En matière de traite et trafic d'êtres humains, les services belges sont en souffrance: "Certaines enquêtes sont reportées faute de moyens"
La Belgique faisait auparavant figure de pionnière. Mais les services sont désormais en souffrance.
- Publié le 25-04-2022 à 20h11
- Mis à jour le 10-08-2022 à 18h57

La découverte en octobre 2019 de 39 migrants dans un camion réfrigéré dans le comté de l'Essex au Royaume-Uni avait, une fois encore, remis au-devant de l'actualité les drames qui se jouent entre les deux côtés de la Manche.
Rapidement, il a été établi que le poids lourd avait quitté Zeebruges, soulignant par là même un constat bien connu : la Belgique est bel et bien une plaque tournante en matière de traite et de trafic d'êtres humains. Avec toutefois une nuance. Dans le cadre du trafic d'êtres humains, la Belgique est principalement un pays de transit (vers le Royaume-Uni). Elle est en revanche un pays de transit et de destination pour la traite d'êtres humains.
À la fin du mois de février, le Parlement fédéral votait la mise en place d'une nouvelle commission spéciale chargée d'évaluer les politiques et la législation encadrant la traite et le trafic d'êtres humains en Belgique.
Deux inspecteurs pour tout Bruxelles
Les premières auditions débutaient sur un constat partagé par la cellule interdépartementale de lutte contre le trafic et la traite d'êtres humains du SPF Justice et Myria, le centre fédéral des migrations, tous deux entendus ce lundi. Alors que la Belgique était auparavant un modèle en la matière grâce à la collaboration entre les nombreux services impliqués (Office des étrangers, parquet, police, etc.), ces derniers ne sont plus en mesure de lutter efficacement contre les deux phénomènes.
À l'issue de cette première salve d'auditions, il ressort pourtant que la législation belge qui encadre cette lutte est appropriée. C'est en tout cas l'avis partagé par les deux instances entendues.
C'est en revanche au niveau des moyens et de l'organisation que le bât blesse. Les représentants du service fédéral ont ainsi souligné les difficultés de collaboration entre les services, le manque de formation de certains agents, mais aussi un manque de connaissance des acteurs de terrain qui ne sont parfois tout simplement pas en mesure d'identifier le phénomène de traite et donc de le signaler.
Deux exemples illustrent ce manque de moyens. Le premier concerne la cellule Ecosoc de l'inspection sociale. Ce service, chargé de mener l'inspection sur l'ensemble du territoire bruxellois et ainsi de prévenir l'exploitation, ne compte que deux inspecteurs. Pas assez, sur un si vaste territoire, avance Myria.
Adopter un plan concret
"Au sein de la police judiciaire, nous savons aussi que, en matière de traite humaine, plusieurs enquêtes d'envergure ont été reportées faute de moyens", souligne Patricia Le Cocq, spécialiste traite et trafic d'êtres humains chez Myria, entendue par les députés. Ce report peut conduire à l'évaporation de nombreux indices.
Ces auditions doivent servir à définir une feuille de route pour se saisir de la problématique de la traite et du trafic d'êtres humains. L'accord de majorité conclu par la Vivaldi prévoit en effet d'intensifier la lutte contre ces phénomènes avec plusieurs points d'attention (comme la traite des mineurs). Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Ce sera tout l'enjeu de cette commission spéciale.