Une "vie normale" en colocation aux Pilotis pour des adultes avec un handicap mental: "C'est une maison formidable!"
L'ASBL bruxelloise propose deux habitats inclusifs pour 15 personnes de grande dépendance. Mais les subsides ne sont pas à la hauteur des besoins. Une soirée-concert avec Saule est organisée ce samedi 7 octobre pour compléter les subventions.

- Publié le 03-10-2023 à 14h27

Pour les parents d'enfants en situation de handicap mental, qui ont besoin d'un accompagnement au quotidien, c'est souvent très stressant d'imaginer leur entrée dans l'âge adulte. Parce qu'il existe très peu de logements adaptés aux besoins des adultes handicapés de grande dépendance. Il y a dix ans, la Belgique a d'ailleurs été condamnée pour ne pas respecter les droits fondamentaux de ces personnes.
Les places manquent dans les institutions existantes. De nombreuses familles se retrouvent sans solution, obligées de garder leur grand garçon ou leur grande fille à la maison. Avec toutes les conséquences que ce (non) choix implique : réduction du temps de travail, perte de revenus, isolement social (des mamans, souvent…)
Un "conseil des habitants" une fois par mois
Face à cette situation, des initiatives ont vu le jour, émanant essentiellement de parents, pour que leurs enfants devenus adultes puissent se loger dans des conditions de vie "normales", comme tous les autres citoyens, quel que soit leur handicap. C'est le cas de l'ASBL bruxelloise Les pilotis qui propose, depuis 15 ans, deux habitats inclusifs, solidaires et adaptés.
En fait, deux maisons de vie, à taille humaine, où 7 et 8 personnes vivent en colocation. Quand ils font leur entrée aux Pilotis, les habitants "extra-ordinaires" ont entre 18 et 35 ans.
À la Villa Mathine (à Ixelles) et à la Maison Orban (à Woluwe-Saint-Pierre), chacun participe comme il peut aux tâches de la vie en colocation : les courses, la cuisine, le linge… Les colocs y reçoivent leur famille et leurs amis. Des "conseils des habitants" sont organisés au moins une fois par mois. Ils permettent d'échanger autour des règles de la maison, de l'organisation d'activités et des modalités de la vie en communauté.
"Parfois, ça fait du bien de craquer..."
Rachida est installée dans la Villa Mathine depuis son ouverture. Elle témoignait, en juin dernier, à l'occasion des 5 ans du lieu : "Je suis contente de pouvoir faire les tâches quotidiennes dans ma maison. Je suis toujours volontaire pour les faire ! C'est une maison formidable […] Vous êtes des éducateurs formidables et je vous aime. Même si le handicap n'est pas toujours évident, vous me comprenez. Parfois, ça fait du bien de craquer et d'avoir une oreille attentive."
Aux Pilotis, l'habitant est l'acteur principal de son projet de vie, individualisé et personnalisé. Reconnue et subsidiée par la Cocof (l'organe compétent pour les institutions monocommunautaires francophones de la Région de Bruxelles-Capitale) comme centre d'hébergement, l'ASBL s'appuie sur une vingtaine de professionnels (éducateurs, logopèdes, psychologues, ergothérapeutes…) et un large réseau de bénévoles pour accompagner les habitants des deux maisons qui présentent des spécificités propres avec des besoins différents.
Un taux d'encadrement plus élevé
L'ASBL propose un taux d'encadrement plus élevé que ce qui est prévu dans la réglementation pour répondre le mieux possible aux besoins importants de ces personnes en situation de handicap. "Et cela fonctionne bien : ces maisons sont leur domicile. Elles peuvent participer aux décisions qui les concernent, évoluer et s'épanouir", défend Eric de Moffarts, administrateur de l'ASBL Les Pilotis.
Mais financièrement, ce n'est pas simple. Ces logements (plus) inclusifs n'étant pas subsidiés à hauteur des moyens investis, l'ASBL tente de compléter les subsides de la Cocof par l'organisation d'événements et la récolte de dons. Une soirée-concert avec Saule (et Lisza en première partie) aura lieu ce samedi 7 octobre au W :-Hall à Woluwe-Saint-Pierre au profit des Pilotis.
C'est aussi une manière d'attirer l'attention des responsables politiques sur l'importance de maintenir une offre de logement de ce type. Dans le secteur, d'autres associations, qui favorisaient aussi des unités de vie de taille familiale, ont dû se restructurer et prendre la forme d'institutions plus classiques (plus de 15 personnes) mais moins adaptées dans le cas du handicap mental de grande dépendance.
Renseignements sur https://lespilotis.be/
