À Harvard, l'inquiétude des étudiants et chercheurs belges : "On fait de plus en plus attention à ce qu'on poste sur les réseaux sociaux…"
La crainte de se voir retirer le visa d'accès aux États-Unis règne chez les étudiants belges de Harvard, tandis que plusieurs dossiers de ceux censés s'y rendre l'an prochain sont retardés.

- Publié le 18-04-2025 à 06h37
- Mis à jour le 19-04-2025 à 16h48

L'offensive de Donald Trump à l'égard de Harvard a franchi un palier ce mercredi. Le président américain a menacé de priver purement et simplement la vénérable université américaine de subventions fédérales et même du droit d'accueillir des étudiants étrangers.
L'institution bostonienne, qui a vu passer plusieurs présidents américains mais aussi des personnalités politiques belges comme Alexia Bertrand (Open VLD), Thomas Dermine (PS) ou Samuel Cogolati (Ecolo), accueille actuellement une trentaine d'étudiants belges. La princesse Elisabeth y poursuit un master en politiques publiques, à la Harvard Kennedy School.
La crainte de perdre le visa
Une certaine crainte, mêlée d'appréhension, règne au sein de la colonie belge. Plusieurs des étudiants belges contactés par La Libre ont décliné les demandes d'interview. "Ils préfèrent ne pas s'exprimer, par crainte de perdre leur visa…", nous indique une source, depuis le campus.
"À Boston, on voit aussi que les étudiants font de plus en plus attention à ce qu'ils postent sur les réseaux sociaux, et à ce qu'ils disent dans les discussions internes sur les groupes WhatsApp. Dès qu'on rentre aux États-Unis, les autorités peuvent vérifier le contenu de nos téléphones pour voir s'il n'y a pas de contenu anti-Trump ou contre sa politique… Les étudiants sont aussi très attentifs s'ils participent à des manifestations, car plusieurs ont été arrêtés ces derniers temps. C'est aussi compliqué pour ceux qui étudient les matières scientifiques, à cause de problèmes de financement", ajoute Adrianna Vandeuren, responsable de la Boston Belgian Society, une organisation qui regroupe des étudiants belges présents à Boston, dont ceux de Harvard, du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ou encore de la Northeastern University.
Les bourses et financements en danger ?
L'UCLouvain, qui soutient et octroie actuellement des financements de mobilité (sans bourse, une année à Harvard coûte 85 000 dollars par an) pour des scientifiques aux États-Unis, ne cache pas son inquiétude. "Ce qui est en jeu actuellement, c'est la possibilité de continuer à travailler avec des partenaires américains d'une façon rigoureuse et ouverte", pointe la porte-parole de l'UCLouvain.
Le programme Fullbright, un système de bourse d'étude créé au sortir de la seconde guerre mondiale, est particulièrement sous pression. "Il pourrait être potentiellement impacté puisque ce programme est subventionné (en partie) par le département d'État des États-Unis", prévient la porte-parole de l'UCLouvain.
Trois étudiants belges (dont la princesse Elisabeth) et un chercheur belge sont actuellement à Harvard via Fullbright.
Des dossiers d'admission retardés
Les menaces et annonces du Président américain ne sont pas sans impact sur les dossiers des futurs étudiants censés rejoindre le campus de Harvard l'an prochain. Pour le programme Fullbright, les étudiants sont traditionnellement informés de l'issue de leur dossier avant la fin mars. Cette année, l'incertitude qui plane est telle que les décisions n'ont pas encore été communiquées…
Bref, la situation est mouvante. Sur place, le personnel enseignant fait le dos rond.
C'est un immense soulagement de constater que l'Université d'Harvard a décidé de ne pas se coucher."
"Je travaille avec des collègues qui pensent qu'il faut résister à la folie autoritaire de Donald Trump", souligne Isabelle Ferreras, sociologue à l'UCLouvain et chercheuse associée à Harvard. "Je me suis encore rendue sur le campus en février, et j'ai compris que tout le monde était dans l'expectative. Entretemps, la situation a évolué. C'est un immense soulagement de constater que l'Université de Harvard a décidé de résister, et ne pas se coucher. Ce à quoi on assiste, c'est une ingérence de l'administration Trump dans le contenu de l'enseignement, dans le choix des professeurs, dans les sujets de recherche… C'est l'avenir de la recherche et de l'enseignement supérieur qui se joue ici. Il faut prendre la mesure de l'effondrement démocratique que les États-Unis sont en train de vivre."
Des programmes interrompus en Belgique
Même en Belgique, l'influence des mesures de la nouvelle administration américaine est déjà perceptible.
Quatre projets de UCLouvain, directement et principalement financés par les États-Unis, risquent d'être interrompus, dont ceux du climatologue François Massonet et d'Alexandre Heeren, professeur en neurosciences et spécialiste de l'éco-anxiété. Citons aussi le cas des agences fédérales de recherche telles que la National Science Foundation (NSF), du National Institutes of Health (NIH), de la National Oceanic and Atmospheric Agency (NOAA). "Elles fournissent des données essentielles pour la qualité et la validité des recherches dans le monde entier. Or, les universités assistent à une purge et une censure des données qui y sont stockées, avec la disparition de milliers de pages web liées notamment à la santé, au changement climatique ou aux politiques d'égalité", souligne la porte-parole de l'UCLouvain. "Des recherches en cours de publication, concernant des sujets désormais sensibles (genre, diversité, inclusion, changement climatique, justice sociale) ont aussi été revues. Des scientifiques qui ont soumis des abstracts pour participer à des congrès aux États-Unis ont reçu une demande explicite des organisateurs de veiller à ce que leurs communications soient conformes aux orientations de la nouvelle administration. L'ensemble des termes proscrits ne peuvent donc pas s'y retrouver."