Le PS propose aux Engagés, au CD&V et à Vooruit de mettre en place une majorité alternative sur Gaza
La reconnaissance de l'État palestinien et celle de l'existence d'un génocide en cours seront discutées ce jeudi au Parlement fédéral. Au MR, la position restera la même, mais on reconnaît qu'il faut faire pression sur le gouvernement israélien.

- Publié le 13-08-2025 à 18h47
- Mis à jour le 13-08-2025 à 21h27

C'est donc ce jeudi que la commission des Relations extérieures de la Chambre se réunira pour débattre de l'attitude que doit adopter la Belgique sur la reconnaissance de l'État palestinien ainsi que sur l'éventuelle reconnaissance d'un génocide en cours dans la bande de Gaza.
La majorité fédérale est divisée sur la question. Début de semaine, Els Van Hoof (CD&V), la présidente de la commission, et Sammy Mahdi, le président de son parti, ont dénoncé le "silence assourdissant" du Premier ministre Bart De Wever (N-VA), en vacances en Afrique du Sud jusqu'au 17 août. Ils estimaient que le chef du gouvernement aurait dû organiser, en visioconférence, une réunion du conseil des ministres restreint pour que la Belgique se positionne clairement sur les deux questions posées plus haut et décide de mettre en place des sanctions à l'égard d'Israël. Une position soutenue par le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), qui fera une allocution lors de la commission de ce jeudi. Ce mercredi, le Namurois a dit vouloir réserver ses propos aux députés. Mais on peut penser qu'il restera sur la ligne qu'il a toujours affichée dans le dossier.
Vooruit en fera-t-il une affaire de gouvernement ?
Vooruit aussi veut des avancées. Ces dernières semaines, les socialistes flamands ont même quasiment menacé la survie de la majorité sur cette question. Mais ils n'ont pas pu convaincre la N-VA de sortir de son mutisme ni le MR de s'opposer aux demandes des autres trois partenaires.
Mercredi midi, les représentants des cinq partis de la majorité ont tenu une réunion en visioconférence avec le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés). Du côté des Engagés, le député fédéral Pierre Kompany refuse de dévoiler quoi que ce soit sur la position qu'adoptera son parti en commission. "Je ne veux pas en parler, il faut respecter la commission", a-t-il dit à La Libre.
Le député Denis Ducarme qui participera à la commission pour le MR a bien voulu exposer la position qui sera celle de son parti lors des débats de ce jeudi. "Notre position n'a pas varié et je pense que c'est une position équilibrée. C'est pour cette raison que nous avons très mal pris le fait d'être accusés d'inhumanité par certains partenaires de la majorité."
Denis Ducarme admet que "le volume d'aide aux habitants de Gaza n'est pas rencontré sur le plan alimentaire et sanitaire ainsi que sur le plan logistique". "Des garanties supplémentaires doivent donc être obtenues en mettant la pression sur le gouvernement israélien. Mais ne soyons pas naïfs, le Hamas pourrit l'accès à l'aide humanitaire", prolonge-t-il.
Le député libéral continue de penser que la reconnaissance de l'État palestinien serait "une prime au massacre du 7 octobre". "C'était un acte de guerre, Israël s'est défendu. Il ne faudrait pas néanmoins que cette guerre devienne une guerre de conquête." Et Denis Ducarme ne considère pas que les propos récents de Benjamin Netanyahu sur sa volonté d'occuper Gaza City indiquent qu'elle est en train d'en devenir une. "Il dit que c'est temporaire et que sa volonté est de confier la gestion à une force arabe."
Pour Denis Ducarme, "à part quelques expressions extrêmes de certains groupes politiques y compris dans la majorité, cette commission ne débouchera sur rien. C'est une question de gouvernement avant tout. S'ils veulent régler ça, que nos partenaires de majorité demandent une convocation du conseil des ministres. La Chambre a bon dos".
Du côté de l'opposition, le député Christophe Lacroix (PS) est plus offensif. Pour lui, il y a urgence et on ne peut pas se permettre "une semaine de plus et des milliers de morts supplémentaires. C'est même plus qu'urgent. Les clivages politiques ne devraient même plus exister dans cette histoire".
Le PS déposera donc une proposition de résolution reprenant plusieurs exigences, sur un cessez-le-feu, sur l'aide humanitaire, sur les sanctions économiques, sur l'application du droit international, sur la suspension de l'accord avec Israël ou encore sur la libération des otages. "Cette proposition est ouverte aux amendements, l'idée n'est pas juste de venir discuter et prendre le thé en commission."
Les clivages sont incompréhensibles
Christophe Lacroix en appelle donc aux partis de la majorité qui ont manifesté leurs désaccords avec le MR et la position ambiguë de la N-VA. "Nous verrons donc si le CD&V, Les Engagés et Vooruit sont prêts à mettre en place une majorité alternative pour voter cette résolution. Si le gouvernement n'est pas prêt à bouger, qu'on laisse faire le Parlement fédéral".
Le député socialiste craint cependant "que la majorité continue à ralentir les choses et qu'elle attende le mois de septembre et l'assemblée générale de l'Onu, comme compte le faire le Royaume-Uni pour la reconnaissance de la Palestine".
Une manif de la société civile
En marge de la réunion de la commission des relations extérieures qui se tiendra à la Chambre ce jeudi après-midi, la CNE lance un appel pour manifester non loin du Parlement, place Surlet de Chokier à 12 h 30. Il s'agira de faire entendre la voix de la "société civile", de ceux qui souhaitent que la Belgique s'engage clairement pour reconnaître qu'un génocide est en cours actuellement à Gaza. "La réalité sur le terrain et le consensus très large (dans la société et au Parlement) imposeraient de passer aux actes sans délai. Mais nous craignons pourtant que le gouvernement prolonge ce qu'il fait depuis des mois : parler, s'émouvoir… et ne rien décider. Ce serait impardonnable ! Parce que le soutien à nos demandes croît chaque jour – ce mardi 12 août, les partis de l'opposition démocratique nous ont confirmé leur soutien complet – nous organisons, ce jeudi, un rassemblement pour suivre en direct les travaux de la Commission", explique la CNE dans un communiqué de presse.
Des chercheurs et professeurs d'universités écrivent aux députés MR
Ils espèrent aussi qu'un vote aura lieu sur une résolution déposée par le PS appelant notamment à la rupture immédiate de l'accord d'association UE-Israël, des sanctions et un embargo militaire total contre Israël, y compris le blocage du transit de tout composant alimentant la machine génocidaire, la reconnaissance immédiate et inconditionnelle de l'État de Palestine, etc. "Nous verrons ce jeudi si Vooruit, les Engagé·e·s et le CD&V auront le courage d'assumer leurs déclarations médiatiques et d'assurer, au besoin avec une majorité parlementaire, le vote d'une résolution ferme", indique encore la CNE.
Par ailleurs, un collectif regroupant 125 chercheurs, professeurs et membres des universités belges ont signé un texte demandant aux députés MR de "se conformer aux valeurs qu'ils prétendent défendre alors que la situation à Gaza s'aggrave chaque jour". Les signataires s'appuient sur les valeurs défendues par les libéraux sur leur site internet.
