Les ados sportifs ne se douchent plus nus : c'est grave, coach ?

- Publié le 15-11-2019 à 18h00
- Mis à jour le 15-11-2019 à 20h30

Le club de Berchem sanctionne les joueurs qui se douchent en slip. Il doit faire marche arrière. Signe des temps. L'incendie est éteint. Pour le moment du moins. Le club de football Berchem Sport (près d'Anvers) a suspendu, pour les quinze jours qui viennent, l'obligation imposée à ses joueurs de se déshabiller entièrement pour prendre leur douche. Ce point du règlement qui concerne les moins de quinze ans existe depuis 2007. Mais il a déclenché une polémique dans les vestiaires, cette semaine, lorsque huit joueurs qui refusaient de s'y plier ont été privés d'entraînement. Furieux, des parents ont alerté la presse. Alors que l'affaire faisait grand bruit, une rencontre entre la direction et les parents, jeudi soir, a débouché sur un temps mort. Chacun se lavera comme il veut jusqu'à nouvel ordre. En tout cas, jusqu'à ce que le club ait obtenu confirmation qu'imposer une douche nu ("notamment pour des raisons d'hygiène") ne contrevient à aucune loi.
"Ils ont tendance à se cacher"
Des sportifs ados qui gardent leurs sous-vêtements pour se doucher : la tendance n'a rien de nouveau. Mais au fil des années, cette exception est progressivement devenue la règle. "J'ai moi-même fait beaucoup de sport étant enfant et, avec les gars de ma génération, on prenait tous sa douche à poil sans aucun souci, témoigne Laurent Monier, 44 ans, coach de basket à l'Excelsior Brussels. Mais aujourd'hui, c'est vrai, tous les gamins gardent leur slip et ont tendance à se cacher pour se déshabiller." Pas de quoi en faire un problème, selon lui. "Du moment qu'ils se lavent, c'est l'essentiel."
Il faut dire qu'en soi, la simple douche (nu ou pas) ne coule plus de source non plus. Au point que des clubs de sports collectifs (football et basket, mais aussi rugby, hockey,…) ont dû inscrire l'obligation de se laver au règlement signé par chaque affilié.
Comment expliquer ce regain de pudeur ? Noah (1), 14 ans, joue au foot. "À Bruxelles où j'étais avant, on se lavait tous en maillot. Quand je suis passé à Mons, tout a changé…" Les premières traces de changement sont apparues dans les villes, socialement plus mixtes, sous l'influence de cultures pas toujours à l'aise avec la nudité dans les vestiaires collectifs. "Mais cette explication ne suffit pas", corrige le psychiatre et psychanalyste spécialiste des adolescents, Philippe Van Meerbeeck (UCLouvain).
Surtout les garçons
"L'adolescence est une période vraiment très délicate, surtout pour les garçons, dit-il. Ils changent très rapidement sans comprendre ce qui se passe." "Quelques filles gardent leurs sous-vêtements, mais c'est plutôt quand, très jeunes, elles se retrouvent dans une équipe de femmes plus âgées, confirme Sylvie Martel, coach de basket féminin au Brussels. Sinon ça ne se passe pas comme ça chez nous, non."
Habiter son corps, un corps en mutation, est un travail long et difficile, reprend le Docteur Van Meerbeeck. C'est ainsi depuis toujours. Sauf que ce qui a changé en une génération, c'est la dictature de l'image décuplée par les réseaux sociaux. "Ne pas correspondre aux critères présentés comme des canons peut occasionner beaucoup de souffrance, insiste le spécialiste. La seule solution est une éducation intelligente. Il faut démonter le côté utopique et pervers des images afin que les jeunes s'affranchissent des idéaux concernant la beauté des corps."
"Un trait juvénile à respecter"
Pour lui, pas question de caprice ni d'aucune autre sorte de prosélytisme. "Le malaise existe bel et bien. Se mettre à nu, c'est prendre un risque. Se doucher en slip signifie conserver une partie intime, non soumise aux autres." Sans même parler de la menace que représente, dans ce contexte, la possibilité d'être pris en photo… "Il faut respecter ce trait juvénile, conclut Philippe Van Meerbeeck. Il passera."
Adam (1), jeune footballeur de 18 ans, le confirme : "Se doucher nu, c'est s'accepter autant qu'accepter les autres tel qu'on est. Je n'ai aucun tabou et je continuerai à me doucher nu partout où je fais du sport." Pour en revenir à cela, c'est quand même le vestiaire qui soude un groupe. "C'est là qu'on rit, qu'on se félicite, qu'on se fait des blagues, qu'on décompresse , rapporte encore Sylvie. Sans cette ambiance, pas d'équipe !"
(1) Prénoms d'emprunt