"Ce gouvernement Vervoort est le pire depuis la création de la Région bruxelloise"
Benjamin Dalle, accusé de bloquer la formation du gouvernement bruxellois, l'assure : il ne "renforcera pas la coalition existante" (Groen, Open VLD et Vooruit), composée "de partis perdants."

- Publié le 31-08-2024 à 07h05
- Mis à jour le 31-08-2024 à 08h08

Il est pointé du doigt comme l'homme qui bloque les négociations bruxelloises pour former un gouvernement. Benjamin Dalle (CD&V), député bruxellois et toujours ministre en charge des Affaires bruxelloises au sein du gouvernement flamand en affaires courantes, refuse obstinément de négocier avec Groen, Vooruit et l'Open VLD pour former l'aile néerlandophone du prochain gouvernement bruxellois.
Seul un siège manque pour avoir une majorité côté néerlandophone, et c'est le vôtre. Vous êtes donc présenté, côté francophone, comme une sorte de "Monsieur Non" bruxellois.
Je trouve que c'est extrêmement incorrect ! Avec le CD&V, nous n'avons pas gagné les élections, à Bruxelles. Nous avons maintenu un seul siège sur les 17 néerlandophones. Le CD&V, de par son ADN, est un parti qui prend ses responsabilités. Je fonctionne moi aussi comme ça. Mais côté néerlandophone, la Team Fouad Ahidar a obtenu trois sièges. À part Groen, qui a gardé ses quatre députés, tous les autres partis en ont perdu un. Elke Van den Brandt (co-formatrice, Groen) doit donc examiner toutes les possibilités. Dès le mois de juin, je lui ai dit : 'Nous n'allons pas renforcer la coalition existante, avec des partis perdants'.
Ce gouvernement Vervoort III était le plus mauvais depuis la création de la Région bruxelloise en 1989."
Pourquoi ne pas le faire ?
Nous sortons de cinq années d'opposition au gouvernement Vervoort. Je suis convaincu, et ce n'est pas un slogan, que ce gouvernement Vervoort III, avec Groen, l'Open VLD et Vooruit, était le plus mauvais depuis la création de la Région bruxelloise en 1989. Il suffit de regarder les résultats, de manière objective. Certes, tous les gouvernements ont eu des difficultés budgétaires avec le Covid, la crise énergétique, l'inflation, etc. Mais les finances de la Région sont vraiment désastreuses, avec un déficit budgétaire de 20 %. Et les chiffres mentionnés par David Leisterh (co-formateur, MR) font craindre que ce sera pire cette année, et pire encore l'année suivante. Cette situation très compliquée a été causée par ce gouvernement bruxellois. Le pire, c'est que quand je partage mes critiques avec mes collègues néerlandophones de la coalition existante, ils me disent 'Oui, c'est vrai.'
Même Elke Van den Brandt ?
Elle le dit et tout le monde le dit ! Comment ont-ils pu travailler comme ça ? Il est devenu urgent de travailler sur le budget. Je trouve d'ailleurs bizarre que trois des partis responsables de l'état des finances bruxelloises, dont l'Open VLD qui gérait le budget (via Sven Gatz), pointent aujourd'hui ma responsabilité, en disant 'Il faut faire quelque chose'.
Mais justement, ils vous ont invité pour parler du budget, à 7 partis. Et vous avez décliné.
Je n'ai pas reçu d'invitation. David Leisterh m'a simplement informé du fait qu'il allait organiser une réunion.
Vous y seriez allé ?
Non. Je ne veux pas venir parler avec les trois partenaires néerlandophones (Groen, Open VLD, Vooruit) que propose Elke Van den Brandt, car je ne pense pas que ce soit la bonne solution pour Bruxelles.
D'accord, mais il ne s'agissait que de parler du budget, dans un premier temps.
Le budget, c'est le nerf de la guerre. Cette constellation de partis néerlandophones, je n'accepte pas de la soutenir comme quatrième partenaire, sans piste crédible pour avoir un impact. Et puis, il n'y a pas que le budget. Sur presque tous les grands défis de cette région, ce gouvernement a complètement raté son examen. Sur la sécurité et la crise des stupéfiants, je n'ai jamais vu une situation comme celle qu'on connaît aujourd'hui. Il n'y a pas eu de coordination réalisée au sein de la Région.
Pourquoi toujours pointer la Région, alors que la sécurité est une compétence fédérale ?
C'est une compétence partagée. Trouvez-vous, comme Bruxellois, que c'est à la ministre de l'Intérieur (Annelies Verlinden, CD&V) de se charger de la coordination ? Je ne suis pas d'accord. Le ministre-Président bruxellois a de nombreuses compétences de coordination des zones de police. Les six zones de police, qui ont chacune des experts en drogues, doivent travailler ensemble. Il y a aussi la question de la prévention, du suivi des toxicomanes, sur lesquels Alain Maron (Ecolo) et Elke Van den Brandt, ont complètement échoué. Il y a aussi la crise du logement…
Bruxelles se gouverne aussi avec les francophones. Or, le MR et les Engagés proposent des réformes qui vont plutôt dans votre sens.
J'apprécie le travail de David Leisterh et de Christophe De Beukelaer. C'est très prometteur. Mais avant d'entrer en négociations sur la déclaration de politique de la région, nous avons, comme néerlandophones, la responsabilité de former une bonne coalition, apte à contribuer à ces réformes. Et même si nous sommes tous bruxellois, il reste des aspects où le fait d'être néerlandophone joue un rôle. Il faut aller plus loin dans certains secteurs, comme la santé, par exemple, où le bilinguisme n'est pas respecté. Un petit bébé, prénommé Cisse, est décédé dans une ambulance, en périphérie. Des ambulanciers n'ont pas pu expliquer aux parents, néerlandophones, ce qui venait de se passer. C'était une équipe unilingue francophone… C'est inacceptable dans une capitale bilingue.
Groen doit, selon vous, discuter avec Fouad Ahidar, parce qu'il a gagné les élections, et avec la N-VA. Pour vous, ces partis incarnent ce dont Bruxelles a besoin, en termes de gouvernance ?
Je ne suis pas l'avocat de Fouad Ahidar ni de la N-VA. Mais la Team Ahidar a obtenu trois sièges, et il représente la seule possibilité de former un gouvernement à trois partis, côté néerlandophone, sans le problème des mandats (Ndlr : il n'y a que trois postes de ministres à offrir pour quatre partis néerlandophones). Elke Van den Brandt (Groen) et Ans Persoons (Vooruit) n'ont pas de veto contre Fouad Ahidar. Et ce sont eux qui l'ont dit, pas moi. Mais alors, qu'ils commencent des négociations ! Je ne comprends pas pourquoi ils ne négocient pas avec Fouad Ahidar, ce sont pourtant trois partis de gauche. Je ne suis pas l'avocat de Fouad Ahidar, mais il mérite du respect, et la démocratie aussi.
Si vraiment vous vous souciez de Bruxelles, pourquoi les encourager à négocier avec Fouad Ahidar, qui ne colle pas à la politique que vous prônez ?
Il y a aussi une autre possibilité, avec un parti qui a deux sièges- le double de nous- et c'est la N-VA. Le cartel CD&V-N-VA n'existe plus, mais c'est un parti comme un autre, pour moi. Ils auront la ministre-Présidence de la Flandre et sans doute aussi le Premier ministre belge. C'est dans l'intérêt des Bruxellois d'avoir un soutien important de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Flandre et du Fédéral.
C'est dans l'intérêt des Bruxellois d'avoir la N-VA au gouvernement bruxellois ?
Il faut au moins parler avec le plus grand parti de ces gouvernements. Pendant deux mois, Elke Van den Brandt n'a pas eu de négociations avec Cieltje Van Achter (cheffe de file N-VA à Bruxelles). Elle a laissé passer ce délai sans examiner les autres possibilités, et puis c'est moi qu'elle traite d'irresponsable. D'après mes informations, il y a eu une ou deux réunions la semaine passée, entre Elke Van den Brandt et la N-VA. C'est dommage d'avoir attendu si longtemps car cela devient de plus en plus difficile à l'approche des élections communales. C'est pour cette raison aussi que je suis fâché d'être dépeint comme Monsieur Non, alors que Mme Van den Brandt n'a pas fait son travail d'informatrice.
Mais si la N-VA arrive à table, il faudra quand même un quatrième parti…
Si la N-VA nous remplace, la coalition néerlandophone aura 10 sièges au lieu de 9, ce qui est plus confortable. Ce n'est pas absurde d'examiner cette possibilité. L'autre option, c'est de pratiquer la symétrie avec le Fédéral et le gouvernement flamand, avec un axe N-VA, Vooruit, CD&V.
Dans sa super note, Bart De Wever supprime les moyens de Beliris, la manne financière du Fédéral pour Bruxelles. Pourquoi Bruxelles aurait-elle besoin d'un parti qui coupe autant dans ses budgets ?
La note De Wever comprend beaucoup d'éléments, sans accord global. Comme Bruxellois, nous comptons sur Beliris et dire que Beliris recevra zéro euro, c'est inacceptable. Mais est-ce un argument pour exclure la N-VA ? Je ne pense pas. Pour la N-VA, c'est assez facile de refuser de s'investir à Bruxelles. Ils y sont dans l'opposition, et ils voient que ça ne fonctionne pas bien. La situation serait tout à fait différente s'ils avaient un ministre au sein gouvernement bruxellois. Autre élément : avec la N-VA, au sein du gouvernement flamand, nous avons obtenu de bons résultats, avec 1,3 milliard d'euros d'investissement de la Flandre à Bruxelles, par exemple dans les écoles néerlandophones. Cela montre que c'est possible.
Cette transposition des axes flamands et wallons, comme le font le MR et les Engagés, serait donc le choix le plus logique pour Bruxelles ?
C'est une option qu'on ne peut pas laisser de côté. Ignorer l'option N-VA, Vooruit et le CD&V à Bruxelles, comme le fait Elke Van den Brandt, n'est pas responsable.
Fouad Ahidar mérite du respect, et la démocratie aussi."
Elke Van den Brandt vous a soumis, dans une note juridique, la possibilité de vous confier un poste de ministre à double casquette, à savoir être ministre au gouvernement flamand, avec une participation dans la Vlaams gemeenschapscommissie (VGC).
Ministre flamand de Bruxelles, c'est ma position actuelle. Et puis, à travers ce poste, on ne parle pas d'une personne qui prend des décisions pour Bruxelles, mais d'un observateur. Ce n'est pas du tout une solution.
Le système institutionnel bruxellois semble bloqué. Faut-il le changer ?
On peut toujours améliorer le système. Mais je ne crois pas que ce soit un dossier prioritaire pour les Bruxellois.
