Près d'un étudiant sur deux renonce à des soins de santé pour des raisons financières: "Le système est défaillant"
La dernière livraison du baromètre annuel de la mutualité Solidaris montre des résultats contrastés dans l'accès aux soins.

- Publié le 15-12-2025 à 06h37

Le baromètre Solidaris fête ses dix ans. Lancé en 2015, il est devenu une référence pour mesurer le renoncement des Belges francophones aux soins de santé pour des raisons financières. "La tendance depuis 2015, c'est une dégradation claire de l'accès aux soins", constate Delphine Ancel, la directrice des études de la mutualité socialiste Solidaris.
L'évolution dans le temps est cependant "en dents de scie". Le taux de renoncement à au moins un soin était de 32 % en 2015. Il est aujourd'hui de 41 %, selon la livraison 2025 du baromètre, publié ce lundi, mais on vient d'un pic à 48 % en 2019.

"Il y a une tendance à l'amélioration qu'on lie à des victoires qu'on a pu engranger sous la précédente législature pour l'accès aux soins, notamment en faveur des Bim (les bénéficiaires de l'intervention majorée), selon Mme Ancel. Sur ces cinq dernières années, il y a tendanciellement une légère amélioration, mais on reste à un niveau de renoncement bien supérieur à celui qu'il était lorsque nous avions lancé l'outil."
La santé mentale des étudiants
Ce taux de renoncement est mesuré sur la base d'un sondage réalisé auprès d'un public représentatif de la population belge francophone. D'autres études, en fonction de la méthodologie utilisée, peuvent donner des résultats un peu différents, note Delphine Ancel, mais le baromètre, dit-elle, permet de mesurer des évolutions dans le temps, en particulier au sein de catégories de la population et de types de soins.
Aussi, le baromètre 2025 montre un décrochage chez les étudiants : 47 % d'entre eux ont renoncé au moins à un soin pour des raisons financières. C'est une augmentation de 5 points de pourcentage en un an, de 17 points depuis 2022 – année qui marque un tournant pour la population étudiante –, et de 21 points depuis 2015.
"En 2015, un quart des étudiants renonçaient à des soins de santé, ce qui était déjà énorme, commente Mme Ancel. On est monté à 47 %. Quasiment un étudiant sur deux renonce à des soins de santé, alors qu'il s'agit d'une population jeune, a priori en bonne santé. C'est interpellant. La plupart des étudiants sont encore à la charge de leurs parents, sur leur mutuelle. L'accès aux soins, pour eux, passe aussi par là. Le système est défaillant."
On plaide pour encore massivement investir dans la santé mentale des jeunes.
"Quand on regarde le renoncement par spécialité médicale, on voit notamment que l'accès à la santé mentale est problématique." Avec un taux de renoncement de 26 % chez les étudiants, en hausse de 16 points en dix ans.
Les pouvoirs publics ont porté une attention particulière à la santé mentale des jeunes depuis la crise sanitaire du Covid. Mais pour la directrice des études de Solidaris, il faut aller plus loin. "On plaide pour encore massivement investir dans la santé mentale des jeunes. Toute une série de choses ont été mises en place, mais il subsiste certaines limites financières." La mutualité socialiste recommande notamment de "supprimer la limitation du nombre de séances remboursées chez les psychologues de première ligne pour les jeunes de 23 ans ou moins".

Le gel du ticket modérateur
Les deux groupes de la population, selon le statut professionnel, renonçant le plus à des soins de santé sont les personnes en incapacité de travail (64 % ont renoncé en 2025 à au moins un soin) et les chômeurs (52 %). L'accès financier aux dentistes et aux médicaments est particulièrement problématique pour les personnes en incapacité. Pour les chômeurs, il s'agit des soins mentaux. Cela dit, la situation de ces deux groupes a tendance à s'améliorer depuis 2019.
Enfin, 60 % des parents solos ont renoncé à au moins un soin en 2025. Le renoncement porte principalement sur les soins dentaires.
Face à ces constats, Solidaris plaide entre autres pour "garantir un niveau de revenu digne pour les personnes en incapacité de travail", en relevant les indemnités minimales à 10 % au-dessus du seuil de pauvreté. La mutualité recommande aussi de renforcer les mécanismes favorisant l'accès aux soins de santé. Par exemple, le gel du ticket modérateur (la part payée par le patient pour ses soins) que le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), a annoncé vouloir augmenter.