Négociations fédérales : On est encore loin de l'accord final "Arizona"...
La fameuse "super note "socio-économique, pièce maîtresse des négociations, n'a encore jamais été parcourue par les présidents de partis réunis. Ni le tableau budgétaire. L'ambiance reste "constructive", mais il reste beaucoup de travail. Trop pour espérer un gouvernement cette semaine.

- Publié le 08-12-2024 à 13h46
En soi, que les portes envers la presse restent presque closes, c'est une "bonne" nouvelle. C'est la preuve que les négociateurs tiennent à avancer, tout en évitant les fuites "qui n'aident vraiment pas", "qui jettent la suspicion autour de la table", voire "qui bousculent parfois l'agenda". Bref, depuis quelques jours, une petite musique dans la presse s'est installée sur la possibilité d'un "accord imminent", "d'un gouvernement sous le sapin".
Cet accord pour la fin de l'année n'est pas impossible – en Belgique, sait-on jamais… -, mais on s'en est véritablement éloigné. Le retour des socialistes flamands de Vooruit autour de la table s'accompagne forcément de discussions ardues. "Sur certains points, il y a même des reculs", entend-on ici et là. De bonne guerre. Ce week-end, c'était plein pot : samedi, réunions entre experts et conseillers politiques sur quelques matières clés. Des avancées significatives ont été enregistrées sur la mobilité, la sécurité, l'énergie et l'immigration, notamment, même s'il reste des "nœuds" à démêler. Mais il y a pire : la fameuse note socio-économique, pièce maîtresse des discussions, n'a encore jamais été discutée entre présidents de partis. Il est de coutume, quand les experts l'ont bien travaillée, que les présidents de partis la parcourent. Cet exercice n'a jamais été fait. Et la réunion entre présidents de partis qui était annoncée potentiellement pour ce lundi ne pourra pas valider cette note, qui reste grosso modo dans les mains de Bart De Wever.
Une équation économique corsée
Même les grands équilibres n'ont, dès lors, pas encore été déterminés. On sait que le budget va de pair avec ces réformes contenues dans la note socio-économique que La Libre a révélée la semaine dernière (en pension, fiscalité et marché du travail) mais, là aussi, pas de précisions. Encore moins sur la contribution "des épaules les plus larges" (taxation des plus-values, relèvement de la taxe compte-titres et nouvelle architecture fiscale). Manifestement, la clé de répartition serait assez consensuelle (deux tiers de l'effort de réduction du déficit par des baisses de dépenses, un tiers par des mesures), mais chaque point clé de ces réformes peut tout faire bouger. Exemple : doubler la taxe compte-titres rapporterait des centaines de millions en plus. La suppression de la contribution spéciale de sécurité sociale, c'est 1,2 milliard. Financer la suppression du taux marginal d'imposition le plus élevé de 50 % se chiffre aussi en milliards d'euros.
Bref, l'optimisme demeure, mais c'est loin d'être l'euphorie. Personne autour de la table n'envisage un échec total des négociations, vu l'enjeu budgétaire énorme pour la Belgique. Le déficit (plus de 5 % du PIB l'an prochain) doit être réduit d'environ 27,5 milliards d'euros. Et cela pourrait être un peu plus, vu l'aggravation de la situation économique en Europe à laquelle n'échappera pas la Belgique, où l'inflation reste de surcroît un peu plus élevée qu'ailleurs. Les économies de dépenses primaires, critère clé pour la Commission européenne, pourraient donc avoisiner les 20-21 milliards d'euros sur la période 2025-2029. C'est plus que les 16 milliards dont on parlait encore il y a quelques semaines, même si la hausse du montant est aussi due à la volonté des négociateurs de financer des politiques nouvelles.
Ambiance "constructive", refrain connu…
Soit. Le budget reste le nerf de la guerre. Ce qui est également interpellant, dans ce contexte, c'est qu'aucune concertation avec les Régions n'a encore eu lieu. Or, on sait que des mesures contenues dans la fameuse super note de Bart De Wever peuvent avoir un gros impact sur les finances régionales. Cela n'a pas encore été concerté. Pour autant, l'ambiance reste constructive, nous dit-on. Pas de quoi paniquer, d'autant que la stratégie de Bart De Wever était d'engranger des accords sur des matières annexes avant d'attaquer le socio-économique. Mais rarement les discussions auront été aussi difficiles. Et le gros du travail reste à venir… Pas sûr, ce 10 décembre, date à laquelle le formateur rencontrera le Roi, qu'autre chose qu'une reconduction de sa mission pour une semaine (?) sera envisageable.
