Budget : patronat et syndicats recommandent de réduire le déficit de 23 milliards jusque 2030
Un rapport du Conseil central de l'économie (CCE) propose quelques pistes pour redresser les finances publiques belges.

- Publié le 16-10-2024 à 16h04
La semaine dernière, une analyse de la Banque nationale (BNB), un peu passée inaperçue, rappelait que la Belgique allait devoir mettre sérieusement les dépenses publiques à la diète lors de cette législature. La réduction de dépenses publiques devrait être au moins de seize milliards d'euros. Ce n'est pas rien. Bart De Wever, qui va accélérer les discussions, dit-il, en vue de former un gouvernement, redit à l'envi que les prochaines années seront compliquées et qu'il faudra faire des choix douloureux, notamment en matière de sécurité sociale. C'est d'autant plus vrai que, comme le dit l'une de nos sources experte en matière de budget, "la nouvelle norme à respecter, la trajectoire budgétaire demandée par la Commission, n'est plus le solde structurel mais la croissance nette des dépenses nominales." Cela signifie que les instances européennes prendront en compte "les effets retour qui diminuent les dépenses" mais plus "les augmentations de revenus dues à des effets retour."
Ce n'est pas anodin, parce que dans la première super note de Bart De Wever d'août, quelque quatorze milliards d'effets retour sur cinq ans étaient prévus avec les réformes envisagées. "Par exemple, l'activation des chômeurs ou malades de longue durée peut avoir un effet positif sur les impôts et contributions sociales… qui ne sera pas pris en compte part la Commission", explique notre expert. Qui ajoute : "Il faudra donc sérieusement reconsidérer les calculs du côté des partis de l'Arizona."
Aggravation attendue "à politique inchangée"
Patronat et syndicats, dans un rapport publié ce mercredi sur l'état de nos finances publiques, ne disent pas autre chose. Dans un premier temps, le Conseil central de l'économie (CCE), organe qui regroupe lesdites organisations syndicales et patronales, rappelle que "la situation préoccupante de nos finances publiques" tient à plusieurs facteurs, dont les moindres ne sont pas la croissance importante des dépenses sous l'effet du vieillissement de la population, l'ampleur des investissements publics nécessaires à la transition écologique et numérique, ainsi qu'aux dépenses militaires. Du reste, comme les récentes prévisions du Comité de monitoring l'ont rappelé il y a quelques semaines, sans changements dans les politiques à mener, la situation budgétaire se détériorera encore davantage dans les prochaines années, avec une dette publique atteignant près de 120 % du PIB en 2029, et un déficit public dépassant les 5 % du PIB dès l'an prochain.
Ce constat peu avenant posé, le rapport du CCE met en avant plusieurs pistes pour redresser les finances publiques tout en préservant la capacité de la Belgique à investir dans des secteurs clés. Syndicats et patronat ne sont pas mouillés. Leurs recommandations manquent un tantinet du courage dont les futurs exécutifs devront faire preuve pour redresser la barre sur le plan budgétaire. Elles restent en effet plutôt "généralistes".
Prudence de sioux
D'abord, le Conseil central de l'économie recommande de limiter la hausse des dépenses publiques à la croissance économique. Cela n'a l'air de rien mais il s'agirait, là, d'une sérieuse baisse des dépenses nettes de l'ordre de plusieurs milliards par an. Dans le cadre de cette mesure, la Belgique doit en effet améliorer son solde primaire structurel de 0,72 % du PIB par an (pour une période d'ajustement de quatre ans) ou de 0,5 % (pour une période de sept ans) - soit 3,1 milliards d'euros par an. "Soit une amélioration sur 7 ans du solde structurel de 23 milliards d'euros", a précisé Benoit Bayenet, président du CCE au cours de la conférence de presse. Cette approche permettrait de réduire le déficit budgétaire à moins de 3 % du PIB, et de ramener la dette sur une trajectoire descendante.
Ensuite, le CCE conseille d'interroger l'efficacité des dépenses, notamment dans le domaine des soins de santé et des pensions – des postes budgétaires majeurs. Cela inclut la réforme du système des soins de santé de longue durée et la révision des incitations au travail. Pas de détails, ici, sans doute parce que le sujet sensible : patronat et syndicats ne se sont pas risqués à être plus concrets.
Le même constat vaut pour la troisième recommandation : augmenter les investissements dans les infrastructures, notamment dans les transports et la transition énergétique, afin de stimuler la productivité et l'emploi tout en respectant les normes européennes. Là, non plus, le CCE ne donne pas de détails sur les secteurs qu'il faudrait viser, ni ce qu'il entend par "productif".
Cette fameuse lasagne institutionnelle
Enfin, un déplacement de la charge fiscale est proposé, visant à alléger la fiscalité sur le travail et à accroître les prélèvements sur les émissions de carbone et les combustibles fossiles. Une antienne. Cela permettrait non seulement de soutenir la transition écologique mais aussi de renforcer les incitations au travail. En outre, une révision des dépenses fiscales (notamment les niches fiscales) est également suggérée pour dégager des marges budgétaires supplémentaires. Tout comme est suggérée la nécessité d'une coordination accrue entre les différents niveaux de pouvoir en Belgique. "La complexité institutionnelle du pays, avec un partage des compétences budgétaires entre le fédéral et les entités fédérées, nécessite une approche concertée pour assurer la viabilité des finances publiques", explique le CCE dans son rapport. On en est loin…