Ce que disent les élections de juin du rapport de force entre le PS et le MR dans les grandes villes wallonnes
Les socialistes sont en perte de vitesse dans les villes de plus de 50 000 habitants. Les libéraux peuvent espérer leur ravir des maïorats et, au minimum, grimper dans des majorités au soir des élections communales d'octobre.

- Publié le 03-09-2024 à 06h37
- Mis à jour le 03-09-2024 à 09h56

Le MR ne parviendra sans doute pas à rééditer l'exploit de juin, mais il paraît armé pour faire tanguer le PS sur ses bases locales en Wallonie. Les libéraux ont remporté une victoire éclatante aux élections fédérales et régionales du 9 juin, devenant la première force politique francophone devant le PS. "Nous devons finir le travail, prendre le contrôle des grandes villes […] et rentrer dans les collèges communaux où nous ne sommes pas", a exhorté dimanche le président du MR, Georges-Louis Bouchez, lors d'un congrès de campagne en vue des élections communales du 13 octobre.
Dans les neuf grandes villes de Wallonie comptant plus de 50 000 habitants, le MR a peu de chances de devenir le premier parti en octobre. Cependant, si l'on s'appuie sur les résultats obtenus dans chacune de ces villes aux élections de juin, les libéraux devraient nettement progresser et mettre à mal la domination socialiste (cette comparaison entre des élections différentes a bien sûr ses limites et ne tient pas compte des dynamiques locales).
1. À Charleroi et La Louvière, une suprématie en déclin
Sauf séisme, le PS conservera l'hôtel de Ville de Charleroi (majorité actuelle PS-Écolo-Engagés) au lendemain du scrutin d'octobre et Thomas Dermine succédera à Paul Magnette. En revanche, les socialistes pourraient perdre leur majorité absolue, qui ne tient déjà qu'à un siège au conseil communal. Le PS avait obtenu 41,29 % des voix aux communales de 2018, contre 11,2 % pour le MR. Aux fédérales de 2024, il a chuté à 36,85 % à Charleroi (score comparable aux régionales), mais c'est surtout la progression du MR qui est spectaculaire, avec un score de 19,62 %. Si ce dernier confirme en octobre, il sera difficilement contournable dans la prochaine majorité communale.
La donne est comparable à La Louvière (majorité actuelle PS-Écolo). Le PS est passé de 43,41 % à 30,92 % ; et le MR, de 13,15 % à 21,48 %. Si les socialistes gardent une avance confortable, le MR frappe à la porte du collège communal.
2. À Liège et Tournai, l'étau se resserre sur le PS
Le MR accentue la pression sur le PS liégeois. Les socialistes ont maintenu leur première place dans la Cité ardente, passant de 30,74 % aux communales de 2018 à 24,07 % aux fédérales de 2024, mais pour pas grand-chose, puisque le MR a grimpé de 17,96 % à 20,61 %. Avec des résultats de cet ordre-là en octobre, les deux partis, déjà coalisés à Liège, devraient rester partenaires de majorité.
Ce resserrement s'opère aussi à Tournai. Le PS a baissé de 35,92 % en 2018 à 27,90 % en 2024, tandis que le MR a progressé de 22,67 % à 24,53 % (aux régionales, le MR talonne même le PS à plus de 26 %). L'actuelle majorité PS-Écolo est en danger. Et le MR pourrait en profiter.
3. À Mons, l'effet Nicolas Martin
Georges-Louis Bouchez, candidat bourgmestre à Mons (majorité actuelle PS-Écolo), a une carte à jouer face à Nicolas Martin (PS), bourgmestre sortant. Le PS est passé de 44,25 % aux communales de 2018 à 31,86 % aux fédérales de 2024 ; et le MR, de 21,49 % à 27,25 %. Nuance importante : le PS a fait 35,55 % à Mons aux régionales de juin avec un certain Nicolas Martin comme tête de liste. Il y a donc eu un "effet Martin", que traduit son score personnel (10 389 voix de préférence à Mons). Si la conquête de l'hôtel de Ville s'annonce ardue pour le MR, une participation à la prochaine majorité est plus accessible que jamais.
4. À Seraing, le PTB en trouble-fête
Certes le PS décline, passant de 42,77 % aux communales de 2018 à 34,46 % aux fédérales de 2024 ; et le MR progresse de 10,93 % à 16,47 %. Mais c'est bien d'un match à trois dont il est question à Seraing, avec le PTB en trouble-fête (24,21 % en 2018 ; 22,42 % en 2024). Si le PS perd sa majorité absolue en octobre, il devra probablement faire un choix entre l'eau et le feu. Entre le MR et le PTB.
5. À Verviers, une vraie opportunité pour le MR
Le MR et son chef de file Maxime Degey se sont donné les moyens de prendre au PS le mayorat à Verviers en formant une liste commune avec Les Engagés et Nouveau Verviers (une liste locale). Les derniers résultats électoraux leur sont favorables : le PS est passé de 29,38 % en 2018 à 23,21 % en juin 2024 à Verviers ; et le MR (sans ses alliés locaux) de 14,95 % à 28,38 %.
6. À Namur et à Mouscron, Les Engagés donnent le tempo
Namur et Mouscron sont les deux seules grandes villes wallonnes où le PS est dans l'opposition. Les bourgmestres sont tous deux Engagés : respectivement Maxime Prévot et Brigitte Aubert. Les centristes devraient maintenir leur première place en octobre et être en position de choisir leurs partenaires.