Chaos routier attendu au carrefour Léonard : Georges-Louis Bouchez veut reporter les travaux d'une semaine, Lydia Peeters juge l'idée "très mauvaise"
Dès ce mardi, les automobilistes circulant sur l'E411 et venant d'Herrmann-Debroux ne pourront plus tourner à droite sur le Ring vers Waterloo. Des gros embarras de circulation sont attendus.

- Publié le 15-04-2024 à 09h04

Il représente l'archétype du dossier pourri, à moins de deux mois des élections. Les travaux en cours au carrefour Léonard compliquent la vie des navetteurs qui rejoignent ou quittent Bruxelles, et embarrassent les politiques.
Le chantier, qui a déjà commencé, mais principalement de nuit, augmente déjà le trafic depuis le mois dernier.
Dès ce 16 avril, il passe à la phase suivante, qui s'annonce encore bien plus pénalisante pour les navetteurs. Ainsi, à partir de ce mardi, les véhicules circulant sur l'E411 et venant d'Auderghem et d'Herrmann-Debroux ne pourront plus tourner à droite sur le Ring vers Waterloo.
En plus de cette perturbation, il ne sera plus possible dès juin de tourner à gauche et rejoindre Herrmann-Debroux en venant du Ring de Waterloo. Ces travaux, au total, pourraient durer jusqu'en octobre.
La commune d'Auderghem, comme ses voisines de Watermael-Boitsfort et Woluwe-Saint-Pierre, prévoit un vrai chaos sur les routes. Des embouteillages sont à craindre sur l'E411, ainsi que des reports de circulations importants dans les communes voisines.
Auderghem réclame la suspension du chantier en cours. La commune a même mis la Flandre en demeure dans un courrier officiel.

Accusé par plusieurs élus d'abandonner les automobilistes wallons, le ministre wallon de la Mobilité, Philippe Henry (Ecolo) a lui aussi appelé à la suspension temporaire des travaux. La ministre bruxelloise de la Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen) est sur la même ligne.
"Une conférence interministérielle d'urgence"
Ils n'ont pour l'instant guère été entendus par Lydia Peeters (Open VLD), ministre flamande de la mobilité et des travaux publics. La réunion de concertation qui s'est finalement tenue ce vendredi n'a pas permis de faire bouger les lignes. "Nous attendons une CIM (conférence interministérielle) d'urgence pour discuter politiquement de la situation le plus rapidement possible", lance la porte-parole de la ministre bruxelloise de la Mobilité, Elke Van den Brandt.
Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, espère quant à lui toujours une solution alternative de dernière minute.
"J'ai pris contact avec Lydia Peeters, qui doit me revenir ce lundi après-midi", poursuit le libéral. "Elle m'a expliqué que, au vu de l'état du tunnel Léonard, il n'était pas possible de reporter les travaux de plus d'une semaine", explique le libéral à La Libre.
Un report d'une semaine, ce n'est pas Byzance, mais ce délai serait utile pour mettre en œuvre un plan de déviation de la circulation, placer des panneaux d'affichage, informer les gens correctement, intégrer la déviation à un logiciel comme Waze."
"Elle n'a pas l'air fermée à cette idée d'un report d'une semaine. Mais on ne pourra pas repousser bien au-delà… Un report d'une semaine, ce n'est pas Byzance, mais ce délai serait utile pour mettre en œuvre un plan de déviation de la circulation, placer des panneaux d'affichage, informer les gens correctement, intégrer la déviation à un logiciel comme Waze. De plus, cela nous rapprocherait d'une semaine des vacances francophones de printemps, qui débutent le 29 avril, pour deux semaines. Il y a donc des éléments de nature à limiter la casse."
"Le report aggrave les nuisances actuelles et allonge la durée des travaux. Ces travaux ont été préparés de manière minutieuse et approfondie, c'est une très mauvaise idée du point de vue de la sécurité de modifier brusquement les plans".
La proposition formulée par le président du MR est toutefois balayée par la ministre libérale flamande.
"Le report aggrave les nuisances actuelles et allonge la durée des travaux. Ces travaux ont été préparés de manière minutieuse et approfondie, c'est une très mauvaise idée du point de vue de la sécurité de modifier brusquement les plans", tranche le porte-parole de Lydia Peeters. "Nous continuons à travailler en étroite collaboration avec les communes bruxelloises et flamandes pour revoir et mettre en œuvre des plans locaux de circulation, dans le but de réduire ensemble la pression du trafic à cet endroit. Pour garantir l'utilisation du carrefour Leonard, il n'y a pas d'autre option que d'opter pour une 'courte douleur'. De plus, l'avis du responsable externe de la sécurité du tunnel confirme que tant l'état de la structure, que celui des installations techniques du tunnel, sont si mauvais que la sécurité ne peut être suffisamment garantie."
Le vin semble tiré et les navetteurs, comme les politiques, devront le boire avant, pendant, et après les élections du 9 juin. Le dossier, en effet, prend de plus en plus des allures de thèmes de campagne. Au bénéfice, et au préjudice, de quels partis ?
La faute aux libéraux ou aux écolos ?
Le MR incrimine les écologistes qui gèrent la compétence mobilité au fédéral, comme en Wallonie et à Bruxelles. "Je suis surpris que le ministre Henry ait été aussi amorphe dans l'établissement de chemins alternatifs. Sans doute parce qu'Ecolo ne milite pas pour la mobilité douce, mais contre la voiture. Quant à Elke Van den Brandt, elle est la ministre du blocage", souligne Georges-Louis Bouchez qui plaide par ailleurs pour la mise en place effective d'une communauté métropolitaine bruxelloise pour gérer les infrastructures, la mobilité et le développement économique. "En anticipant ces travaux, il aurait été possible de les prévoir à un autre moment, par exemple en juillet-août. Les autorités doivent arrêter d'emm… les gens !"
Chez les verts, on pointe au contraire la responsabilité de la Flandre et donc, par ricochet, de sa ministre de la Mobilité. Car c'est bien une libérale, Lydia Peeters, qui est en charge du dossier. À Bruxelles, MR et Open VLD figurent même sur une liste fédérale commune.
"Lundi dernier, la Région flamande nous a annoncé que le tourne à droite vers Waterloo serait coupé non pas le 22 avril, mais le 16 avril. Le tout en absence de réelle coordination. La Région flamande est responsable d'établir et d'assurer les mesures d'accompagnement, avec des itinéraires alternatifs et de la protection des quartiers des reports de trafic, mais aussi des mesures de renfort d'offres alternatives (train, bus etc.)", pointe la porte-parole de la ministre bruxelloise de la Mobilité. "Rien de tout cela n'a été fait. Ils se sont contentés d'un toutes-boîtes incomplet. C'est catastrophique pour une des principales entrées de la Région de Bruxelles-Capitale."
Il faut donc s'attendre, ces prochaines semaines, à une guerre de tranchée entre écologistes et libéraux pour imputer au camp d'en face la responsabilité du chaos qui s'annonce. Le PS, qui dirige les gouvernements wallons et bruxellois, n'est guère plus à l'aise…
Depuis l'opposition et le bord du ring, Les Engagés et le PTB auront beau jeu de compter les points, avant de sortir les marrons du feu.