"L'air conditionné est de loin la moins bonne solution en cas de canicule"
Sous cette chaleur, les villes belges doivent revoir leurs modèles. Au risque de contribuer à une surmortalité évitable.

- Publié le 02-07-2025 à 06h33
- Mis à jour le 04-07-2025 à 07h30
La canicule tue. En 2020, plus de personnes âgées en maison de repos mourraient à cause de la chaleur que pendant la seconde vague de Covid-19, affirmait Sciensano, lors d'une conférence au centre belge du climat d'Uccle en mai dernier. Présent à cet événement, le professeur d'urbanisme à l'Université de Liège, Jacques Teller, abonde en ce sens et alerte sur l'importance de revoir les normes urbanistiques de nos villes, véritables îlots de chaleur. "C'est une importante question de santé publique", affirme-t-il, tandis que le mercure affichait jusqu'à 36 degrés dans certaines villes belges ce mardi.
L'art de refroidir
La région généralement la plus chaude en Belgique reste la Campine, à cause de son sol sablonneux riche en minéraux qui gardent davantage la chaleur. Dans les villes, il est donc possible de limiter l'impact de la chaleur, en déminéralisant les sols (les minéraux sont notamment présents dans l'asphalte). C'est l'un des projets portés, par exemple, par Bruxelles Mobilité, qui a notamment contribué à mette en terre l'année dernière près de 1200 arbres près de la place Flagey, à Ixelles. Ces parterres, contrairement à l'asphalte, sont un matériau qui absorbe peu la chaleur. Facteur crucial en zone urbaine, quand la nuit tombe, et les températures avec. "L'enjeu est de baisser la température de nuit. C'est l'augmentation de la température minimum de nuit qui cause le plus de surmortalité. Les personnes à risque tels que nourrissons et vieux se fatiguent, ne dorment plus correctement et cela impacte grandement leur santé", complète Jacques Teller.
L'air conditionné est de loin la moins bonne solution en cas de canicule."
Planter des arbres en ville fait d'une pierre deux coups. "Des grands arbres à large couronne permettent une réduction des températures de plusieurs degrés grâce à l'ombrage", observe Yannick Vesters, expert et chargé de projet en Résilience Climatique chez EcoRes. "Les arbres sont très utiles, grâce à l'ombre, mais aussi à l'évapotranspiration, le fait que la chaleur de l'air est absorbée par les plantes. Cela réduit la température de l'air aux alentours", analyse encore l'urbaniste, pour qui le rôle des structures de bâtiment est également très grand. Et c'est précisément sur ce point que la Belgique doit faire évoluer, selon lui, ses réglementations.

"La législation sur les performances énergétiques de bâtiments doit être revue. Car cela se base sur des données climatiques passées. Mais il faut prendre en compte le dérèglement climatique à venir (soit une prévision de hausse de 2 degrés des températures moyennes dans le monde d'ici 2030, NdlR)", note encore le professeur. Et de compléter : "Il faut mettre en place des dispositions de ventilation transversale, ce qui permet, quand les températures baissent la nuit, de ventiler correctement les pièces et de ne pas accumuler de chaleur au fur et à mesure des jours. Mais la réglementation urbanistique doit aussi être adaptée. Le point primordial est d'éviter de laisser entrer la chaleur dans les bâtiments. C'est possible en mettant en place des mécanismes de pare-soleil extérieurs", note-t-il encore, faisant référence à des volets ou des végétations murales, que "toute personne qui rénove sa maison devrait penser à installer". Tandis que Yannick Vesters affirme que "l'air conditionné est de loin la moins bonne solution en cas de canicule", pour des raisons écologiques.
Pour Camille Thiry, porte-parole de Bruxelles Mobilité, la Belgique est sur la bonne voie. Mais il est malheureusement impossible de revoir les modèles actuels en ne tenant compte que du dérèglement climatique. "Il y a tellement de critères à prendre en compte dans le cadre d'un aménagement public. Je pense notamment à la lutte contre les inondations et la gestion des eaux pluviales", explique-t-elle. Ajoutant que quand un projet urbain voit le jour, il doit aussi inclure des critères de cohésion sociale et d'agrément. Les actes individuels ont aussi leur importance. "Car installer une pergola sur la terrasse d'un restaurant ou une fontaine à eau contribue à cet effort de fraîcheur", encourage Yannick Vesters.