Georges Gilkinet (Écolo) : "Il faut arrêter les négociations sur le Mercosur, ce traité est une catastrophe pour notre agriculture"
Georges Gilkinet (Écolo), Vice Premier ministre, veut pousser le niveau fédéral à rejeter ce traité de libre-échange. Il demande au MR d'arrêté son "double discours" sur le Mercosur : "Avec le MR, ce qui se dit à Namur n'est pas ce qui se dit à Bruxelles."

- Publié le 04-02-2024 à 21h25

Il y a une inflexion du MR et du gouvernement wallon sur la question du Mercosur (accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay), dénoncé par les agriculteurs dans leurs manifestations. Les libéraux wallons étaient en faveur de ce traité, mais cela n'est plus le cas, alors que la Flandre continue de le soutenir. Au Fédéral, la position est plus partagée.
Notre position est extrêmement claire : il faut arrêter les négociations sur le Mercosur, et remettre en cause les accords existants. Ce traité constitue une catastrophe pour notre agriculture. On ne doit pas négocier avec des pays qui ont des pratiques agricoles aussi problématiques que le Brésil et l'Argentine. Dans ce traité, on sacrifie l'agriculture pour des intérêts industriels d'exportation. Je note aussi qu'il y a un double discours du MR en la matière. Ce qui se dit à Namur n'est pas ce qui se dit à Bruxelles. Nous sommes parvenus au gouvernement wallon à avoir une position commune. Ce n'est pas le cas au fédéral. David Clarinval (MR, ministre fédéral de l'Agriculture) se cache derrière son petit doigt. Parce que le MR ne veut pas choquer la Flandre et la N-VA. Ils ont toujours l'espoir de revenir en majorité avec eux au fédéral, comme sous la Suédoise.
David Clarinval plaide pour des clauses miroirs sur le Mercosur. Il veut donc l'amender.
Le texte est inamendable ! La Belgique doit avoir le courage de le dire. Et ce, sans attendre les élections. Nous devons donner ce signal aux agriculteurs. Eux, ont bien compris qu'accepter des importations massives de produits agricoles qui ne correspondent pas à nos standards sociaux et environnementaux, c'est intenable. La position des verts est très claire : stop au Mercosur.
Les agriculteurs ont raison de bloquer les supermarchés."
Quelle est, concrètement, la position de la Belgique quant au Mercosur ?
La position d'Alexander De Croo consiste en gros à dire que le gouvernement flamand ne sera jamais d'accord pour rejeter le Mercosur. J'ai été très étonné que le Premier ministre et le ministre de l'Agriculture n'aient pas pris une position plus offensive à la sortie de leur réunion, cette semaine. Le secteur agricole était légitimement déçu de cette position.
Tant que la France rejette le traité, il n'entrera de toute façon pas en vigueur…
Méfions-nous. La position française ne sera plus forcément la même après les élections européennes.
Viser une agriculture massivement exportatrice, c'est ce tromper. On ne résistera pas en tant que Wallonie, Belgique, Europe, aux pratiques des autres pays. L'équilibre doit avant tout se faire sur un marché interne. C'est pourquoi il faut un contrôle des prix."
N'y a-t-il pas un double discours de certains, quand ils critiquent le libre-échange ? Quand Alexander De Croo obtient de la Chine la reprise des exportations de porc, les mêmes applaudissent parfois…
Il faut sortir de cette hypocrisie. Viser une agriculture massivement exportatrice, c'est se tromper. On ne résistera pas en tant que Wallonie, Belgique, Europe, aux pratiques des autres pays. L'équilibre doit avant tout se faire sur un marché interne. C'est pourquoi il faut un contrôle des prix. Le ministre de l'Économie, Pierre-Yves Dermagne (PS) doit se saisir du dossier. Pas seulement avec un observatoire des prix, mais avec aussi des mesures contraignantes. Il faut un prix d'achat minimum imposé à toute la chaîne des transformateurs, en ce compris les supermarchés, afin de garantir un prix minimum pour les agriculteurs. Les agriculteurs ont raison de bloquer les supermarchés, qui jouent de la concurrence des uns contre les autres. C'est insupportable de voir quelque chose qu'on a produit être vendu 5 ou 6 fois plus cher dans un supermarché.
Bloquer les supermarchés ou la circulation, c'est une forme de désobéissance civile. Et pour Bart De Wever, président de la N-VA, c'est inacceptable. Pour vous, c'est donc une bonne manière de faire ?
Il y a des limites à tout, évidemment. Il est inacceptable par exemple d'avoir violenté Céline Tellier (Ecolo, ministre wallonne de l'Environnement) quand elle est allée rencontrer les agriculteurs. Mais il y a des réactions qui sont légitimes par rapport à un système inacceptable. Les agriculteurs sont les nouveaux esclaves du marché économique et du libéralisme. Et ils doivent le signaler.
Une double critique est adressée par les agriculteurs. Dans La Libre, Sammy Mahdi, président du CD&V se fait le relais de l'une d'elles en estimant que le premier problème, ce sont les normes environnementales, donc les écologistes. Vous incriminez plutôt le libre-échange, donc les libéraux.
Évidemment. Pointer les normes environnementales, ce sont des fadaises, des arguments utilisés par les conservateurs. Il n'y en a pas, sauf les jachères, qui ont toujours été utilisées en agriculture. Pointer les mesures environnementales, c'est donc un faux argument. Au contraire, le Green Deal, il faut plutôt l'accélérer. Mais en rémunérant les agriculteurs correctement et en étant en dialogue avec eux. Je rappelle qu'en Belgique, les écologistes n'ont jamais eu en charge l'agriculture. Cela fait 20 ans qu'elle est aux mains des conservateurs, via le MR ou les sociaux-chrétiens.
Il y a une porosité à des arguments utilisés par l'extrême droite en France, et par les populistes."
Comment expliquer alors qu'une partie des agriculteurs s'en prennent aux écologistes et sifflent Céline Tellier ?
Il y a une porosité à des arguments utilisés par l'extrême droite en France, et par les populistes. Nous voulons aider les agriculteurs à faire évoluer les pratiques agricoles, soutenir la filière bio et diminuer l'usage de produits dangereux pour l'environnement et la santé. Cela remet en cause des pratiques. Mais il y a aussi une forme de propagande dont ils sont la cible. Il y a globalement un discours du MR et autres très conservateurs, qui pointent du doigt des vérités alternatives, des bullshsit. Mais les agriculteurs ne sont pas dupes.
