Communales: comment Schaerbeek a été prise en otage
Les discussions ont repris de manière intense à Schaerbeek. Mais la question de l'identité du prochain bourgmestre continue d'empêcher la conclusion d'un accord dans la commune.

- Publié le 09-01-2025 à 06h43
- Mis à jour le 09-01-2025 à 09h12

Il s'agit d'une rareté dans le paysage institutionnel belge. Plus de 3 mois après les élections communales, Schaerbeek reste dans l'incapacité de former une majorité. Elle reste la seule commune dans le cas en Belgique, à l'exception des communes – Celles, Saint-Josse et peut-être Heuvelland – où les citoyens sont appelés à retourner aux urnes pour cause de scrutin invalidé.
"En principe, la date butoir pour former une majorité était le jour de la prestation de serment du conseil communal (NdlR : le 1er décembre). Mais en pratique, le fait de ne pas avoir de majorité n'a pas d'effet", pointe Pascal Delwit, politologue à l'ULB. L'actuel collège communal de Schaerbeek se trouve donc, comme le gouvernement fédéral et son homologue bruxellois, en affaires courantes.
Les négociations, toutefois, ont enfin repris depuis ce lundi à Schaerbeek. Et de manière intense. Le PS, la liste MR-Engagés, Écolo/Groen, et la liste du bourgmestre de Bernard Clerfayt (Défi) se sont réunis autour de la table pour parler mobilité et surtout budget. L'objectif est clair. Avancer sur le fond, tout en évitant soigneusement de discuter de la répartition des postes.
Car c'est bien pour une question de personnes, sur fond de bras de fer régional entre PS et MR, que la sixième commune la plus peuplée du pays se trouve dans l'impasse.
La liste du bourgmestre a subi une cinglante défaite électorale (de 17 à 6 sièges). Elle a été dépassée par le PS (10 sièges), arrivé un poil devant la liste MR-Engagés (10 sièges), et Écolo/Groen (9 sièges).
Fort de sa victoire, le PS exige que Hasan Koyuncu, son meilleur score, soit désigné bourgmestre. Le MR et les Engagés plébiscitent Audrey Henry et s'opposent à la désignation du député bruxellois socialiste à l'origine d'une cérémonie au Parlement bruxellois au cours de laquelle un imam avait récité les sourates du Coran.
Pour Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois, le veto du MR s'apparente à "du racisme." Pour le PS, c'est Hasan Koyuncu – lequel a remplacé Emir Kir comme champion électoral du PS dans l'influente communauté turque – qui doit devenir bourgmestre. Et personne d'autre, pas même un ou une autre socialiste.
"Nous avons appris à connaître Hasan Koyuncu. Il est probablement moins dangereux que ce que certains ont prétendu. Par contre, son entourage reste inquiétant, et je doute que le PS puisse le contrôler", pointe un élu schaerbeekois. Les tensions ont beau s'apaiser doucement ces derniers jours, rien n'est réglé.
Car le problème, en réalité, dépasse largement la personne d'Hasan Koyucun et de son entourage.
Le MR s'est senti humilié par les succès du PS dans les négociations post-électorales à Ixelles, à Anderlecht ou à Forest. La consigne qu'ont reçue les élus schaerbeekois du parti national est claire : ne plus rien céder au PS.
Schaerbeek comme monnaie d'échange
Schaerbeek a même été, à plusieurs reprises, utilisée comme monnaie d'échange dans des marchandages régionaux, qui ont finalement échoué.
En novembre, alors que les discussions entre Ahmed Laaouej et David Leisterh, président du MR bruxellois, avançaient bien au niveau régional, la question de Schaerbeek est arrivée sur la table dans le cadre d'un équilibre global. Dans les couloirs du Parlement bruxellois, le PS a proposé au MR un deal dans lequel Hassan Koyuncu aurait enfilé l'écharpe mayorale durant les 4 ou 5 premières années de la législature, tandis qu'Audrey Henry (MR) aurait terminé le mandat.
Cette proposition de partage a toutefois été rejetée par David Leisterh et Georges-Louis Bouchez, président du MR, car jugée profondément inéquitable.
Quelques jours plus tard, le PS décidait de se retirer des négociations régionales après l'arrivée de la N-VA dans l'attelage néerlandophone.
Le MR a bien tenté par la suite de "monnayer" Schaerbeek, mais avec Écolo cette fois. Via un large deal, le MR espérait remplacer le PS par Écolo à la Région, en leur offrant en prime le mayorat de Schaerbeek à Vincent Vanhaelewyn, le chef de file des verts dans la commune. Les écologistes ont cependant décliné, confirmant leur choix pour l'opposition à la Région, et refusant de se déscotcher du PS à Schaerbeek.
À Schaerbeek comme au gouvernement bruxellois, le PS et le MR sont condamnés à s'entendre.
Car la piste d'une majorité de gauche, un temps testée par le PS avec le PTB, a été tuée dans l'œuf par la locale Écolo.
Mais Schaerbeek devra-t-elle vraiment attendre un accord régional ?
"La question fondamentale, c'est désormais de savoir combien de temps il faudra à Vincent Vanhaelewyn pour se rendre compte que c'est lui qui doit devenir bourgmestre. Mais Bernard Clerfayt garde également une petite chance de redevenir bourgmestre"."
Vincent Vanhaelewyn ou Bernard Clerfayt au finish ?
"Si on parvient à un accord entre négociateurs à Schaerbeek, on pourra être en position de dire à Ahmed Laaouej, Georges-Louis Bouchez et David Leisterh : 'On vous aime beaucoup mais rien ne se passe à la Région et nous devons atterrir à Schaerbeek', observe une source schaerbeekoise. La question fondamentale, c'est désormais de savoir combien de temps il faudra à Vincent Vanhaelewyn (Écolo) pour se rendre compte que c'est lui qui doit devenir bourgmestre. C'est un scénario très crédible, car ni le MR ni le PS ne perdraient la face. Et Vincent Vanhaelewyn, comme 1er échevin, est l'une des seules personnes, avec Bernard Clerfayt, qui connaît parfaitement les dossiers communaux. Bien sûr, pour le PS, ce serait compliqué qu'Écolo prenne le mayorat, au vu de leur campagne anti Good Move. C'est pourquoi Bernard Clerfayt dispose également d'une petite chance de redevenir bourgmestre".
L'expérience ne serait pas un mince atout dans une commune qui a connu des crises à répétition ces dernières années, sur fond d'instabilité du conseil communal.
