Avec son "choix vaccinal obligatoire", Marius Gilbert a convaincu les députés, moins le syndicat des généralistes
L'épidémiologiste propose que les non-vaccinés soient obligés de discuter avec un médecin.
- Publié le 31-01-2022 à 20h08
- Mis à jour le 01-02-2022 à 14h48

Une nouvelle voie s'est ouverte dans le débat sur la vaccination obligatoire. Il y avait l'option de l'obligation vaccinale (limitée, ou non, à une catégorie de la population). Il y avait celle du "pass vaccinal", que d'aucuns voient comme une obligation détournée. Il y a désormais celle du "choix vaccinal obligatoire" que Marius Gilbert a développé durant son audition ce lundi devant les députés de la commission Santé de la Chambre.
Concrètement, l'épidémiologiste de l'ULB propose que les personnes non vaccinées aient l'occasion de consulter un médecin gratuitement pour discuter du vaccin. Cette consultation permettrait au médecin de répondre aux questions qui subsistent chez le patient et de prendre en compte l'ensemble des éléments de son dossier (intégrant, par exemple, les facteurs de risque).
Comme un vote blanc
À l'issue de la consultation, le patient pourrait encore refuser la vaccination. "Cela ressemblerait un peu au dispositif du vote obligatoire. Le citoyen est obligé de se présenter au bureau de vote, mais il peut voter blanc", a illustré M. Gilbert.
Cette consultation permettrait en outre de reconnecter une partie de la population avec leur médecin généraliste. "La non-vaccination présente des éléments structuraux antérieurs à la crise, liés à une perte de contact générale avec la médecine de terrain, en particulier dans des milieux précaires. En s'appuyant sur la médecine de terrain, cette stratégie aurait d'autres bénéfices à long terme en termes de santé publique", a précisé Marius Gilbert.
Cette proposition de consultation obligatoire a également été soutenue par le psychologue Maarten Vansteenkiste, l'un des auteurs du baromètre de la motivation, entendu dans l'après-midi. En s'appuyant sur les données de ses enquêtes, le psychologue de l'UGent a souligné que près d'une personne non vaccinée sur deux souhaitait davantage d'information avant d'éventuellement opter pour la vaccination.
Une fausse bonne idée ?
À peine évoqué, ce "choix vaccinal obligatoire" a trouvé le soutien de plusieurs députés, tant dans la majorité que dans l'opposition. "Il s'agit d'une proposition intéressante, à creuser en concertation avec le terrain", a déclaré le chef de file des verts francophones Gilles Vanden Burre. "Cela permettrait d'informer chaque citoyen au maximum, de convaincre et de protéger et de respecter le consentement éclairé", réagissait pour sa part la chef de groupe du CDH Catherine Fonck.
L'enthousiasme est moindre du côté des représentants de la médecine générale. "C'est une fausse bonne idée !", s'exclame Paul De Munck, président du Groupement belge des omnipraticiens (GBO). "On ne peut pas obliger un citoyen à aller voir son médecin, cela ne correspond pas à la relation médicale. Sur quelle base d'ailleurs cette décision serait-elle envisagée ? Par contre, à l'occasion d'une consultation, la personne qui hésite encore sur son choix vaccinal peut évidemment poser des questions à son médecin généraliste, comme c'est souvent le cas aujourd'hui", précise le président du syndicat médical.Tom Guillaume