Avec la pension à 66 ans, que faire avec les travailleurs âgés? Le secteur de la construction avance des pistes
Dans un grand groupe comme Thomas&Piron, il est possible de confier des tâches moins lourdes aux travailleurs en fin de carrière. C'est plus compliqué dans une PME. Le secteur avance des pistes.

- Publié le 30-12-2024 à 06h32
- Mis à jour le 30-12-2024 à 06h35

Obliger les travailleurs à bosser jusqu'à l'âge de 66 ans est une chose. Faire en sorte que ces travailleurs restent employables jusqu'à cet âge en est une autre. En matière de retraites, beaucoup de choses dépendent du marché du travail.
Prenons le cas de l'entreprise de construction Thomas&Piron, qui emploie 3 200 personnes, dont 2 000 ouvriers. Comment fait-elle pour conserver ses travailleurs âgés ? Selon Arnaud Delmarche, directeur des ressources humaines du groupe T&P, "cela dépend des profils". "Pour les employés, c'est plus simple, dit-il. Le travail est moins lourd et ils restent souvent jusqu'à l'âge légal de la pension. Cela nous permet d'assurer la transition avec les travailleurs qui leur succèdent, pour éviter qu'une 'bibliothèque brûle' à chaque départ."
"Pour les ouvriers, qui sont parfois très exposés physiquement, c'est plus compliqué, admet le DRH. Il y a des gens qui sont toujours en forme à 66 ans et qui travaillent jusqu'au bout. D'autres ont la possibilité de prendre une pension anticipée. Mais nous essayons également d'amener les gens vers de nouvelles responsabilités, afin d'alléger leur fin de carrière. Par exemple, en leur confiant l'intégration des nouveaux travailleurs. Cependant tout le monde n'a pas cette capacité de transmettre, ce n'est pas inné. Nous orientons aussi des travailleurs vers d'autres tâches moins lourdes, comme coursier ou chauffeur. Mais ce n'est pas toujours possible. Il faut que la demande réponde à l'offre."
Et puis dans certains cas, le travail n'est plus possible. "Il arrive que certaines personnes deviennent physiquement inaptes et alors la médecine du travail intervient. Dans les cas extrêmes, c'est la fin de carrière. Mais ce n'est pas le but."
Plus facile que dans une PME
"La force d'un groupe de grande taille comme le nôtre, enchaîne Arnaud Delmarche, c'est que le panel des métiers est très large. Nous avons de gros volumes et nous faisons tout nous-mêmes, nous avons tous les métiers en interne." Trouver un job moins lourd pour un travailleur âgé est dès lors plus facile que dans une PME. "Nous avons des travailleurs qui vont dans les écoles pour attirer des apprentis, nous avons des coursiers, des chauffeurs de camion, qui ont des tâches moins lourdes qu'un maçon par exemple. Et si on a besoin d'un camionneur, on va prendre un chef d'équipe qui a mal au dos par exemple."
Chez Thomas&Piron, précise le DRH, "l'âge moyen des travailleurs est de 38-39 ans, ce qui est encore assez bas car on intègre beaucoup de jeunes. Et les anciens participent à ces plans d'intégration. On recourt beaucoup à la formation en alternance. Cela demande beaucoup d'encadrement par les anciens, qui peuvent prendre chacun deux ou trois jeunes sous leur aile."
Bientôt des "jobcoaches" dans le secteur de la construction
Tout le secteur de la construction est concerné par cette question du maintien des travailleurs âgés et du transfert de compétences vers les moins (ou non) qualifiés. Pour contribuer à la transmission du savoir-faire, Embuild, la fédération belge de la construction, a mis en place, en 2019, le trajet maître-tuteur (TMT). Les ouvriers sont accompagnés par un maître-tuteur, soit un travailleur qualifié et disponible chargé d'accompagner et de former en entreprise l'ouvrier formé. Constructiv, le fonds sectoriel de la construction, soutient ce programme. Pendant l'année scolaire 2023-2024, 2 186 ouvriers ont suivi ce trajet TMT, selon Embuild.
Par ailleurs, toujours au sein de Constructiv, le secteur de la construction proposera prochainement, probablement en 2025, un accompagnement sectoriel de carrière par un jobcoach. Celui-ci comprendra tous les services destinés à offrir un soutien individuel à un travailleur en vue de son intégration, de sa réintégration, de sa réorientation de carrière au sein ou en dehors du secteur de la construction, ou en vue d'une formation complémentaire. "L'objectif de ces différentes missions est de garantir l'employabilité durable par un employeur", explique-t-on chez Embuild.
Un plan d'action personnalisé sera élaboré, adapté au contexte de l'entreprise et à la situation du travailleur. Ce plan visera plusieurs objectifs. Un : le maintien dans l'entreprise via des mesures correctives, par exemple l'adaptation du poste de travail ou la mise en place d'une formation complémentaire. Deux : le maintien dans le secteur, si l'employabilité du travailleur (ou du malade de longue durée) ne peut pas être assurée au sein de la même entreprise (par exemple, en raison de l'impossibilité d'offrir un poste de travail adapté ou une autre fonction). Trois : l'adoption d'un autre rôle en tant que formateur au sein de l'entreprise ou du secteur.
