"Si la N-VA monte dans un gouvernement avec le Vlaams Belang, ou dans une majorité sans avancée communautaire forte, elle implose dans les deux cas"
Pour François De Smet, président de Défi, la N-VA se disloquera après 2024, à moins de parvenir à "installer un rapport de force avec les francophones". Il propose que les partis francophones s'accordent sur quelques principes, pour faire barrage aux nationalistes flamands.


- Publié le 13-01-2024 à 07h01
- Mis à jour le 13-01-2024 à 10h23

Défi est historiquement le parti de la défense des francophones. Or, on entend beaucoup moins parler de ce sujet que de la laïcité dernièrement, dans vos rangs. Depuis la scission de BHV, il y a une démobilisation francophone. On le voit en périphérie, la cause francophone attire moins les jeunes générations. Le paradoxe, c'est que jamais le nationalisme flamand n'a été aussi puissant et menaçant. S'il n'y a qu'une seule tendance forte dans les sondages depuis plusieurs années, c'est la montée du PTB et celle, écrasante, des nationalistes flamands. Les francophones doivent se réveiller. Nous avançons vers cette élection du 9 juin comme des zombies, sans voir le chaos institutionnel qui pourrait suivre. Moi, je crois en la loi d'attraction des masses en politique. Si le Vlaams Belang fait le score attendu, cela exercera une pression insupportable sur la N-VA.
La N-VA pourrait gouverner avec le Vlaams Belang ?
Je pense qu'on ne peut pas l'exclure car Bart De Wever est très ambivalent sur le sujet. Si jamais la N-VA fait le pas d'oser un gouvernement flamand avec le Vlaams Belang, ils vont sortir définitivement du cercle démocratique. Et je crois que la N-VA implosera. Parce qu'une partie de la N-VA ne suivra pas. La N-VA est une auberge espagnole où entrent des flamingants, des gens d'extrême droite, mais aussi des libéraux et des conservateurs. Ce qui permet que le bouchon tienne, c'est Bart De Wever, depuis qu'il est président. C'est d'ailleurs pour ça qu'il le reste : s'il part, une tendance va forcément s'imposer. Il est l'homme de la synthèse entre des courants très diversifiés. Si la N-VA gouverne avec le Vlaams Belang, elle implose, donc. Mais si elle monte dans un gouvernement sans une avancée communautaire forte, je crois qu'elle implose aussi. Elle n'a donc qu'une seule solution pour ne pas imploser : c'est d'installer un rapport de force avec les francophones, et de monter dans une majorité où ils céderont. Cela peut être fait en réalisant le programme de la N-VA qui prévoit une sous-nationalité à Bruxelles, ou encore avec une pression sur la Justice. Je voudrais que notre fermeté vis-à-vis de la N-VA soit partagée par d'autres et je suis frustré à ce stade.
Vous appelez à une concertation entre partis francophones ?
Les francophones ne se parlent pas. Je propose que les partis francophones s'accordent sur quelques principes. Une réforme de l'État ne peut être un préalable à l'entrée dans un gouvernement. Je ne ferme pas la porte à une réforme institutionnelle, mais pour autant qu'elle porte seulement sur des critères d'efficacité. Or, la N-VA est irrationnelle dans son nationalisme, parce que même si vous lui prouviez par A + B qu'une compétence est mieux gérée au Fédéral, elle refusera par définition. Et enfin, il faut préserver quoi qu'il arrive les matières régaliennes. C'est un message qu'on porte avec Michel Claise.
Mais les francophones peuvent-ils se permettre d'exclure d'emblée les deux plus grands partis du pays, ainsi que le PTB ?
Je ne vois pas comment la situation pourrait être pire mais quels choix avons-nous ?
Une Vivaldi bis qui est considérée comme un échec par Défi et par beaucoup en Flandre, n'est-elle pas encore plus risquée pour l'avenir du pays ?
C'est vrai que la Vivaldi est un échec. Mais elle l'est à cause d'un leadership faible. Alexander De Croo est quelqu'un de très estimable. Mais le Premier ministre est issu d'un des plus petits partis du gouvernement. Il s'est trouvé notaire d'un accord à sept, torpillé tous les trois jours par un président de parti, et même plusieurs, puisque Georges-Louis Bouchez a très vite été imité par d'autres. Peut-être que la N-VA abandonnera son programme communautaire et deviendra une forme de CDU (parti allemand d'Angela Merkel). Mais je n'entends rien dans leur discours qui dit cela.
Ce que vous proposez au fond, c'est une Vivaldi bis avec Paul Magnette Premier ministre ?
Je ne me prononce pas pour un choix de coalition. Nous sommes aussi candidats au pouvoir. Je dis juste que ce serait mieux de gouverner sans le Vlaams Belang, la N-VA et le PTB/PVDA. Il reste pas mal de coalitions possibles sans cela.
Vous avez annoncé un trio à la Région, avec Bernard Clerfayt, Joëlle Maison et Fabian Maingain. Olivier Maingain, en interne, s'est élevé contre la double candidature de Bernard Clerfayt à la Région et à Schaerbeek. Cela vous a fait douter ?
C'est un conseil général de plusieurs centaines de personnes qui a tranché, chez nous ce n'est pas le fait du prince. Mais je suis membre de ce conseil et j'admets avoir poussé pour la solution qui a été trouvée. Bernard Clerfayt a le meilleur bilan du gouvernement bruxellois sortant. Nous avons porté le décumul en Région bruxelloise, mais cela vise à éviter les conflits d'intérêts, et non pas à empêcher les candidats de se présenter à des élections.
