Droits d'enregistrement, subsides, musée Kanal, ou tarifs STIB : voici la note budgétaire "définitive" du MR, rejetée par Ahmed Laaouej
Les partis ont discuté longuement du tableau budgétaire du formateur David Leisterh, présenté comme sa "Best And Final Offer". La négociation en est au stade de la mort clinique.

- Publié le 25-10-2025 à 07h03
Les négociateurs des six partis se sont quittés sans accord ce vendredi, sur le coup d'une heure du matin. Ils ont discuté de la proposition d'accord budgétaire, remise par le formateur David Leisterh (MR), et présentée comme sa "Best And Final Offer" (Bafo).
La réunion a été assez houleuse, entre éclats de voix et négociateurs menaçant de quitter la table.
In fine, l'offre présentée par David Leisterh (MR) a été jugée comme une base de travail relativement acceptable pour la plupart des partis. Entre les libéraux et le PS, qui s'est retrouvé quelque peu isolé jeudi soir, le désaccord reste profond.
Chez les libéraux, on considère que le point de non-retour a été atteint, tant la posture de négociation du PS est jugée déraisonnable. "Le PS refuse de toucher à la moindre de ses lignes rouges, alors que les autres ont fait beaucoup de concessions. Ils ne veulent simplement pas se faire mal sur les politiques qu'ils ont mises en place sous la précédente législature, et qui ont mis le budget dans le rouge", glisse une source libérale. "Ils refusent par exemple de toucher au prix d'un ticket de la Stib ou au prix d'un sac-poubelle !"
À ce stade, les négociations sont en état de mort clinique. "C'est game over", lance même une source de premier plan.
David Leisterh, confronté à l'intransigeance d'Ahmed Laaouej, ne croit plus dans la capacité de son parti à pouvoir réformer la Région bruxelloise avec les socialistes, ni à éviter le naufrage budgétaire. L'Open VLD est sur la même ligne.
"Les socialistes vont trop loin, mais il y a un chemin pour y arriver ", abonde une source chez les Engagés.
"Le PS est déraisonnable, certes, mais le MR n'a pas fait non plus beaucoup de concessions. S'ils acceptent de donner un totem à Ahmed Laaouej, le PS sera peut-être mieux disposé au final", souligne une source écologiste.
"Le PS refuse de toucher à la moindre de ses lignes rouges. Ils ne veulent simplement pas se faire mal sur les politiques qu'ils ont mis en place sous la précédente législature."
Le PS assure, quant à lui, avoir toujours été disposé à réaliser des économies, mais estime pouvoir arriver au milliard d'euros d'effort souhaité d'une manière moins douloureuse.
Au-delà des positionnements politiques, que disent les chiffres ?
La Libre est parvenue à se procurer la Best And Final Offer" (Bafo) que David Leisterh a présentée ce mercredi aux six partis présents dans les négociations (MR, PS, Engagés, Groen, Open VLD, Vooruit).
Comme annoncé, l'objectif global est de faire passer le déficit budgétaire actuel (1,496 milliard d'euros) à 496 millions d'euros en 2029.
La manière d'y arriver, en revanche, divise les partis.
Plusieurs "points à arbitrer", qui ne font pas consensus entre les partis (et entre libéraux et PS en particulier), ont été débattus jeudi soir. Les voici.
1 Le tax shift
La proposition du formateur comprend essentiellement des économies. Mais elle comporte également une baisse des recettes de 100 millions d'euros dès 2028, via un tax shift.
Cela passe par une modification des droits d'enregistrement, via une augmentation du montant bénéficiant d'un abattement sur lesdits droits d'enregistrement, ainsi que par une baisse de 1 % de l'IPP (voté dès le budget initial 2026).
Pour les libéraux, il s'agit d'une manière de garder dans la capitale les personnes qui disposent de capacités contributives. Les socialistes jugent cette baisse d'impôts inégalitaire.
2 Moins de moyens pour Kanal
Le nouveau musée Kanal constitue un autre point sensible. Son budget de fonctionnement annuel est actuellement fixé à 28 millions d'euros. Le formateur propose dans sa note de le maintenir en l'état en 2026, avant de la diminuer graduellement (moins 15 millions d'euros en 2029), et de compenser "en augmentant les recettes propres". Les socialistes estiment que cette proposition signifierait la mort du musée.
3 Dotations aux pouvoirs locaux (communes)
La note propose un gel de la dotation des pouvoirs locaux. Cela permettrait de diminuer graduellement l'augmentation de la dotation aux communes, ce qui ferait économiser 59 millions d'euros en 2029. Le PS juge impensable que la Région cesse d'indexer ces montants, et reporte la charge sur les communes. Ce point est également sensible pour les Engagés.
4 Les tarifs préférentiels à la Stib
Le formateur propose par ailleurs de modifier les tarifs Stib.
Initialement, David Leisterh souhaitait supprimer les tarifs préférentiels (abonnement à 1 euro pour les jeunes et les seniors). Dans la dernière note, le formateur se contente toutefois de proposer une politique tarifaire différenciée entre Bruxellois et non Bruxellois (fixation d'un tarif minimum de 120 euros par abonnement pour tous les non Bruxellois).
Il espère ainsi récupérer jusqu'à 15 millions d'euros en 2029.
Le PS refuse à ce stade de toucher à ces tarifs.
5 Sacs-poubelle
C'est un point de désaccord PS/MR qui a été discuté hier, même s'il implique de moins gros montants. Le formateur veut augmenter le prix des sacs-poubelle, qui n'ont plus été indexés depuis des années. Le PS s'y oppose, jugeant que les montants concernés ne contribuent pas suffisamment à l'effort.
6 Les contrats pour agents subventionnés
Un désaccord existe également entre le MR et le PS sur les ACS (Contrat pour agents contractuels subventionnés, proche du système APE en Wallonie) dont le budget atteint 243 millions d'euros en 2025. L'indexation de ces moyens serait gelée. La note du formateur prévoit aussi de baisser ces moyens de 14 millions d'euros (initialement, le formateur avait proposé un effort de 44,2 millions d'euros).
7 Moins 20 % sur les subsides facultatifs
Autre point sensible : les subsides facultatifs, ces aides financières régies par un arrêté ministériel (et considérées par certains comme un "fait du prince" ministériel). Le MR propose de les réduire de 20 % (il proposait moins 41 % dans sa première proposition). Le PS s'y oppose.
8 La question des provisions
Les partis se sont entendus il y a 5 semaines pour réaliser un milliard d'euros d'économies d'ici à 2029, sur base d'un déficit d'un milliard et demi.
La négociation bute toutefois, depuis lors, sur la question d'une provision de 300 millions d'euros figurant au budget 2025.
Le MR, soutenu sur ce point par l'Open VLD et les Engagés, estime en effet qu'elle ne doit pas être incluse dans l'effort d'un milliard d'euros à réaliser. Au MR, ce montant est vu comme "une arnaque comptable" mise en place par Sven Gatz (Open VLD), ministre bruxellois du Budget, visant "à embellir artificiellement les comptes pour éviter les sanctions de Standard & Poor's".
Le PS aboutit sur une autre analyse et inclut cette provision de 300 millions dans son effort, qui s'en trouve du coup bien moins important.
9 Limiter la hausse des barèmes des fonctionnaires
Précisons-le toutefois : certains compromis ont déjà été trouvés dans la note du formateur, comme sur la question des économies en matière de personnel dans l'administration (qui atteignent actuellement 1,89 milliard d'euros).
La note propose "une réduction linéaire de 3,6 % par an", pour atteindre une baisse de 272 millions d'euros en 2029. La note acte qu'il n'y aurait "pas de licenciement pour unique motif budgétaire". C'était une demande expresse des socialistes.
L'économie passerait dès lors par un moratoire renforcé sur les engagements mais aussi "par une réforme de la fonction publique prévoyant notamment une limitation de l'ancienneté barémique, un renforcement de l'évaluation positive en cas de saut barémique, un recentrage des primes", mais aussi "une réflexion sur une harmonisation du nombre de jours de congé".
10 Le logement : pas de nouveaux projets
Le logement faisait également l'objet d'un compromis. Le budget de la SLRB (société bruxelloise de logement) s'élève à 192 millions en 2025. Le formateur veut économiser 49 millions sur ce point en 2029, via le report des nouveaux projets prévus ces prochaines années. Les projets en cours seraient en revanche poursuivis.
D'autres efforts seraient réalisés sur les primes à la rénovation (rénolution), qui seraient diminuées de 15 millions d'euros par an.
Les aides aux entreprises, en ce compris la Shift economy (chère aux écologistes), seraient également diminuées de 5 millions d'euros par an.
11 Suppression du commissariat à l'Europe, de Hub.brussels, etc.
Plusieurs réformes sont par ailleurs proposées, dans le cadre d'une réforme globale, comme la suppression du commissariat à l'Europe (500 000 euros d'économie par an) que dirige aujourd'hui Alain Hutchinson, Visit.brussels et Hub.brussels.
Citydev et la SAU (la Société d'Aménagement Urbain) seraient fusionnés, pour viser une économie de 7,5 millions d'euros par an.
20 millions seraient également obtenus via une réduction de l'ambition en matière des contrats de quartiers.
Bruxelles Environnement ferait 6 millions d'euros d'économie "en se concentrant sur les tâches essentielles".
12 Hausse de fiscalité sur les véhicules électriques
Notons aussi une recette supplémentaire, qui pourrait atteindre 65 millions d'euros en 2029, via la fiscalité automobile, plus précisément en ce qui concerne les véhicules électriques qui seraient davantage taxés, via une vignette. La taxe kilométrique, chère à Groen, ne figure en revanche pas dans la note.
Des hausses de dépenses sont par ailleurs à prévoir. Les moyens de Bruxelles Mobilité seront notamment augmentés (jusqu'à 60 millions de plus en 2029) en prévision de grandes rénovations nécessaires des ponts et des tunnels.
Les prochaines heures pourraient être décisives. Les négociations, à ce stade, sont clairement plus proches du crash que du dénouement…
