S'il fallait lutter contre des feux de forêts, il n'y aurait pas assez de pompiers en Belgique
Pour le président de la fédération des pompiers de Belgique, le dire et le redire ne suffit manifestement pas.

- Publié le 09-08-2025 à 18h04

"La question n'est pas de savoir s'il y aura un jour des feux de forêts en Belgique, mais plutôt de savoir quand cela arrivera", explique Marc Gilbert le président de la Fédération des pompiers de Belgique et colonel-commandant de la zone de secours Val de Sambre. L'autre question est de savoir si les pompiers belges sont prêts à encaisser des feux de forêts de grande ampleur sur notre territoire. Pour Marc Gilbert, cet infatigable défenseur d'un métier difficile et dangereux (il est pompier depuis 51 ans), qui s'exprime toujours avec franchise et nuance, la réponse est non. "Ce n'est pas forcément en termes de matériels que nous avons des problèmes. Et si nous ne disposons pas de canadairs ou d'hélicoptère, la police peut nous aider en intervenant avec leurs hélicos. Non, le problème ce sont les effectifs", rappelle celui qui a le sentiment de ne jamais être entendu par les pouvoirs publics.
Il argumente bien sûr. "En Belgique, deux-tiers des pompiers, soit 12 500, sont des pompiers volontaires. L'autre tiers, soit 5 000 personnes sont des pompiers professionnels. Et lorsque vous savez qu'il y en a 1 200 à Bruxelles et 800 à rien qu'à Anvers, vous faites le compte de ce qu'il reste, et c'est peu". Dans sa zone de secours, il demande aux volontaires lorsqu'ils sont de garde "d'être présents à la caserne. Cela en fait des pompiers semi-pros, mais nous sommes les seuls en Belgique à procéder de la sorte".
Il ajoute que la période propice aux feux de forêts est l'été, "lorsque les gens prennent leurs vacances. Or, les pompiers professionnels et volontaires n'échappent évidemment pas à cette habitude. Et c'est bien normal." En cas de feu important en août, les effectifs seront donc encore plus réduits que d'habitude.
Le colonel Gilbert déplore les promesses des autorités qui ne sont presque jamais suivies d'effets. "Il faut qu'il y ait un drame pour que cela bouge. Et même dans ce cas-là, ce n'est pas toujours évident. Lors de la catastrophe de Ghislenghien, la réforme des zones de secours a été réalisée par les ministres Dewael et Milquet. Par après, Jan Jambon a tout détricoté. La sécurité civile demeure continuellement le parent pauvre au niveau budgétaire."
Le prix d'un F35 pour aider les pompiers
S'il se réjouit que le gouvernement fédéral annonce des milliards de budget supplémentaires pour l'armée, Marc Gilbert souligne "qu'il demandera de l'aide à la défense en cas de problème. Si on nous donnait l'équivalent du prix d'un seul avion de chasse que la Belgique achète en ce moment (F 35), nous pourrions déjà faire de très nombreuses choses". Bonne nouvelle, il y a quelques jours, La Libre révélait que La Défense allait prendre sa part dans la lutte contre les feux de forêt puisque que du matériel militaire pourrait être utilisé en cas d'incendie en forêt. Les hélicoptères de l'armée pourront être équipés de kit incendie et il n'est pas exclu que les nouveaux AM400 – qui ont remplacé les C130 – soient mis à contribution pour faire office de canadair. Cela sera peut-être plus simple pour les pompiers, si cela se fait bien entendu.
Quant à la prévention, elle est inexistante en Belgique. "Certes, on ne peut pas comparer les étendues forestières en Belgique avec celles que l'on connaît en France, mais ils disposent là-bas de vigiles pendant les périodes critiques pour identifier les départs de feux. Chez nous, il n'y en a pas." Dans sa zone de secours, il dispose cependant d'un drone qui "ne décolle que lorsque l'incendie est avéré. Il nous aide à voir comment il s'étend". Mais cela ne permet bien entendu pas de prévenir les incendies. "Il reste la communication via les bulletins communaux, en demandant aux gens de ne pas faire de barbecue à côté d'une prairie ou d'un bois, de ne pas jeter leurs mégots, etc. Mais les gens s'en soucient-ils ?"
De manière, générale, le président des pompiers de Belgique insiste sur la manière dont la sécurité civile est perçue en Belgique. Il prend l'exemple récent du grave incendie qui a ravagé une partie de la scène du festival Tomorrowland au mois de juillet. "Avoir reconstruit une scène près de celle qui avait brûlé en exposant le public à des particules toxiques qui persistaient après l'incendie – ce n'est pas moi qui le dis mais un professeur en toxicologie – cela ne va pas. Il ne faudra pas s'étonner si certaines de ces personnes tombent malades à long terme", conclut-il.
