Chaque insertion professionnelle d'un travailleur en situation de handicap génère 31 000 euros d'économies par an pour l'État
Une étude mesure l'impact sur les mises au travail accompagnées par DiversiCom, l'entreprise sociale qui facilite l'emploi des personnes en situation de handicap. En dix ans, l'État a épargné 20 millions.

- Publié le 03-06-2025 à 06h35

La Belgique affiche un navrant taux d'emploi des personnes en situation de handicap (à peine 35 %), parmi les plus faibles d'Europe. Il y a dix ans, Marie-Laure Jonet lançait l'ASBL DiversiCom pour tenter de renverser la vapeur. Comment ? En proposant un accompagnement personnalisé des candidats au travail. En faisant du conseil renforcé aux entreprises qui décident de s'engager dans une démarche d'inclusion. En facilitant le lien entre les travailleurs "extraordinaires" et leurs employeurs. En organisant le suivi des contrats. Et, surtout, en mettant l'humain au cœur de toutes les démarches.
Une décennie plus tard, la petite association est devenue une entreprise sociale. Partenaire des services publics liés à l'emploi et au handicap, DiversiCom est reconnue comme un service de référence à Bruxelles. Depuis 2015, près de 1 200 contrats de travail ont ainsi été facilités pour des personnes en situation de handicap.
Des retombées économiques concrètes
Une étude réalisée par Bain & Company à la demande de l'ASBL permet de mesurer l'impact sociétal de ces dix ans d'inclusion professionnelle. Plus de 530 candidats à un boulot, porteurs de handicap, ont été épaulés par DiversiCom et plus de 300 entreprises ont été conseillées sur cette période. DiversiCom a permis à ses bénéficiaires d'atteindre un taux d'emploi proche de 60 %. Du côté des entreprises, la satisfaction est aussi maximale : 97 % d'entre elles sont ravis du partenariat. Et trois quarts des entrepreneurs déclarent qu'ils n'auraient pas recruté de talents en situation de handicap sans le soutien de DiversiCom.
L'impact de cette initiative unique se mesure aussi en retombées économiques concrètes. Une étude menée par BNP Paribas Fortis a permis d'établir que chaque insertion professionnelle facilitée par DiversiCom génère en moyenne 31 000 euros d'économies par an pour les finances publiques. Un chiffre qui tient compte à la fois des allocations évitées, des impôts perçus et des aides à l'emploi mobilisées.
Résultat : 20 millions d'euros épargnés pour l'État en dix ans, contre 2 millions d'euros de subsides publics octroyés à l'association.
De vives inquiétudes
Malgré ces beaux résultats, le contexte reste préoccupant, indique Marie-Laure Jonet, directrice de DiversiCom. Il y a la situation politique de la Région bruxelloise, sans gouvernement depuis un an, qui pèse lourdement sur le secteur. Il y a aussi les décisions prises par le gouvernement Arizona (N-VA, MR, CD&V, Engagés et Vooruit) de limiter les allocations de chômage à deux ans. La majorité des candidats à l'emploi en situation de handicap sont dans le régime du chômage. Les allocations fédérales spécifiques au handicap ne sont jamais garanties et restent encore inaccessibles pour beaucoup.
"Les restrictions fédérales sur les allocations de chômage nous inquiètent : elles pourraient affecter nos publics, déjà très discriminés et éloignés de l'emploi, pointe Marie-Laure Jonet. Sur l'ensemble des candidats à l'emploi qu'on a pu stabiliser par un CDD ou un CDI, le temps nécessaire d'accompagnement pour y arriver était de 3 ans en moyenne." Que se passera-t-il si on leur coupe les revenus après deux ans ?
Ce mardi soir, le roi Philippe prendra la parole à l'occasion d'un événement organisé par DiversiCom pour fêter ses dix ans d'existence.
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