La télévision inquiète les parents mais reste leur nounou préférée
Les parents critiquent les écrans, révèle une enquête de l'Union des parents de l'enseignement catholique. Pourtant, ils leur confient toujours autant leurs enfants de quatre à dix ans. Focus sur une situation paradoxale.

- Publié le 19-12-2019 à 16h01
- Mis à jour le 20-12-2019 à 16h00

Les parents critiquent les écrans, révèle une enquête de l'Union des parents de l'enseignement catholique. Pourtant, ils leur confient toujours autant leurs enfants de quatre à dix ans. Focus sur une situation paradoxale.
Souvent interpellée à ce sujet, l'Ufapec (l'Union francophone des associations de parents de l'enseignement catholique) a décidé de se pencher sur la manière dont les parents régulent (ou pas !) la consommation télévisuelle de leurs enfants.
Par consommation télévisuelle au sens large, il faut entendre ici le fait de regarder des contenus télévisuels sur divers supports : la TV, mais aussi la tablette, l'ordinateur ou le smartphone et ce, quelles qu'en soient les sources, y compris Internet, les abonnements de vidéos à la demande ou encore les plateformes de streaming telles que YouTube ou Netflix.
Les parents sont au centre de cette analyse. Dix familles avec enfants de 4 à 10 ans ont été minutieusement suivies et longuement interrogées à leur domicile. Pourquoi 4 à 10 ans ? Parce que, d'après les études, ce sont ces enfants-là qui consomment le plus de contenus télévisuels avant de se tourner, plus grands, vers d'autres contenus Internet ou les jeux vidéo.
Une grande source de conflits
Aujourd'hui, le jeune consommateur a la possibilité de regarder ce qu'il veut quand il veut : une étude de Nova Child a montré cette année qu'un enfant sur trois possède un accès à Netflix et 55 % à YouTube. En a-t-il pour autant la permission ?
La littérature rapporte que le cadre éducatif s'est modifié : on est passé de la discipline et la régulation physique à l'orientation et l'encouragement. "D'après les spécialistes, les parents d'aujourd'hui seraient plus dans la négociation que dans le contrôle pur" , relève l'Ufapec. Mais en 2010, Sylvie Octobre et Christine Détrez montraient déjà, dans une recherche , que la télé, les jeux vidéo et les écrans en général constituaient les principaux sujets de conflits entre parents et enfants, et ce loin devant les sujets liés à l'école. Aucune raison que cela se soit amélioré depuis…
L'omniprésence des contenus
Du contrôle absolu à la permissivité totale, les familles développent divers modèles d'éducation en fonction de leurs croyances et de leur niveau socio-économique et culturel (lire ci-après). Pourtant, tous les parents interrogés par l'Ufapec expriment diverses inquiétudes : pour la suite du développement de leur enfant, pour son rapport aux autres, et pour les contenus qu'il peut rencontrer. La qualité des contenus est autant visée que leur omniprésence car mettre un frein à la consommation d'images apparaît encore plus compliqué sur les nouveaux supports, moins encombrants et plus individuels.
La difficulté de l'arrêt
Des changements de comportements sont constatés dans plusieurs familles, en lien avec la consommation d'écrans (à divers degrés d'une échelle qui va de l'enfant hypnotisé à l'enfant surexcité). Certains témoins relèvent des difficultés de concentration ou de la fatigue.
Plusieurs points communs émergent : presque tous les enfants qui regardent la télévision sont dissipés et font autre chose en même temps et puis, partout, le moment de l'arrêt est crucial. Négociations, désobéissance, disputes… Seules les familles où des règles strictes ont été posées à la base y échappent.
L'écran baby-sitter et l'écran-sécurité
Ces propos négatifs exprimés par les parents vis-à-vis des écrans tranchent cependant avec les nombreuses heures que les enfants passent pourtant devant. La situation est pleine de paradoxes.
"Les écrans permettent à beaucoup de parents de faire une pause , relève l'Ufapec. Ils reconnaissent qu'ils peuvent, grâce à eux, profiter d'une accalmie dans le rythme familial." On note que les écrans sont aussi utilisés ailleurs qu'à la maison pour assurer la tranquillité des parents. Au restaurant, par exemple. Ou lors de longs trajets en voiture.
Les parents rapportent que la télévision et les autres écrans leur rendent de multiples services. Ils évoquent entre autres l'écran-sécurité, préférant savoir leur enfant à la maison devant un écran qu'en danger potentiel dehors. Les adultes interrogés estiment aussi que l'accès aux écrans est important pour ne pas priver les enfants de sujets de conversation avec les autres ou d'une certaine forme de formation. Bref, le rôle d'accompagnateur de la vie quotidienne que remplit la télé ne fait aucun doute.
Dernière contradiction, tous les parents avouent user ponctuellement de tactiques pour détourner les enfants des écrans. Comme privilégier le temps passé dehors (promenades, inscription dans un club sportif…) ou proposer des choses à faire.
Les quatre façons de réguler (ou pas) la consommation télévisée
La famille sous contrôle
À travers les discours des familles étudiées par l'Ufapec, quatre types de familles se distinguent, en fonction de leur façon de réguler la consommation télévisée. Trois sur dix sont des familles sous contrôle. Les parents sont omniprésents et des règles strictes sont en place. La privation répond à l'éventuel conflit. Il n'y a aucune plateforme d'abonnement. Parfois, la télé est installée dans une pièce séparée pour ne pas constituer une tentation constante. La famille sous contrôle intermittent
C'est le cas de trois autres familles étudiées. La télé est réservée aux contenus pour enfants. La tablette, par contre, est moins contrôlée. Des règles existent pour la TV, Netflix et YouTube, mais avec moins de contrôle que dans le groupe précédent. Tout a lieu dans la pièce à vivre. Ici aussi, la privation est un moyen de punition. La famille sans contrôle
Trois familles de l'enquête sont dans ce cas. Elles sont bien équipées. Contrairement aux deux groupes précédents, l'utilisation ne demande pas d'autorisation systématique. Il n'y a pas de limite à la consommation, tant que la scolarité et le comportement restent acceptables. Il n'y a ni règles ni contrôle mais de nombreux conflits concernant les écrans. La famille en autonomie
Une famille étudiée sur dix fonctionne ainsi. Les enfants sont dans une autorégulation pour maintenir les règles fixées qu'ils connaissent. La priorité va à leur indépendance.