L'interdiction totale des réseaux sociaux aux moins de 16 ans divise la classe politique belge : "Ce n'est ni réaliste ni souhaitable"
La mesure prise en Australie séduit plusieurs partis flamands. À Bruxelles et en Wallonie, la ministre Lescrenier plaide davantage pour la prévention.

- Publié le 09-11-2024 à 07h51

La mesure fait grand bruit. L'Australie va purement et simplement interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. L'annonce a été faite par le premier ministre Anthony Albanese, qui s'est engagé à sévir contre les entreprises technologiques qui ne protègent pas les jeunes utilisateurs.
"C'est une mesure pour les mamans et les papas qui se font un sang d'encre pour la sécurité de leurs enfants en ligne. Les réseaux sociaux font beaucoup de mal aux enfants et j'ai décidé d'y mettre un terme", a-t-il déclaré.
Dans la pratique, il reviendra aux plateformes de réseaux sociaux de s'assurer que les utilisateurs ont l'âge requis. "La responsabilité n'incombera pas aux parents ou aux jeunes. Il n'y aura pas de sanctions pour les utilisateurs", a-t-il précisé.
Meta, la société-mère d'Instagram et Facebook, a déclaré qu'elle appliquerait "toute limite d'âge" que le gouvernement australien "souhaiterait introduire". Les modalités pratiques et la manière avec laquelle le contrôle de cette interdiction sera exercé doivent encore faire l'objet de discussion. Cette proposition sera soumise au parlement à la fin du mois de novembre et devrait entrer en vigueur dans le courant de l'année prochaine.
Pareille mesure n'est toutefois pas le point de voir le jour à Bruxelles et en Wallonie. "L'interdiction pure et simple aurait comme dérive potentielle d'inciter les jeunes à transgresser", explique Valérie Lescrenier, ministre en charge de l'Aide à la jeunesse au gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles. "Je plaide dès lors pour une politique d'accompagnement et de sensibilisation des jeunes."
"On doit veiller à ce que les ados développent leur esprit critique en les outillant de la manière la plus juste et les responsabiliser à l'usage des réseaux sociaux. De nombreuses organisations de jeunesses existent pour assurer cette mission, dont l'organisation Action Médias Jeunes, l'ASBL For'J, etc. L'objectif est de poursuivre les appels à projets pour multiplier ce type de structure", ajoute la ministre.
En Flandre, Vooruit et le CD&V se positionnent en faveur de la mesure australienne. "Il est de notre devoir de protéger les jeunes face à la désinformation et la haine présentes sur les réseaux sociaux. Les jeunes ne sont pas suffisamment armés pour filtrer tous les contenus", indique le président de Vooruit Conner Rousseau à nos confrères du Laatste Nieuws.
De son côté, le CD&V déclare qu'il envisage de relever l'âge minimum pour l'utilisation des réseaux sociaux en Flandre également. Celui ci est actuellement limité à 13 ans. "Il faut éduquer les jeunes aux médias mais il n'est pas normal d'être sur TikTok ou Instagram à treize ou quatorze ans", indique un porte-parole du parti à nos confrères.
Du côté de la N-VA, en revanche, c'est niet. "Ce n'est ni réaliste ni souhaitable", déclare le porte-parole Philippe Kerckaert à nos confrères. "Nous sommes en faveur d'une restriction de l'utilisation des médias sociaux pour les jeunes, mais il est préférable de mettre des outils à la disposition des parents à cette fin."
Le texte prévoit notamment d'infliger aux géants de la technologie des amendes pouvant aller jusqu'à 5 % de leur chiffre d'affaires annuel en cas de non-respect de leurs obligations en matière de lutte contre la désinformation. Le réseau social d'Elon Musk, X, est par ailleurs engagé dans une bataille juridique face au régulateur australien d'internet quant à sa modération des publications violentes.
