Crise de l'accueil : la police toujours présente devant le futur centre de crise national à Bruxelles, occupé par des demandeurs d'asile
Cette occupation intervient après l'expulsion d'une cinquantaine d'exilés de l'Allée du Kaai, vendredi soir.

- Publié le 12-03-2023 à 16h00
- Mis à jour le 13-03-2023 à 13h16
Une septantaine de demandeurs d'asile qui n'ont pas pu obtenir de place dans le réseau d'accueil et sont à la rue depuis plusieurs jours ont pris possession d'un bâtiment inoccupé, dimanche après-midi, rue Georges Matheus à Saint-Josse-ten-Noode. Cette action d'occupation vise à offrir une solution d'urgence et à forcer le gouvernement à respecter ses obligations, a constaté l'agence Belga sur place. Ce lundi matin, la police était encore présente sur place, selon la RTBF. Les forces de l'ordre bloquent l'accès au bâtiment, mais ne procèdent pas à des manoeuvres d'expulsion.
Des patrouilles des zones de police Bruxelles-Nord et Bruxelles-Capitale/Ixelles sont intervenues sur place dimanche. Le bâtiment, qui vient d'être rénové et est destiné à accueillir le futur centre de crise national, est référencé au numéro 25 de la rue Georges Matheus à Saint-Josse-ten-Noode, mais dispose aussi d'une entrée donnant sur le boulevard du Roi Albert II, située sur la commune de Bruxelles. Les exilés, en majorité des demandeurs d'asile selon le collectif Stop à la crise de l'accueil, ont pris possession du bâtiment dimanche vers 15h00 et ont bloqué les entrées de l'intérieur. Une cinquantaine d'occupants étaient annoncés, mais ils sont finalement environ septante à l'intérieur.
Plusieurs fourgons de police ainsi que des canons à eau entouraient, dimanche soir vers 20h20, le bâtiment. De nombreux policiers sont présents, certains accompagnés de chiens, pour déloger les personnes présentes dans le bâtiment. Des discussions ont eu lieu sur place, dimanche après-midi vers 15h00, entre la police et des membres du collectif Stop à la crise de l'accueil, peu après que les demandeurs d'asile ont pénétré dans un bâtiment vide de l'État fédéral. Cet immeuble est destiné à abriter le futur centre de crise national. Selon le collectif Stop à la crise de l'accueil, le bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode, Emir Kir, a ordonné à la police de ne pas intervenir, tolérant cette occupation.

La réquisition de ce bâtiment, propriété de l'État fédéral, intervient après l'expulsion de l'Allée du Kaai, vendredi, d'une cinquantaine d'exilés, en majorité des demandeurs d'asile selon le collectif Stop à la crise de l'accueil. Ceux-ci se sont dès lors retrouvés à la rue, sans alternative. Or, rappelle le collectif de soutien, la Belgique a le devoir de leur assurer un accueil digne.
"Cette action est le résultat de l'inaction durant plus d'un an et demi du gouvernement fédéral pour trouver des solutions durables à la crise d'accueil", a déclaré le collectif de soutien à cette nouvelle occupation de bâtiment. "Malgré les condamnations à répétition par le tribunal du travail et la Cour européenne des droits de l'Homme, le gouvernement reste sans réponse à court terme."
En parallèle à cette occupation, des avocats vont introduire une procédure en justice afin d'obtenir l'usage temporaire légal des lieux.

"Pour certaines personnes, c'est déjà la troisième expulsion en un mois", a commenté Sasha, du collectif de soutien. "Elles ont toutes droit à l'accueil et l'accompagnement, mais l'État continue de refuser de respecter leurs droits. En même temps, la Région et les communes bruxelloises continuent à détruire les solutions alternatives organisées par les demandeurs d'asile et des citoyens belges. Cette situation est intolérable et honteuse", a-t-il souligné.
"Nous appelons tous les citoyens à soutenir cette action de solidarité et à faire pression sur le gouvernement pour qu'il fournisse une solution durable et juste pour tous les demandeurs d'asile en Belgique", a-t-il ajouté. "Nous croyons fermement que chaque personne a le droit à un toit, à la nourriture et à un traitement humain."
"Ces gens qui sont à l'intérieur, ce sont des demandeurs d'asile qui ont droit à être hébergés par l'État", a rappelé Me Marie Doutrepont. L'avocate, qui défend plusieurs dossiers de demandeurs d'asile en justice, était présente sur place dimanche. "Ils ont été expulsés successivement du 'palais des droits' (une occupation temporaire à Schaerbeek, NDLR) puis du camp le long du canal. Ensuite, certains ont enfin pu être hébergés par l'État, mais pas tous. Ceux qui ne l'ont pas été ont trouvé refuge dans un autre squat, l"Allée du Kaai" (avenue du Port à Bruxelles-Ville, NDLR), et en ont été expulsés à nouveau vendredi soir. Ils sont donc venus s'installer ici, dans un bâtiment qui est symbolique puisqu'il est à l'État fédéral. C'est une manière de rappeler encore une fois que l'État a des obligations vis-à-vis de ces personnes", a-t-elle commenté.
"Ce qu'on demande, bien sûr, c'est que ces personnes soient logées dans des conditions dignes, parce que là c'est de l'extrême urgence, pour éviter qu'ils dorment en rue", a-t-elle ajouté.