Vendredi, la colère des militants d'Ecolo pourrait se déchaîner: "Notre parti utilise parfois des méthodes meurtrières"
Marie Lecocq et Samuel Cogolati ont démissionné de la coprésidence de leur formation politique. Un conseil de fédération est annoncé vendredi soir afin d'examiner les scénarios de sortie de crise. La rancœur de la base du parti est grande. Tempête en vue…

- Publié le 19-11-2025 à 18h48
- Mis à jour le 19-11-2025 à 18h49

Mercredi matin, Marie Lecocq a annoncé qu'elle renonçait elle aussi à la coprésidence d'Ecolo. "Cette séquence a assez duré, elle abîme le parti. Une coprésidence, c'est un duo. Samuel (Cogolati) a été clair sur sa volonté d'arrêter. Je le regrette mais l'engagement que nous avons pris, nous l'avions pris à deux devant les militants", a-t-elle confirmé sur La Première.
Depuis plusieurs semaines, le duo se déchirait sur l'ampleur et le rythme de la refondation d'Ecolo, ainsi que sur le style de communication à développer. Peu avant le bureau politique (BP) de lundi, Samuel Cogolati avait demandé à Marie Lecocq de quitter la coprésidence comme il s'apprêtait à le faire. La jeune écologiste, se jugeant mise au pied du mur, avait refusé cette issue. L'incertitude qui planait sur sa situation est désormais levée.
Turbulences en vue
La clarification opérée par Marie Lecocq ne permettra toutefois pas d'éviter les fortes secousses qui s'annoncent. Vendredi, le conseil de fédération – le parlement interne d'Ecolo – prendra acte de la démission de l'équipe dirigeante et examinera les scénarios de sortie de crise. De nouvelles élections, que beaucoup estiment inéluctables, devraient être convoquées. Certains mandataires évaluent d'ailleurs la possibilité de se lancer dans la course et sondent leurs proches.
Le conseil de fédération pourrait-il désigner des "sages" afin d'accompagner le processus de sélection d'un autre couple coprésidentiel. Qui pourraient s'y coller ? Plusieurs noms qui ont marqué le parti ces dernières décennies alimentent les spéculations : Isabelle Durant, Jean-Michel Javaux… "Vu la situation, il faudra de l'expérience et de la maturité politique. La tâche est vraiment titanesque", avertit un écolo.
Une piste plus probable consiste en l'installation d'une équipe intérimaire composée du député wallon Stéphane Hazée et de la députée bruxelloise et ancienne coprésidente Zakia Khattabi. Ces deux personnalités, au style politique complémentaire, avaient déjà été sollicitées en septembre afin d'épauler les coprésidents confrontés au départ de leurs proches conseillers.
"Démonétisés"
Samuel Cogolati ou Marie Lecocq pourraient-ils se représenter à ce scrutin, chacun de leur côté, en formant de nouveaux tandems ? Selon plusieurs élus, une nouvelle candidature de leur part serait nuisible. "Ils sont tous les deux très, très abîmés et démonétisés", tranche un vert haut placé. "Comment l'un ou l'autre pourrait-il encore diriger le parti après avoir démontré qu'ils n'étaient pas capables de fonctionner dans le cadre d'un duo ?", s'interroge un autre mandataire.
Rien n'indique toutefois que les coprésidents nourriraient ce type d'ambition après avoir causé un tel couac. "Nous n'avons pas été à la hauteur. C'est pour moi un échec, que j'assume pleinement", a notamment déclaré Samuel Cogolati sur sa page Facebook, suggérant que retrait serait durable.
"Des sales gosses"
En attendant, le parti se prépare à vivre une tempête inédite en conseil de fédération. "Les militants vont reprendre la parole alors que l'histoire du parti s'écrit sans eux depuis plusieurs jours. Il y aura sans doute de la colère qui sera exprimée et ce serait d'ailleurs sain qu'elle le soit", analyse un fin observateur "vert".
Un mandataire lance un avertissement : "La base va se déchaîner, vendredi… Étaler leurs problèmes comme ça, sur la place publique, ce sont quand même des sales gosses. De la sorte, ils salissent tout le monde." Les écolos, qui ont placé l'éthique politique au cœur de leur projet, peuvent se montrer impitoyables avec leurs propres responsables. "Notre parti, qui se dit le plus humain de la scène politique, utilise parfois des méthodes meurtrières", ajoute cet élu.
"Comment est-ce possible d'être à la fois si passifs dans le combat politique et si violents entre nous, si destructeurs dans nos dynamiques internes ?"
Sans attendre les règlements de comptes lors du conseil de fédération, plusieurs écologistes ont publiquement fait part de leur indignation sur les réseaux sociaux. "Comment est-ce possible d'être à la fois si passifs dans le combat politique et si violents entre nous, si destructeurs dans nos dynamiques internes ? Comment est-ce possible d'avoir été si amorphes durant quatre années de majorité Vivaldi, de s'être fait piétiner quotidiennement face à des 'partenaires' de majorité, de perdre des élections et d'ouvrir une séquence si désespérante entre nous par la suite ?", s'inquiétait l'ancien député fédéral Simon Moutquin.