Tensions et démissions au sommet d'Ecolo, les coprésidents Marie Lecocq et Samuel Cogolati sont sous pression
Le directeur politique du parti a remis sa démission, de même que la directrice de la communication. Certains évoquent des difficultés entre les deux coprésidents. Ecolo reste, à ce stade, au pied du mur dans son processus de refondation.


- Publié le 01-10-2025 à 16h16
- Mis à jour le 01-10-2025 à 18h30
Cela fait un peu plus d'un an que Marie Lecocq et Samuel Cogolati ont repris les rênes d'Ecolo. On l'a écrit, leur mission est ardue : redresser la formation écologiste après la claque électorale du 9 juin 2024 et les résultats médiocres aux communales et aux provinciales. Les coprésidents ont lancé une refondation du parti selon un processus baptisé le "Printemps populaire". L'idée de base est de remodeler le message des verts pour toucher une population plus large et plus seulement une certaine élite apte à digérer le langage parfois abscons de l'écologie politique. Il s'agit d'un travail de longue haleine.
Un bureau de parti tendu
Si la pression stratégique est lourde sur les épaules de Marie Lecocq et de Samuel Cogolati, des difficultés internes se sont ajoutées depuis quelques semaines. Il apparaît que des tensions existent au sein même de la coprésidence et de leurs principaux collaborateurs. Tout d'abord, Marie Lecocq a été mise en cause par plusieurs poids lourds d'Ecolo lors d'un bureau de parti début septembre.
Lors de cette réunion, Isabelle Durant (ancienne vice-Première ministre et ancienne secrétaire fédérale d'Ecolo, entre autres), Alain Maron (ministre bruxellois de l'Environnement et de l'Énergie) et Evelyne Huytebroeck (ancienne ministre au sein du gouvernement bruxellois et du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ancienne secrétaire fédérale du parti) ont fait part de leurs doutes sur la manière dont les négociations bruxelloises sont gérées par Marie Lecocq.
Ces trois personnalités importantes d'Ecolo sont plutôt "participationnistes" et estimaient que leur formation pourrait être plus constructive dans la négociation en vue de la constitution d'un nouvel exécutif régional bruxellois.
Une double démission
Dans ce contexte, le directeur politique d'Ecolo, Nicolas Lemoine, a remis sa démission. Considéré comme un tenant de la ligne dure de l'écologie politique, il aurait poussé Ecolo à ne pas accepter d'accommodements en vue de la mise en place d'une nouvelle coalition bruxelloise. Toujours selon nos sources, Nicolas Lemoine est très proche de Marie Lecocq et l'aurait poussée à se montrer intransigeante.
Contactée par La Libre, la coprésidente d'Ecolo nuance fortement ces informations. "On est sur un choix personnel, confie-t-elle. Nicolas a décidé de démissionner. C'est une personne qui avait choisi un rôle non-médiatique. Ce genre de départs, cela arrive dans toute organisation."
Outre le départ du directeur politique, Ecolo voit aussi sa directrice de la communication, Marie Thibaut de Maisieres, plier bagage : "Ces derniers mois ont été très difficiles pour moi d'un point de vue professionnel et familial", a-t-elle fait savoir dans une communication interne au parti. Un sentiment de malaise concernerait également d'autres collaborateurs d'Ecolo toujours en place. "Des gens sont déçus par le processus de réforme, certains pensent que l'on va trop vite, d'autres que l'on ne va pas assez vite", glisse un fin connaisseur de la formation écologiste.
Au-delà de cette mise en cause plus personnelle de Marie Lecocq et de la double démission au sein de la direction d'Ecolo, il nous revient qu'il existe également un peu de friture sur la ligne entre les deux coprésidents eux-mêmes. Nos informateurs nous confirment que, parfois, des vues différentes peuvent les opposer dans la réforme en cours du parti, sur le rythme de cette réforme ou encore sur la manière de réagir à l'actualité. Toutefois, ces mêmes sources ont aussi tendance à relativiser.
Des coprésidences souvent conflictuelles
"Une coprésidence, c'est par principe complexe, explique un "poids lourd" d'Ecolo. Entre Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane (les anciens coprésidents), c'était aussi difficile, tant sur la forme que sur le fond. Avant ce duo, Jean-Marc Nollet et Zakia Khattabi (qui ont aussi codirigé le parti) ont connu des problèmes. Ou encore à l'époque d'Emily Hoyos et d'Olivier Deleuze… C'est inhérent au système de la coprésidence. La divergence actuelle n'est pas plus importante que par le passé. Peut-être qu'au départ beaucoup ont pensé que Samuel et Marie allaient bien s'entendre. Il y avait donc davantage d'espoir les concernant." Sur le fond des dossiers, Samuel Cogolati et Marie Lecocq ne connaîtraient pas de divergence importante.
Il n'empêche que l'inquiétude sur l'avenir d'Ecolo monte chez plusieurs interlocuteurs. "La machine est grippée en raison des difficultés dans l'entourage des coprésidents et entre eux, glisse un vert. La démission de Nicolas Lemoine est l'arbre qui cache la forêt. Il faut que Samuel Cogolati et Marie Lecocq s'entourent de profils plus expérimentés. C'est inquiétant de voir qu'après un an, on en est là."
"Une dynamique timide"
Le fait qu'Ecolo végète encore dans le fond du classement des partis politiques ne contribue pas à améliorer l'ambiance, évidemment. Dans son dernier sondage, Le Soir plaçait Ecolo à 7,7 % d'intentions de vote en Wallonie (un peu mieux qu'aux élections mais moins bien que lors du baromètre précédent). À Bruxelles, bien qu'il faille rester très prudent à l'égard de la signification de si faibles variations, les verts redressent un peu la tête : 9,5 % d'intentions de vote (contre un score de 8,2 % aux élections). Le parti se classe toutefois en cinquième position. Pas de quoi pavoiser. La coprésidence reste donc au pied du mur.
Sur le redéploiement d'Ecolo, Marie Lecocq reconnaît les difficultés actuelles : "La situation n'est pas simple et la dynamique est timide, c'est un euphémisme. Samuel et moi n'en sommes pas surpris car la refondation va prendre du temps. Les dynamiques sont lancées en interne. On est sur des changements profonds. Mais on voit bien sur le terrain le mécontentement par rapport aux politiques de l'Arizona et des gouvernements en place."
