À Bruxelles, l'implication de Bouchez dans la négociation crispe PS et Groen : "Ce ne se sera pas la belle-mère mais il aura toujours voix au chapitre"
La guerre d'ego commencée ces dernières heures entre Georges-Louis Bouchez (MR), Ahmed Laaouej (PS) et Elke Van den Brandt (Groen), complique les négociations bruxelloises.

- Publié le 14-06-2024 à 06h36
- Mis à jour le 14-06-2024 à 09h34

Georges-Louis Bouchez, président du MR, est le grand vainqueur des élections côtés francophones.
Depuis ce dimanche, le Montois, globalement, a enfilé le costume du vainqueur magnanime, adoptant un style moins agressif, et des postures de rassembleur. Il subsiste une exception notable : quand il parle de Bruxelles, véritable nœud des négociations pour former les gouvernements.
Côté francophone, la piste la plus crédible pour former un gouvernement bruxellois réside dans un axe francophone MR-PS-Les Engagés, qui s'allierait in fine à Groen, et à d'autres partenaires néerlandophones. Mais alors qu'Ahmed Laaouej (PS) et Elke Van den Brandt (Groen) s'attendaient à négocier avec David Leisterh, candidat ministre Président bruxellois au tempérament réputé courtois, ils se retrouvent à ferrailler avec Georges-Louis Bouchez…
Le ton a été donné dès le lendemain des élections, lorsque Georges-Louis Bouchez, sur la RTBF, a épinglé Ahmed Laaouej sur la laïcité et la neutralité de l'État. "Manipuler l'électorat sur ce genre de thématique, comme il l'a fait pendant toute la campagne, et sur des questions religieuses, c'est fini à Bruxelles."
"Chaque fois que ce monsieur s'exprime, il rend la tâche de Monsieur Leisterh plus compliquée", a répliqué sur BX1 Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois.
Good Move, l'enjeu central
Georges-Louis Bouchez a envoyé un autre coup de semonce, mercredi soir sur LN 24, à destination d'Elke Van den Brand, qui fait pourtant figure de partenaire incontournable. "Je voudrais juste rappeler à Mme Van den Brandt qu'elle se fait forte de son grand résultat électoral dans le collège flamand : c'est quatre sièges. Nous en avons vingt. […] Mme Van den Brandt doit aussi accepter la réalité arithmétique. Cela s'appelle être démocrate", a-t-il souligné, martelant sa volonté de "mettre à terre Good Move".
Or, la poursuite du plan de Mobilité Good Move, honni par le MR, est précisément l'argument central de la campagne victorieuse menée par la ministre bruxelloise de la Mobilité. Ce nœud s'annonce difficile à trancher.
"Georges-Louis Bouchez est un Montois. Il doit former un gouvernement wallon, a rétorqué Elke Van den Brandt ce vendredi matin sur Bel RTL. J'espère que Georges-Louis Bouchez va laisser David Leisterh prendre sa place […] Ce n'est pas en humiliant ses partenaires de majorité qu'on va trouver un accord."
La situation est assez ubuesque. Georges-Louis Bouchez aimerait contourner Ahmed Laaouej dans les négociations bruxelloises, au profit de Karine Lalieux, tandis qu'Ahmed Laaouej et Elke Van den Brandt suggèrent au MR d'écarter Georges-Louis Bouchez, au profit de David Leisterh.
Le MR compte, si la situation s'éternise, sur l'impossibilité de voter un budget, prévu en octobre, pour mettre la pression sur Groen et le PS, et le gouvernement bruxellois en affaires courantes.
Une guerre d'ego ?
Mais pour l'heure, la guerre de personnalités entamée ces dernières heures complique la donne. " Tout le monde a peur d'avoir Georges-Louis Bouchez comme belle-mère à Bruxelles, comme il l'a fait avec la Vivaldi, observe une source socialiste. Pourquoi braque-t-il l'ensemble de ses partenaires potentiels au nom de sa victoire ? C'est un changement de paradigme majeur dans la manière de constituer un gouvernement bruxellois. La Région bruxelloise, au niveau politique, c'est un cadre quasi familial. Fonctionner comme dans un Kern fédéral à Bruxelles, cela va être terrible."
Dans un gouvernement où David Leisterh sera ministre Président, il n'y aura aucune belle-mère. Mais le président du MR aura toujours voix à au chapitre sur la politique menée par les libéraux, et ce à tous les niveaux de pouvoirs."
Au MR, on ne se démonte pas. "Nous allons dépasser ces difficultés, assure Yassine Rafik, porte-parole de David Leisterh. Je sais bien que le PS bruxellois a plus d'indépendance par rapport au PS national que le MR bruxellois par rapport au MR national. Mais, au MR, nous avons pu compter sur l'implication active du président national, Georges-Louis Bouchez, aux côtés de David Leisterh, pour notre redéploiement pendant 5 ans. Dans un gouvernement où David Leisterh sera ministre-Président, il n'y aura aucune belle-mère. Mais le président du MR aura toujours voix au chapitre sur la politique menée par les libéraux, et ce à tous les niveaux de pouvoirs."
Le président du MR, vainqueur des élections au soir du 9 juin, entend aussi remporter les négociations. Craint-il que David Leisterh se montre trop conciliant avec le PS et Groen ? Probablement. Il peut y avoir aussi, dans le chef du Montois, l'envie de répondre par les faits aux critiques qu'il a subie en 2019 et 2020 sur ses qualités de négociateur.
"Georges-Louis le fait dans son propre style, mais ce qu'il dit sur le communautarisme d'Ahmed Laaouej et sur Good Move, c'est notre ligne qu'il affirme. On ne bougera pas là-dessus, observe une source libérale. Et sans Bouchez, on ne serait pas à 26 % à Bruxelles".
