Le palais royal a-t-il commis une erreur protocolaire en invitant le Pape à Laeken ?
Vendredi 20 septembre, le Centre d'action laïque (Cal) publiait un communiqué regrettant l'invitation adressée par le Roi Philippe aux corps constitués et à des représentants de la société civile pour écouter le 27 septembre, au château de Laeken, "un message de sa Sainteté le Pape François à la nation".

- Publié le 25-09-2024 à 18h18

Pour Véronique De Keyser, présidente du Cal, "ce type d'invitation est sans précédent et va clairement à l'encontre du principe de séparation des Églises et de l'État. Car sa 'Sainteté' – notion qui n'est reconnue que par une petite partie de la Nation – se voit offrir un privilège auquel aucun chef d'Église, et a fortiori chef d'État n'a eu droit."
Interrogé sur la question, l'historien de l'UCLouvain, Vincent Dujardin explique que "lors des visites d'État, il y a toujours un banquet officiel, souvent à Laeken, et le chef d'État invité s'exprime à cette occasion devant un grand nombre d'invités et la presse. C'est sans doute parce que le Pape ne souhaite pas de banquet qu'il s'exprimera à Laeken en dehors du cadre d'un dîner, comme l'avait fait Jean-Paul II lors de sa visite en 1985 où il avait pris la parole devant les corps constitués dans l'Orangerie. Il est donc factuellement inexact de dire qu'il n'y a pas de précédent."
Par ailleurs, ajoute l'historien, "l'appellation 'sa sainteté' relève de l'application des conventions diplomatiques ou protocolaires. Quand Anne-Marie Lizin a reçu le Dalaï-Lama en 2006 au Sénat, on trouvait sur tous les documents officiels la mention de 'sa sainteté'. Idem lorsqu'il vint au Parlement européen de Strasbourg en 2016. Dans la très république française on utilise le mot "majesté" à la réception de monarques. En 2023 à Marseille, en outre, le président français avait assisté à la messe, comme le fera le roi, et reconduit le pape à l'aéroport. Enfin, quand le roi va dans une synagogue, comme à Bruxelles en 2018, il met la kippa, quand il va dans une mosquée, il enlève ses chaussures. Je ne pense pas, par contre, que le roi ira jusqu'à tutoyer le pape comme Macron l'a fait à Marseille.
Quand un chef d'État vient en Belgique, conclut l'historien, c'est que "le Premier ministre et le Kern trouvent que c'est une bonne idée. Le ministère des Affaires étrangères doit ensuite valider chaque détail d'ordre protocolaire sur la base des usages en vigueur. Dans le cas présent, je ne vois donc pas d'erreur ou de singularité inopportune."
