"C'est impensable d'appliquer l'obligation vaccinale des soignants maintenant"

Ce matin, Arnaud Bruyneel, doctorant en Santé publique et vice-président de l'association siz-nursing, était l'invité de la matinale "Il faut qu'on parle", sur DH Radio.

Selon le rapport du KCE (Centre fédéral d'Expertise des Soins de santé) sur les infirmiers travaillant aux soins intensifs, près de la moitié des infirmiers francophones souhaitent changer de poste ou démissionner. C'est le cas d'Arnaud Bruyneel, doctorant en Santé publique pour l'ULB et l'un des auteurs du rapport, qui a quitté les soins intensifs il y a deux mois. "J'étais toujours insatisfait de mon travail", explique l'homme qui a également bénéficié d'une opportunité professionnelle.

Selon lui, plusieurs facteurs expliquent le nombre important d'infirmiers wallons qui souhaitent changer de poste : les conditions et l'environnement de travail difficiles à gérer au quotidien, la balance entre la vie professionnelle et personnelle, les horaires inconfortables... "C'est tous ces éléments-là qui se mélangent et à un moment donné, ils prennent la décision de quitter les soins intensifs. Souvent à contrecœur", poursuit-il.

Le risque de burn-out est également bien présent : la pandémie a accentué le phénomène et le taux dépasse désormais les 50% en Wallonie, bien plus que de l'autre côté de la frontière linguistique. "Il y a des différences importantes dans ces résultats en fonction des régions. Ils sont plus élevés au sud par rapport au nord du pays", indique Arnaud Bruyneel. "Le facteur le plus important, c'est l'environnement de travail : il influence grandement le risque de burn-out et l'intention de quitter la profession". C'est sur ce point qu'il estime un travail nécessaire dans les prochaines années."L'environnement de travail est l'élément sur lequel il faut jouer. C'est très très vaste et il faut investir pour pouvoir retenir les infirmiers".



Près de 75% des infirmiers se plaignent également de leur salaire, considéré trop faible. "Il n'y a pas que ça : la charge de travail, est-ce que l'on donne des soins de qualité... Je pense que ça aussi c'est l'un des critères important". Le rapport propose aussi un plan d'action pour réenchanter la profession : "On l'a dit, l'environnement de travail d'une manière globale. Une meilleure reconnaissance, une déclaration de la pénibilité, de meilleurs salaires...".

L'obligation vaccinale, de l'huile sur le feu

Le doctorant en Santé publique a également abordé l'obligation vaccinale. Même s'il considère la vaccination essentielle, tant pour les soignants que pour la société dans son ensemble, Arnaud Bruyneel considère l'obligation pour les soignants comme impossible. "Dans l'état actuel des choses, avec le timing et l'épuisement émotionnel, c'est impensable de l'appliquer maintenant. On n'a pas la marge de manœuvre de pouvoir pallier des infirmières qui auraient démissionné parce qu'elles ne seraient pas vaccinées. On n'a pas cette possibilité-là", estime-t-il, rappelant que le nombre de soignant influence la qualité des soins.

"Le problème, ça restera toujours ces sanctions". L'infirmier dénonce un manque de pédagogie, qui a braqué plus qu'autres choses les soignants qui ne souhaitaient pas se faire vacciner. Selon lui, il est nécessaire de retarder le vote afin d'apaiser la situation.

En fin d'interview, Arnaud Bruyneel a adressé son carton rouge aux décideurs politiques qui n'ont, selon lui, pas fait le nécessaire ces dernières années.