Après la fusillade à Clemenceau, le MR adopte un ton sécuritaire et cible le refus du PS de former un gouvernement : "Faire ce lien est une absurdité"
La fusillade à la station métro Clemenceau a été l'occasion pour le MR d'imprimer un message sécuritaire aux accents sarkozystes, mais aussi de mettre la pression sur le PS, qui refuse de monter au gouvernement bruxellois avec la N-VA.

- Publié le 05-02-2025 à 19h00
- Mis à jour le 06-02-2025 à 12h28

Les fusillades rythment désormais le quotidien des Bruxellois. Mais celle survenue ce mercredi au petit matin à la station Clemenceau (Anderlecht), à la vue de tous, a particulièrement marqué les esprits. Elle serait, selon plusieurs sources, liée au narcotrafic.
Les réactions politiques n'ont pas traîné, d'autant qu'une vidéo montrant deux jeunes tirant à la Kalachnikov s'est rapidement répandue comme une trainée de poudre.
"Pas de place pour la violence à Bruxelles et dans nos grandes villes. Cela a assez duré ! Ce gouvernement appliquera la tolérance zéro face à toute forme de criminalité", a assuré Bernard Quintin (MR), nouveau ministre de l'Intérieur, qui s'est rendu sur place.
Bouchez veut nettoyer Bruxelles de "la vermine"
Le débat a rapidement pris une tournure plus polémique, lorsque le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a embrayé sur les réseaux sociaux dans un vocable qui rappelle Nicolas Sarkozy lorsqu'il était au ministère de l'Intérieur. "La vermine gangrène Bruxelles. Le Gouvernement Arizona va prendre les mesures pour nettoyer les rues." Avant de conclure, à l'adresse du PS bruxellois : "Pendant ce temps, certains estiment ne pas devoir faire un gouvernement bruxellois".
"Le silence et l'absence de certains sont assourdissants. Bruxelles a besoin d'un gouvernement, pas de postures", a quant à lui pointé David Leisterh, président du MR bruxellois. "Des mesures fortes doivent être prises et une action coordonnée doit être concertée par un gouvernement de plein exercice", a ajouté Christophe De Beukelaer, chef de file bruxellois des Engagés.
"Toute la drogue arrive par Anvers, avec les conséquences terribles que l'on voit dans la capitale. On choisit de mettre le bourgmestre d'Anvers à la tête de notre pays pour aller plus loin dans la politique de dérégulation et la dégradation des services publics, de police, de justice. Et ensuite, on va dire que c'est la faute des Bruxellois ?", objecte, pour La Libre, Marie Lecocq, co-présidente d'Ecolo.
Coup de pression sur le PS
Pour le MR en particulier, ces sorties conjointes visent avant tout à imprimer un message sécuritaire et à se positionner comme le parti qui va "nettoyer" Bruxelles.
Les libéraux font par ailleurs pression sur le PS, et dans une moindre mesure sur Ecolo, qui ont géré la Région ces cinq dernières années, mais refusent de venir négocier la formation d'un nouveau gouvernement bruxellois avec la N-VA.
L'insécurité, certes, constitue un problème majeur à Bruxelles, de même que l'absence de gouvernement bruxellois de plein exercice. Mais est-il pertinent de lier les deux ?
"Tout le monde veut un gouvernement. Ceci dit, dans le cadre de la fusillade de ce matin, c'est la police à deux niveaux (fédéral et local) qui est en première ligne ainsi que la justice", assure Fabrice Cumps (PS), bourgmestre d'Anderlecht.
"L'augmentation du banditisme et le trafic de drogue à Bruxelles sont liés au manque d'effectif de la police fédérale chargée de coordonner ces problèmes", abonde Benoît Cerexhe (Les Engagés), bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre. "Qu'on ait un gouvernement bruxellois de plein exercice ou pas, les pouvoirs opérationnels de la région sont assez limités dans ces matières-là. "
Michel Claise, ancien juge d'instruction, se montre plus cinglant.
"On n'a pas attendu l'absence de gouvernement pour que ça se tire dessus dans les rues ! C'est une absurdité de faire un tel lien."
"On n'a pas attendu l'absence de gouvernement pour que ça se tire dessus dans les rues de Bruxelles ! C'est une absurdité de faire un tel lien. C'est la PJF (Police judiciaire fédérale) qui est concernée par la lutte contre le trafic de drogue, donc le Fédéral, pas le niveau bruxellois. Et cette PJF manque de moyens, pointe Michel Claise, ancien juge d'instruction, et membre de Défi.
"Nous avons un centre régional de crise qui est financé à coups de millions d'euros. Il ne sert quand même pas qu'à gérer le réveillon du 31 décembre ?", conteste David Leisterh. On ne peut pas hurler qu'il ne faut pas fusionner les zones de police, parce que le système fonctionnerait si bien à Bruxelles, puis se contenter de dire que la Région bruxelloise n'est pas compétente quand il y a un problème…"
Les volontés fédérales
C'est toutefois bien au niveau fédéral que se joue la partie décisive. Dans cette optique, l'Arizona prévoit la mise en place à Bruxelles et aux alentours d'" un plan canal fédéral renforcé", afin de lutter contre "la criminalité organisée et le radicalisme."
La norme KUL – qui détermine le montant des subventions fédérales aux zones de polices locales – sera également revue à la hausse. Toutes ces mesures sont jugées positives par Michel Claise.
Il voit en revanche d'un mauvais œil, à l'instar des 19 bourgmestres bruxellois, le projet fédéral de fusion les six zones de police bruxelloises.
"Fusionner les zones de police ne changera rien à des incidents comme ceux de ce mercredi matin. Au contraire, on va les affaiblir et perdre de la proximité", assure l'ancien juge d'instruction. "Car il y a bien une augmentation de l'insécurité dans les rues de Bruxelles. Elle est due à une dégradation du tissu social, qui entraîne de la petite délinquance en rue. À la hausse de l'immigration clandestine, qui amène certains à s'engager dans le trafic de drogue. Et il y a surtout un accroissement des narco trafiquants qui connaissent un apogée incroyable."
