Pour les futurs exclus du chômage, le chemin de l'emploi se complique chaque jour un peu plus
Philippe Defeyt s'est penché sur l'état actuel du marché du travail en Wallonie. Il n'y a pas de quoi se montrer enthousiaste selon lui.

- Publié le 20-10-2025 à 06h42

Le 1er janvier 2026, c'est dans quelques mois. Pour de nombreuses personnes en Belgique mais singulièrement en Wallonie, cette date est synonyme de la fin de leurs allocations de chômage. Le gouvernement fédéral qui a pris la décision de les limiter dans le temps considère qu'en faisant cela, de nombreuses personnes devraient retrouver un emploi.
L'économiste Philippe Defeyt s'est penché sur l'état actuel du marché du travail au sud du pays pour comprendre si ce dernier est en mesure d'encaisser une arrivée importante de personnes en recherche d'un emploi.
Se basant sur les 8 premiers mois de l'année 2025, il constate que l'essentiel des offres diffusées par le Forem − en précisant quand même que toutes les offres d'emplois disponibles ne transitent pas forcément par cet organisme − concerne en grande majorité des offres d'emplois intérimaires. "Le secteur de l'intérim représente pas loin de la moitié (47,3 %) du total des opportunités, mais ce n'était pas loin de 60 % en août 2024", explique-t-il. De plus, ces offres sont en baisse tout comme celles qui concernent les emplois "classiques". "La baisse des opportunités d'emploi autres que celles proposées par le secteur de l'intérim se situe, elle, entre -10 % et -20 % depuis environ un an". Il ajoute que "l'emploi salarié recensé par l'ONSS augmente très peu : + 1 350 unités entre le premier semestre de 2024 et la période équivalente de 2025, soit une hausse de 0,1 %".
Titres-services, flexi jobs et jobs étudiants
Philippe Defeyt s'est aussi intéressé aux emplois dans le secteur des titres-services. Ici aussi, on constate une érosion du nombre d'emplois. Précisons que dans ce cas précis, les données disponibles sont moins récentes. "Les données disponibles jusqu'à fin 2024 montrent, à un an d'écart, une lente érosion du nombre de travailleurs, et plus encore des prestations en équivalents temps plein. Or, ce secteur a été pendant quelques années un moteur en matière de création nette d'emplois."
Les flexi jobs − ces emplois complémentaires qui ne peuvent être occupés que par des personnes ayant déjà un travail − sont eux en croissance en Wallonie au niveau du volume des heures prestées. Le constat est similaire pour ce qui concerne le volume d'heures prestées par des étudiants. Des emplois qui, dès lors, "ne sont pas accessibles aux personnes exclues du chômage" , rappelle Philippe Defeyt.
De plus, il s'attend à voir de nombreuses personnes, qui ont aujourd'hui un travail, se retrouver sur le marché de l'emploi dans les mois qui viennent. "On s'attend à de nombreuses suppressions de postes (non-renouvellement de CDD ou licenciements) dans divers secteurs, notablement dans les secteurs touchés par les restrictions budgétaires". Cette situation ne sera pas non plus favorable aux exclus du chômage en quête d'un emploi. L'économiste signale en outre que l'emploi des plus de 65 ans est en augmentation, ce qui signifie que les heures prestées par ces personnes ne pourront pas l'être par d'autres.
Enfin, les plus grandes difficultés pour partir à la retraite entre 60 et 64 ans et la hausse depuis un an des demandeurs d'emploi amènent Philippe Defeyt à conclure que "ces évolutions sont globalement peu enthousiasmantes et que les perspectives ne sont pas bonnes, en particulier pour les personnes exclues du chômage."