Pourquoi Georges-Louis Bouchez et le MR ciblent particulièrement la RTBF
En contestant ouvertement l'orientation éditoriale de la RTBF, les libéraux mènent aussi une "bataille culturelle" visant à peser sur la formation de l'opinion publique francophone.

- Publié le 07-02-2026 à 07h09
- Mis à jour le 07-02-2026 à 11h40

Pour Jacqueline Galant (MR), nombre de jeunes journalistes de la RTBF seraient des "gauchos". Les propos tenus récemment par la ministre francophone des Médias lors d'un débat organisé à Walhain, dans le Brabant wallon, ont suscité une vive polémique. Cette critique implicite de la ligne éditoriale du groupe audiovisuel public n'est pas neuve. Les libéraux francophones déplorent de manière chronique le traitement partisan, voire hostile, que leur réserverait la RTBF. Déjà à la fin des années 70, preuves à l'appui, Jean Gol avait dénoncé le manque de pluralisme de cette institution – que l'on appelait encore "RTB" – et la proximité assumée de plusieurs de ses visages connus avec les thèses marxistes.
Aujourd'hui, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui défend Jacqueline Galant, estime venu le temps de dépasser la simple critique offusquée et d'influer directement sur le fonctionnement de la RTBF. S'inspirant d'une lecture gramscienne du combat politique, le patron des libéraux francophones est engagé dans une "bataille culturelle" qui s'applique, entre autres, à la sphère médiatique. Aux yeux de "GLB", les idées du MR doivent irriguer davantage le débat public : c'est en modelant les perceptions politiques que l'on prépare les futures victoires électorales.
Pas assez de pluralisme
"On veut juste réintroduire le pluralisme à la RTBF, pas faire triompher le MR, assure une source libérale proche du dossier. Quand on voit par exemple la surfocalisation sur le conflit israélo-palestinien par rapport à de nombreux autres conflits qui font beaucoup de morts, on constate un biais de gauche extrêmement marqué. Ce n'est pas une stratégie de notre part : on pense vraiment que la RTBF est de gauche."
"GLB" nourrit donc l'espoir que la désignation prochaine d'un nouvel administrateur général et d'un nouveau directeur de l'information permette de corriger le déséquilibre structurel en défaveur du MR qu'il croit déceler dans les programmes du groupe audiovisuel public. Toutefois, Georges-Louis Bouchez affirme ne pas vouloir intervenir dans le processus de nomination.
En ce qui concerne le futur directeur de l'information de la RTBF, appelé à succéder à Jean-Pierre Jacqmin, le président du MR a expliqué mardi sa position sur La Première : "La procédure […] doit être impartiale, mais nous avons effectivement l'espoir que le prochain directeur de l'information de la RTBF veillera au pluralisme qui, à nos yeux, n'est pas suffisamment présent à chaque moment. Nous espérons aussi qu'il veillera à ce qu'il y ait une impartialité dans le traitement de l'information."
Pour les libéraux, l'emprise de la RTBF sur l'univers médiatique belge francophone doit également être analysée. Au-delà de la seule question éditoriale, le président du MR pointe la question de la concurrence que représentent les chaînes publiques de télévision et de radio vis-à-vis du secteur privé. De même, à l'égard de la presse écrite, Georges-Louis Bouchez a épinglé le fait que, sur le Web, la RTBF diffuse des articles gratuits, contribuant à fragiliser le modèle économique des éditeurs.
"On ne déteste pas la RTBF"
"On ne déteste pas la RTBF, nuance toutefois Diana Nikolic, cheffe du groupe MR au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le niveau de pouvoir dont relève le groupe audiovisuel. La RTBF reçoit une dotation pour remplir ses missions de service public. Or, elle utilise aussi, mais pas uniquement, cet argent pour faire concurrence au privé alors qu'elle devrait contribuer au pluralisme. Au risque, sinon, de ne plus avoir qu'une chaîne de service public et cela n'existe que dans les régimes communistes…"