Abattage rituel à Bruxelles: une décision "hallucinante" selon Gaia

L'association de défense des animaux Gaia a réagi outrée au rejet, vendredi, par le parlement bruxellois de la proposition d'ordonnance visant à interdire l'abattage sans étourdissement.

Belga
Abattage rituel à Bruxelles: une décision "hallucinante" selon Gaia
©BAUWERAERTS DIDIER

"C'est hallucinant que des parlementaires ayant tous les arguments scientifiques à leur disposition nient que la terre est ronde", s'est ainsi offusquée Ann De Greef, la directrice de Gaia.

L'association de défense des animaux Gaia a réagi outrée au rejet, vendredi, par le parlement bruxellois de la proposition d'ordonnance visant à interdire l'abattage sans étourdissement. "C'est hallucinant que des parlementaires ayant tous les arguments scientifiques à leur disposition nient que la terre est ronde", s'est ainsi offusquée Ann De Greef, la directrice de Gaia. Le parlement bruxellois a rejeté vendredi la proposition d'ordonnance DéFI-Groen-Open Vld voulant imposer l'étourdissement avant l'abattage animal en Région bruxelloise. Trente-huit parlementaires ont voté contre cette proposition tandis que huit se sont abstenus.

"Les hommes et les femmes politiques devraient se fonder sur la science. Or, ce n'est clairement pas le cas. À cause d'eux, des centaines de milliers d'animaux vont encore être abattus dans la pire douleur", dénonce Ann De Greef.

La directrice de Gaia estime que les huit parlementaires qui se sont abstenus sont "tout aussi coupables" que ceux ayant voté contre. "Comment peut-on ne pas avoir d'opinion sur quelque chose d'aussi cruel", s'interroge-t-elle auprès de l'agence Belga, alors qu'il existe un consensus scientifique sur le fait que l'étourdissement préalable est le meilleur moyen de réduire la souffrance de l'animal. "Je me demande s'ils vont bien dormir la nuit..."

"Les députés bruxellois donnent aux religieux rigoristes un droit de veto de facto sur le bien-être animal et sont complices des douleurs extrêmes de milliers d'animaux abattus sans étourdissement", s'est de son côté indigné le président de Gaia, Michel Vandenbosch, cité dans un communiqué. "Les députés ont fait preuve d'un manque répréhensible d'humanité et d'éthique à l'égard des animaux sans défense, qui méritent une protection particulière en vertu de la loi générale bruxelloise sur le bien-être animal", souligne-t-il.

Selon cette loi, les animaux, "en tant qu'êtres vivants doués de sensibilité, d'intérêt personnel et de dignité", méritent une protection spécifique.

Gaia rappelle que 95 à 96% des moutons abattus à l'abattoir d'Anderlecht sont tués sans étourdissement.

"Mais notre lutte ne fait que commencer"', avertit d'ores et déjà Ann De Greef. "On est des pitbulls. On mord et on ne lâche rien", illustre-t-elle.

L'association revient par ailleurs sur les arrêts rendus par la Cour de justice de l'Union européenne et la Cour constitutionnelle belge, qui ont statué en faveur d'un étourdissement préalable des animaux lors de leur abattage rituel, au grand dam de plusieurs associations juives et musulmanes. L'abattage rituel ne prévoit en effet pas d'étourdissement de l'animal, qui doit être intact avant la mise à mort.

Par leur votre, les députés bruxellois "maintiennent sciemment un régime d'exemption religieuse, en conséquence de quoi des milliers d'animaux continueront à subir des douleurs et des souffrances extrêmes à des fins religieuses", relève M. Vandenbosch. "Ces députés ont fait preuve d'un mépris sans précédent pour les valeurs et les normes sociales actuelles, largement répandues en matière de traitement des animaux: les animaux doivent être épargnés de toute souffrance évitable. Par conséquent, les animaux destinés à l'abattage doivent, sans exception, être étourdis avant d'être abattus", conclut-il.

En Flandre, l'interdiction d'abattage sans étourdissement est entrée en vigueur le 1er janvier 2019, tandis qu'elle est d'application depuis le 1er septembre 2019 en Wallonie.

Le CCOJB et la Famab se montrent satisfaits

Le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) a réagi positivement au rejet de la proposition d'ordonnance DéFI-Groen-Open Vld visant à imposer l'étourdissement avant l'abattage rituel en Région bruxelloise. "Bruxelles ne pénalise finalement pas les minorités" peut-on notamment lire dans le communiqué. Dans les rangs du CCOJB, on a accueilli la nouvelle avec un énorme soulagement, parlant de "satisfaction" du rejet de la proposition "visant à supprimer l'exception prévue au profit des minorités religieuses en matière d'abattage d'animaux en vue de leur consommation."

Le CCOJB poursuit en soulignant la préservation d'un "équilibre trouvé depuis des décennies entre l'objectif légitime et central de protection du bien-être animal, qui a justifié la règle de l'étourdissement préalable, et la protection des droits fondamentaux des minorités, qui a justifié l'exception à des conditions strictes en ce qui concerne l'abattage rituel."

Au sein de la communauté musulmane, on abonde dans le même sens. "Je suis évidemment très satisfait de cette décision", appuie Ndiaye Mouhameth Galaye, président de la Fédération des Associations Musulmanes Africaines de Belgique (Famab). Ce dernier salue d'ailleurs une décision tombée démocratiquement. "Nous sommes dans un pays de droits, et il faut savoir revendiquer les choses paisiblement, en accord avec la loi. Si la proposition d'ordonnance était passée, je l'aurais acceptée, car c'est ce qui aurait été décidé."