taux de PFAS dans l'eau potable. On a parlé de tests concernant 4 PFAS, 6 PFAS et 20 PFAS. "Il existe 10 000 types PFAS selon l'agence européenne. Mais seulement quatre d'entre elles sont les plus méchantes", explique le toxicologue de l'UCLouvain, Alfred Bernard qui les cite, "ces quatre PFAS les plus dangereuses sont le PFOS, le PFOA, le PFHxS et le PFNA. Ils représentent près de 80 % de ce que l'on peut retrouver comme PFAS dans le sang humain".
Et si parfois, on en teste plus (20 par exemple), ce n'est pas pour amuser la galerie, mais parce que l'association des quatre plus dangereuses à d'autres peut se révéler des cocktails explosifs pour l'être humain. Quels en sont les effets ? "Il y a tout d'abord, une diminution de l'immunité chez les nourrissons sachant que leur exposition aux PFAS démarre lorsqu'ils sont au stade de fœtus. C'est l'un des effets les plus précoces. On peut aussi constater une augmentation du cholestérol chez les adultes. Il ne s'agit pas de maladies mais de facteurs de risques. Des risques d'infarctus et de maladie cardiovasculaire causés par le cholestérol", explique encore Alfred Bernard.
Le professeur évoque ensuite d'autres dangers chez les sujets les plus exposés. Il parle d'"une baisse de la masse à la naissance de 50 à 100 g" ainsi que "des problèmes de développement de la glande mammaire". Enfin, deux autres effets sont relevés dans les différentes études publiées actuellement. "Une baisse de la production d'hormones thyroïdienne, surtout chez les personnes qui présentent des carences en iode. Mais aussi une baisse de la production d'hormones comme les œstrogènes et la testostérone".
Les cancers qui peuvent être provoqués par une baisse de l'immunité consécutive à une longue exposition aux PFAS sont de deux ordres. "Le cancer des testicules et le cancer des reins qui est assez rare", insiste Alfred Bernard.
Notre interlocuteur est très clair sur les solutions pour réduire de manière durable, les PFAS dans l'eau. "Il faut édicter une norme qui constitue un seuil en deçà duquel il n'y a pas de risque. L'état des connaissances aujourd'hui me pousse à préconiser une norme de 20ng/l pour ce qui concerne les 4 PFAS les plus méchants. Quant à la Norme de 100 ng/l pour ce qui concerne les tests effectués sur 20 PFAS, il faut s'assurer que pour les quatre plus dangereuses, la norme de 20 soit respectée".
Il n'y a pas eu de gestion de risques
Alfred Bernard s'étonne aussi de l'absence de réaction politique sur le cas de Chièvres en particulier. "Cela fait des années et il n'y a pas eu de gestion de risques, il aurait fallu recommander aux femmes enceintes de boire de l'eau en bouteille."
Pour ceux qui se souviennent de la crise de la dioxine à la fin des années 90, il faut savoir que "les PFAS sont plus dangereuses que la dioxine que vous n'ingérez pas par l'eau ou les vêtements contrairement aux PFAS".
Et lorsqu'il évoque l'inaction des pouvoirs publics dans cette affaire, il remonte à l'époque (2017-2018) "où l'armée américaine a prévenu les pouvoirs publics wallons du problème". Soit avant que Céline Tellier soit ministre. Ce n'est donc pas nouveau.
Il conclut en conseillant aux citoyens d'adopter "une alimentation équilibrée et d'éviter les aliments transformés". Il ajoute qu'il y en a aussi dans les légumes et les fruits, "mais ce sont les PFAS les moins dangereuses".