La présidente du centre culturel d'Uccle sur le choix de ne pas programmer Guillaume Meurice: "Il y a urgence à rétablir certaines vérités"
Olivia Bodson, présidente du conseil d'administration du centre culturel d'Uccle, regrette "une instrumentalisation de la polémique".

- Publié le 26-05-2025 à 19h02
- Mis à jour le 27-05-2025 à 10h49

Jeudi dernier, lorsque la presse apprend l'annulation de "Vers l'Infini (mais pas au-delà)", le spectacle de Guillaume Meurice, la polémique frappe le centre culturel d'Uccle de plein fouet. L'humoriste français avait en effet reçu un coup de fil de la part du centre culturel de la commune quelques semaines auparavant pour lui annoncer que son spectacle ne serait finalement pas programmé à l'agenda de l'institution.
L'institution bruxelloise avait justifié son choix par la crainte d'éventuelles manifestations ou incidents.
"La situation géopolitique pour l'instant est compliquée avec Israël. Or, Monsieur Meurice a fait une blague qui a fait polémique sur Netanyahu (Ndlr : Guillaume avait comparé le président israélien à une "sorte de nazi mais sans prépuce"). Blague qui lui a d'ailleurs valu son renvoi de la radio France Inter. On ne veut prendre aucun risque", avait alors déclaré à la RTBF la présidente du Conseil d'administration du centre, Olivia Bodson.
"Avec Uccle, c'est une première"
Guillaume Meurice a réagi, lui aussi. "Pourtant, c'est le directeur du centre culturel qui nous avait contactés il y a des mois pour nous programmer. Ce sont eux qui avaient fait la démarche. Ce spectacle n'a rien à voir avec les polémiques qui m'ont touché. D'ailleurs, c'est loin d'être le premier spectacle que je joue. Mais c'est par contre la première fois de ma carrière que je me retrouve déprogrammé. Ce n'est jamais arrivé en France, ni en Belgique. Avec Uccle, c'est une première."
Le terme "déprogrammé" a ensuite été largement repris par la plupart des médias.
L'affaire prend rapidement un tour politique. Le député bruxellois John Pitseys (Ecolo) parle d'un choix aux allures de "censure".
Et ce n'est pas fini. Ce dimanche, la commune de Saint-Gilles et le Centre culturel Jacques Franck ont même proposé d'accueillir le spectacle de Guillaume Meurice.
"Il y a urgence à rétablir certaines contrevérités. Je comprends que la situation soit embêtante pour M. Meurice. Il réagit comme il le fait car il est assez politique, mais je n'ai aucune autorité à imposer une quelconque censure. Cette polémique est instrumentalisée", assure à La Libre Olivia Bodson, présidente du Conseil d'administration du centre du centre culturel d'Uccle. "La première chose à dire, c'est que M. Meurice n'a jamais été programmé au centre culturel d'Uccle. Il n'a donc absolument pas pu être question de le déprogrammer."

Olivia Bodson s'explique sur la nuance, qu'elle juge essentielle. "La manière dont notre directeur travaille, c'est qu'il contacte d'abord l'artiste et qu'il entre en pourparlers. Ils discutent alors du budget etc. Ensuite, on confirme le spectacle, on décide de le présenter ou public. Ou pas. Mais ici, nous n'en sommes jamais arrivés à ce stade. Des dates ont été proposées (Ndlr : la date du 17 octobre a circulé), mais jamais confirmées."
Mais il ne s'agit pas de cela ici. Dans la manière dont fonctionne une programmation, ce n'est pas M. Meurice qui décide de s'inscrire pour venir parler au centre culturel d'Uccle."
Elle assure comprendre les réactions, mais les recontexualise. "Nous sommes tous très fortement attachés à la liberté d'expression. Mais il ne s'agit pas de cela ici. Dans la manière dont fonctionne une programmation, ce n'est pas M. Meurice qui décide de s'inscrire pour venir parler au centre culturel d'Uccle. C'est nous qui faisons la programmation et décidons de qui nous invitons ou non."
L'intérêt du centre culturel pour le travail de Guillaume Meurice date en fait de mars 2024.
"Le directeur nous avait alors fait part de son intention de mettre Guillaume Meurice dans sa programmation. Nous en avons informé le conseil d'administration, qui a décidé de ne pas programmer le spectacle", reprend Olivia Bodson. "Le directeur a à nouveau proposé d'inscrire le spectacle de Guillaume Meurice dans la programmation de cette année, mais nous étions alors en plein changement de législature. Il y a eu des discussions en interne, entre le directeur, l'échevine de la culture, Odile Margaux (Défi, également Vice-présidente de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme) et moi-même. Nous avons finalement considéré que le climat était encore trop tendu et avons décidé de ne pas le programmer", ajoute la présidente du centre culturel.
"Une ingérence politique ?"
Olivia Bodson dément toute ingérence du bourgmestre Boris Dilliès (MR) dans une programmation censée être indépendante. "Uccle abrite l'ambassade d'Israël, et Boris Dilliès a simplement émis des doutes par rapport à la sécurité liée à cet évènement."
"Les flots d'insultes, de menaces, les insinuations et tentatives d'association au comportement inacceptable du gouvernement israëlien que j'ai reçues depuis 48h confirment que l'artiste amène avec lui, peut-être malgré lui, un certain nombre de soutiens nauséabonds, antisémites et clairement haineux."
Le passé de Guillaume Meurice a aussi été pris en considération."Il a été licencié pour faute grave par son employeur suite à la répétition d'une phrase, qui a valu une mise en garde de l'Arcom (CSA) à France Inter", ajoute Olivia Bodson. "Les flots d'insultes, de menaces, les insinuations et tentatives d'association au comportement inacceptable du gouvernement israëlien que j'ai reçues depuis 48 heures confirment que l'artiste amène avec lui, peut-être malgré lui, un certain nombre de soutiens nauséabonds, antisémites et clairement haineux."
Le spectacle finalement programmé ?
La médiatisation de l'affaire a finalement eu pour effet d'imposer le débat au sein conseil d'administration. Au point qu'il n'est pas exclu que le spectacle de Guillaume Meurice soit finalement programmé au centre culturel d'Uccle. "Un vote aura lieu sur la question lors d'un prochain conseil d'administration, en juin", conclut Olivia Bodson. "On a voulu éviter une polémique terrible, nous avons obtenu exactement le contraire…"