Le parachute doré à 550 000 euros du directeur de BX1: "C'est indécent"
Le directeur général Marc De Haan partira en prépension en décembre. Sa succession fait par ailleurs l'objet d'une polémique.

- Publié le 02-07-2025 à 06h34
- Mis à jour le 02-07-2025 à 10h46

La succession de Marc De Haan (61 ans), directeur général de BX1 depuis 2007, suscite des remous au sein de cette télé locale bruxelloise de service public.
Cette figure historique de la chaîne avait exprimé le souhait de faire un pas de côté, fin 2024. Il lui fallait toutefois encore attendre près de 5 ans avant de prétendre à la pension légale.
Le conseil d'administration de BX1, lors de sa réunion du 11 décembre dernier a finalement trouvé une solution. Il a été décidé de lui octroyer une prépension extralégale à partir du 31 décembre 2025.
Au terme de la prestation de son année de préavis, et durant 4 ans (jusqu'à la pension légale), le directeur général continuera de percevoir une partie de son salaire chez BX1, en complément d'une allocation de chômage.
L'opération représente pour BX1, selon le compte rendu du conseil d'administration que La Libre a pu consulter, un coût total de 550 000 euros brut. L'octroi de ce "parachute doré" de plus d'un demi-million d'euros avait alors provoqué certaines réticences, chez plusieurs administrateurs.
"Certains ont évoqué le fait qu'il s'agissait d'argent public, et que BX1 n'avait pas les moyens de payer cela (Ndlr : le budget de BX1 s'élève à quelque 7 millions d'euros, dont 5 millions de subsides de la Cocof). Mais ils ont vite été minorisés", glisse un ex-administrateur.
Le sixième membre de BX1 à en bénéficier
Il s'agit "d'un système éprouvé", peut-on lire dans le compte rendu du conseil d'administration de BX1, puisque cinq membres du personnel, dont un cadre, ont déjà bénéficié de cette prépension extralégale qui a pour avantage d'être moins coûteuse qu'un licenciement classique.
"J'ai mes raisons personnelles pour partir. Le conseil d'administration a validé ma demande à l'unanimité. Il sera salutaire pour BX1 que quelqu'un prenne le relais".
"Ce système de prépension extralégale consiste à favoriser le départ de travailleurs âgés, car il est intéressant de les remplacer par des plus jeunes. Il n'a rien de problématique, réagit Marc De Haan, directeur général de BX1. "Il s'agit de pratiques de bonne gouvernance, qui ont déjà bénéficié à plusieurs personnes en interne. C'est un droit des travailleurs que de toucher un préavis. Je ne vois pas pourquoi moi, qui dirige cette entreprise de 70 personnes depuis 20 ans, j'aurais moins de droits qu'un autre salarié."
La nuance, en l'occurrence, est que c'est Marc De Haan lui-même qui a soumis au conseil d'administration une demande visant à pouvoir partir en prépension. Et non l'inverse. "J'ai mes raisons personnelles pour partir. Le conseil d'administration a validé ma demande à l'unanimité. Il sera salutaire pour BX1 que quelqu'un prenne le relais", souligne-t-il.
Les arguments laissent Eric Carlier, spécialiste en droit du travail, perplexe. "L'octroi d'une prépension extralégale, c'est une double fleur que fait l'entreprise. Primo, parce qu'elle octroie une indemnité de préavis qu'elle ne devrait pas payer à une personne démissionnaire. Secundo, parce qu'elle paie une prépension extralégale, qu'un employeur n'est en principe pas obligé de verser. De plus, comme c'est une démission déguisée en licenciement, la personne bénéficiera d'indemnités de chômage, lesquelles ne seraient pas dues en cas de démission."
Les Engagés vont tenter de pousser le CA à "revenir sur la décision"
La fuite de cette information a provoqué une réaction politique. "Je découvre ceci. C'est indécent. J'ai demandé à notre nouvelle administratrice Les Engagés de demander toute la clarté sur le dossier et son inscription à l'ordre du jour du prochain conseil d'administration, ce 8 juillet, afin de voir s'il est possible de revenir sur la décision", a commenté Christophe De Beukelaer, chef de file des Engagés dans la capitale.
Deux candidats, dont Fabrice Grosfilley, écartés
La succession de Marc De Haan constitue un autre dossier épineux, alors que le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles vient d'annoncer une réduction du nombre de médias de proximité pour des raisons budgétaires. Et si BX1 n'est pas directement concernée (car financée par la Cocof), chacun comprend qu'il vaut mieux ne pas faire de vague…
Des vagues, il y en a pourtant eu, vendredi dernier, lors du conseil d'administration de BX1, à l'agenda duquel figurait la désignation d'un nouveau directeur. Ou plutôt, d'une directrice, puisque le nom d'Annebel Joseph, conseillère juridique en poste chez BX1 depuis juin dernier, a été le seul proposé.
Deux autres personnes s'étaient pourtant portées candidates pour ce poste, qui n'avait pas été ouvert aux candidatures externes : Fabrice Grosfilley, l'éditorialiste en chef, et Marc De Pauw, le directeur financier.
En pratique, les trois candidats ont en effet été soumis à un assessment (évaluation), ainsi qu'à l'évaluation d'un jury.
La conseillère juridique, passée par Voo, Orange, a été la seule à recevoir un avis positif, au terme du processus.
Tant Fabrice Grosfilley que Marc De Pauw ont payé, notamment, une expérience managériale jugée insuffisante. L'absence d'expérience d'Annebel Joseph dans le secteur des médias n'a, en revanche, pas été jugée rédhibitoire.
Dans un courrier envoyé à Marc De Haan le 9 mai, la Société des Journalistes de BX1 avait pourtant poussé la candidature d'un journaliste en pointant l'importance de désigner une personne dotée "d'une compréhension profonde des enjeux journalistiques."
En cours de réunion, plusieurs administrateurs ont dénoncé une tentative de la direction de BX1 d'imposer une candidature au CA. Ils ont exigé de pouvoir auditionner les deux autres candidats, afin de reprendre la main sur le processus. Certains, dont Marc De Haan, s'y sont opposés, arguant de la nécessité de ne pas politiser la désignation. Une partie des membres du conseil d'administration est en effet désignée par les partis. La candidate sélectionnée par le jury n'a finalement pas été validée. Elle sera auditionnée lors d'une réunion ultérieure, avant qu'une décision soit prise.
