Visite du couple impérial japonais : lorsqu'un roi reçoit un empereur, le protocole est-il différent ?
L'empereur du Japon Naruhito et l'impératrice Masako entament officiellement ce mardi une visite d'État en Belgique. Lorsqu'un roi reçoit un empereur, le protocole est-il sensiblement différent que lorsqu'il accueille un autre monarque ou un président ? Pour éviter tout couac, le personnel du Palais royal a reçu un briefing au sujet de la culture japonaise.


- Publié le 23-06-2026 à 06h28
- Mis à jour le 23-06-2026 à 14h49
C'est ce qu'on appelle une génuflexion largement commentée. Depuis samedi midi, heure d'arrivée du couple impérial nippon sur le sol belge, la révérence appuyée de la princesse Elisabeth devant l'empereur du Japon Naruhito, sur le tarmac de Melsbroek, ne cesse de faire parler d'elle. La future reine des Belges était en effet chargée, pour la première fois, d'accueillir des dignitaires de haut rang dans le cadre d'une visite d'État. L'empereur Naruhito et l'impératrice Masako sont en Belgique jusqu'à jeudi matin. Plus qu'une marque de respect, cette génuflexion est le symbole d'une forme de soumission et de reconnaissance de l'autorité suprême, presque divine, de son interlocuteur.
D'où notre question : le protocole est-il sensiblement différent lorsqu'un roi reçoit un empereur, théoriquement un cran supérieur au rang de monarque ? Sur papier, les règles protocolaires ne changent pas. En pratique, l'on observe qu'un soin particulier est accordé aux visites d'État impliquant un Empereur, du fait de son statut unique et de l'importance culturelle et diplomatique qu'il représente. De source officielle nipponne, on nous confirme qu'aucune requête n'a été formulée.
Lors d'une visite d'État, comme celle qui s'ouvre ce mardi à Bruxelles, le roi Philippe et l'empereur Naruhito sont par conséquent sur un pied d'égalité car considérés dans ce cadre comme deux chefs de deux États souverains. Pour le dire autrement, le protocole n'est pas non plus sensiblement différent lorsqu'un roi reçoit un président. Il n'y aura pas plus ou moins de fleurs sur la table du traditionnel banquet d'État selon que l'on accueille l'empereur Naruhito ou le président Macron.
Sobriété, discrétion et… être à l'avance
Dans les deux cas, les incontournables d'une visite d'État s'y retrouvent et doivent s'y retrouver : une cérémonie d'accueil officiel en grande pompe (fanfare et décorum) au Palais royal qui inclut une revue des troupes et l'exécution des hymnes nationaux des deux pays, un entretien avec le couple royal, des rencontres politiques notamment avec le Premier ministre du pays qui accueille, le dépôt d'une gerbe, un banquet d'État, un ou plusieurs événements culturels et économiques et enfin, selon la durée de la visite, une visite régionale. Dans le cas présent, l'empereur Naruhito et l'impératrice Masako, qui viennent de boucler une visite d'État aux Pays-Bas, sont officiellement en visite d'État en Belgique pour deux jours (mardi et mercredi). Ceci est un peu plus court qu'une visite d'État "classique", d'une durée de trois jours.
En revanche, il est très clair qu'avec la venue du couple impérial nippon, un soin tout particulier a été accordé lors des préparatifs à une compréhension profonde des traditions japonaises. Les membres du Palais royal – amenés à entrer en contact avec l'empereur, l'impératrice, leur personnel ou même avec les 50 journalistes japonais qui couvrent cet événement – ont dès lors reçu il y a quelques jours un court briefing protocolaire ("do's and don't's" : choses à faire et à éviter) afin de ne pas commettre d'impairs.
Saluer avec une légère inclinaison de la tête ou du haut du corps, remettre les cartes de visite des deux mains, ne pas hausser la voix ou se montrer trop insistant, respecter une certaine sobriété vestimentaire ou encore respecter le timing du programme (avec une tendance même à être à l'avance)… tels sont les quelques conseils qui ont été prodigués au personnel du Palais. À noter tout de même que les Japonais s'adaptent en principe au protocole en vigueur dans le pays visité. La courtoisie veut toutefois que l'on connaisse mutuellement les spécificités de la culture de l'autre.
Akihito, seul, en bas de l'escalier : ce couac que le Palais n'a pas oublié…
Une anecdote, racontée par l'historien de l'UCLouvain Vincent Dujardin dans son livre publié récemment chez Mame ("Baudouin, un roi face aux crises de son temps"), est illustratrice de cela. Lors de l'été 1993, tandis que les funérailles du roi Baudouin étaient en préparation, l'empereur Akihito se rend en Belgique. Jamais un Empereur du Japon ne s'était encore rendu à l'étranger pour assister aux funérailles d'un chef d'État. Le protocole strict de la Cour impériale prévoit en effet que ce soit un membre de la famille impériale qui se rende à ce type de funérailles en représentation de l'Empereur.
Ce jour-là, rapporte Vincent Dujardin, l'Empereur arrive au Palais et, comme le veut la courtoisie japonaise, est en avance sur l'horaire annoncé. Les stagiaires du Palais n'ont pas été informés de cette coutume et sont alertés par un huissier qui vient leur dire qu'il y a un sérieux souci : l'empereur du Japon attend tout seul en bas de l'escalier d'honneur ! L'un des stagiaires en question n'était autre que Vincent Houssiau, l'actuel chef de cabinet du roi Philippe…
Gageons que ce dernier, qui n'a certainement pas oublié cette fâcheuse séquence, aura contribué à éviter qu'une telle maladresse se reproduise cette semaine.