A cause d'un incroyable imbroglio, la gérante d'une crèche doit stopper ses activités: "C'est absurde. Le seul problème, c'est le territoire"
Arlette, gardienne d'enfants depuis 20 ans, doit stopper ses activités pour un conflit de territoire entre communautés.
- Publié le 05-01-2024 à 16h18
- Mis à jour le 05-01-2024 à 17h01

Mauvaise surprise pour Shirley, la maman de Charly, comme pour Vanessa et Samuel, les parents de Leni. La crèche qui accueille leurs enfants respectifs doit fermer ses portes, après vingt ans d'existence. En cause, des motifs administratifs et communautaires dont se serait bien passée Arlette Raxhon, la gérante du lieu.
"Ma crèche se situe à la frontière entre la Communauté française et la Communauté germanophone. J'ai commencé ma carrière en travaillant pour la Communauté germanophone puis j'ai déménagé à un kilomètre de la frontière, côté Communauté française. Pendant 18 ans, ça n'a pas posé de problème et la Communauté germanophone m'a autorisé à continuer à travailler comme gardienne pour elle. Mais le 21 décembre, j'ai reçu mon préavis pour le 1er janvier", explique-t-elle.
Arlette Raxhon a bien tenté de négocier avec la Communauté germanophone mais ses essais se sont jusqu'à présent soldés par un échec. Elle dit également avoir pris contact avec le cabinet de la ministre de la Petite Enfance Bénédicte Linard. "Une personne de son cabinet m'a dit qu'ils attendent un feu vert de la Communauté germanophone pour que je puisse continuer mais rien n'est fait." Depuis ce jour, Arlette Raxhon est dans une impasse. "Je n'ai pas de diplôme ni de CESS. Je ne suis donc pas dans les conditions pour exercer en Wallonie, où est située ma crèche. Si je veux suivre une formation, je dois arrêter mes activités pendant plusieurs mois, ce qui signifie que je n'aurai pas de revenus pendant cette période. Ce n'est pas possible. Je tourne en rond, j'essaye de trouver une solution. J'ai 54 ans, j'ai encore douze ans de carrière devant moi, j'aimerais terminer dans ce métier, dans ce lieu que j'ai fait construire pour pouvoir accueillir des enfants et où j'ai pu travailler pendant 18 ans sans aucun problème. Je n'ai jamais eu de problème avec les parents, le seul problème, c'est le territoire ! C'est absurde. On est dans une situation de pénurie et on m'empêche de travailler pour une question de territoire", déplore-t-elle.
Les parents des enfants qu'elle accueille sont du même avis. "Mon fils adorait y aller et nous avons entièrement confiance en elle. Nous sommes abasourdis par ce qui arrive. Nous sommes déjà en manque de gardiennes et quand ça se passe bien, on nous les enlève pour une question de documents", dénonce une maman.
Pénurie de crèches
La réforme transforme la création de crèches privées en parcours du combattant", dénonce Florence Couldrey, échevine à Auderghem. Entre 2019 et 2022, le nombre de places en crèches en Fédération Wallone-Bruxelles est passé de 46.975 à 45.591, selon l'ONE. Et le taux de couverture avoisine à peine les 37 %, ce qui signifie que 3,7 enfants sur dix peuvent accéder à une place dans un milieu d'accueil.
Dans ce contexte tendu, Florence Couldrey (Défi), échevine à Auderghem, appelle la ministre de l'Enfance Bénédicte Linard à "stopper l'hémorragie". Dans le viseur de l'échevine, la réforme Milac qui durcit les règles à l'attention des opérateurs privés.
"La réforme Milac empêche la création de crèches privées ou transforme la création de crèches privées en parcours du combattant. Parmi les choses invraisemblables exigées par la réforme, les milieux d'accueil privés sont obligés d'avoir une capacité de minimum 14 places. Mais à Bruxelles, trouver un lieu assez grand est quasiment impossible, dénonce-t-elle. À Auderghem, j'ai un local de douze places mais je ne vais rien pouvoir en faire parce que la ministre a décidé qu'il fallait minimum quatorze places par crèche. La commune d'Auderghem perd des places qui ne vont pas pouvoir être remplacées par de nouvelles à cause de cette réforme", poursuit l'échevine.
Longue liste de griefs
Celle-ci déplore également la décision de rendre impossible le travail avec des indépendants sauf en cas de dérogation. "Ce n'est pas rassurant parce que ça ne s'obtient pas comme ça. En plus, l'ONE est juge et partie", pointe-t-elle.
La liste des griefs formulés par Florence Couldrey envers la réforme est longue. "On ne peut plus ouvrir en tant que personne physique. Il faut automatiquement se constituer en société ou en ASBL, ce qui implique l'obligation de tenir une compatibilité réelle avec de vrais comptes. Il faut pouvoir garder chaque ticket et justifier chaque dépense. Personne n'a le temps de faire ça dans une crèche, dénonce-t-elle. Les finances publiques ne permettent pas de se passer des services des crèches privées. Il est essentiel d'annuler certaines mesures de la réforme Milac et de mettre en place des aides efficaces !"
