La Belgique entame deux semaines critiques: ces incertitudes qui pèsent toujours sur la campagne de vaccination
Le pays cravache pour respecter le calendrier vaccinal qu'il s'est fixé. Peu d'écueils à l'horizon, hormis quelques incertitudes.
- Publié le 01-02-2021 à 20h52
- Mis à jour le 02-02-2021 à 08h52

C'est confirmé, la firme Pfizer-BioNTech livrera bien la Belgique cette semaine. À hauteur de 97 110 doses pour être exact, qui ne suffiront toutefois pas à couvrir les besoins des 139 594 personnes censées recevoir une première ou une seconde injection.
Pour assurer le coup, et ne pas dépasser le délai recommandé entre les deux injections (entre 21 et 28 jours), la Belgique va donc devoir franchement piocher dans la réserve qu'elle s'est constituée dans la première moitié du mois de janvier - ce qui avait nécessité de freiner le début de la campagne de vaccination. Un mal nécessaire, puisque ces doses accumulées serviront également à passer le cap du 8 février (pourvu que Pfizer confirme de nouveau sa livraison la semaine prochaine). Et pour cause, ce sont pas moins de 147 255 personnes qui devraient se voir vaccinées, dont plus de 90 000 pour une seconde injection du vaccin de Pfizer-BioNTech. Soit presque 49 000 doses de plus que ce que permet ladite livraison… un écart que doit permettre de combler, en l'état actuel, la réserve constituée en janvier.
Incertitudes autour de Moderna
Comme prévu, "les vaccinations Pfizer dans les maisons de repos se poursuivent sans relâche", indiquait ce week-end la task force vaccination, alors que "la vaccination du personnel de soins actif dans les services d'urgence, les unités de soins intensifs et les services Covid des hôpitaux a également commencé avec les vaccins Pfizer et Moderna".
Rien de spectaculaire, cela dit, en ce qui concerne Moderna, la firme étant sujette à "des livraisons irrégulières", prévient la task force vaccination, qui a dû constater que, sur les 31 200 doses promises cette semaine, "seulement" 25 200 seront effectivement livrées. Comme pour Pfizer début janvier, il s'agira de jouer de prudence dans l'administration de la première dose, "pour répartir le risque de problèmes de chaîne d'approvisionnement qui peuvent compromettre l'administration de la deuxième dose", précise la task force.
Concrètement, sur les 25 200 doses livrées cette semaine, seules 5 750 seront effectivement administrées, le reste allant garnir, comme ce fut le cas pour Pfizer-BioNTech, une réserve stratégique. Selon les estimations de la task force, Moderna pourrait avoir livré plus de 100 000 doses d'ici la mi-février, mais il n'est pas prévu de procéder à plus de 20 000 injections, premières et secondes injections comprises, jusqu'à début avril (voir infographie ci-dessous). Date à laquelle "de plus grandes quantités de vaccins Pfizer et probablement aussi de vaccins Janssen" sont attendues, a communiqué la task force, qui s'attend à ce que "la phase finale visant la vaccination des adultes en bonne santé [débute] avant l'été".

En attendant seringues et aiguilles…
Pour l'heure, la seule incertitude provient des besoins en seringues et aiguilles spécifiquement prévues pour administrer les vaccins, qu'il s'agisse de la préparation de l'injection ou de l'administration de celle-ci. D'ici la fin février, plus de 14 millions de seringues (préparation et injection) et environ la même quantité d'aiguilles (également pour la préparation et l'injection) doivent être livrées à la Belgique. Pour l'heure, sur les 29 millions de seringues et les 25 milllions d'aiguilles commandées, environ 1 million de seringues et 1,5 million d'aiguilles ont été livrées à la Belgique.
Bruxelles à la traîne ?
À première vue, on pourrait croire que la capitale est à la traîne en matière de vaccination. Selon les données communiquées par Sciensano, 1,78 % des 18 ans et plus (en fait, principalement en maisons de repos) ont reçu une première dose du vaccin, soit moins que la Flandre (3,29 %) et la Wallonie (2,91 %). Bruxelles, à la traîne ? Pas vraiment, à en croire le cabinet du ministre de la Santé bruxellois, Alain Maron, qui ne signale aucun "couac" majeur, mais remarque que l'enregistrement vaccinal - qui peut prendre du temps, souligne le cabinet - prend en compte la… domiciliation, et non le lieu de travail. Résultat, un certain nombre de vaccinations sur des lieux de travail bruxellois sont parfois comptabilisées pour le compte d'autres régions.
Le facteur AstraZeneca
En attente. Le vaccin développé par AstraZeneca et l'Université d'Oxford a reçu l'aval de l'Agence européenne du médicament. La firme anglo-suédoise a promis, après une passe d'armes retentissante avec la Commission européenne, de livrer 30 % de vaccins en plus que prévu (soit 40 millions de doses au total) pour le premier trimestre.
En Belgique, on compte également profiter de ce vaccin (qui nécessite deux injections), mais une ambiguïté subsiste quant à son efficacité sur les plus de 65 ans, voire 55 ans. Un avis du Conseil supérieur de la santé (CSS, qui a notamment déterminé les groupes à risque prioritaires) est donc très attendu, mais la décision pourrait prendre un peu de temps : les réunions d'experts ne commencent que cette semaine, après quoi d'autres discussions doivent avoir lieu avec la task force vaccination sur "les implications possibles opérationnelles", explique le CSS, dont l'avis peut engendrer de lourdes conséquences, la Belgique ayant commandé 7,5 millions de doses à AstraZeneca.