Une vague d'art belge déferle sur le monde
Il est frappant de retrouver cet automne, à l'étranger, en Europe, et même au Japon, les grands noms de l'art belge moderne et contemporain dans des expositions marquantes. Nos artistes restent nos meilleurs ambassadeurs. Parmi la pléthore d'expositions proposées, on retrouve au moins huit grands événements centrés sur des artistes belges.
- Publié le 01-09-2016 à 14h52
- Mis à jour le 01-09-2016 à 15h54

Parmi la pléthore d'expositions proposées cet automne dans le monde, on retrouve au moins huit grands événements centrés sur des artistes belges.
Les "Diables Rouges" de l'art sont en finale
Il est frappant de retrouver cet automne, à l'étranger, en Europe, et même au Japon, les grands noms de l'art belge moderne et contemporain dans des expositions marquantes. Nos artistes restent nos meilleurs ambassadeurs.
A commencer par l'exposition Magritte au Centre Pompidou à Paris qui fait déjà la une de bien des magazines et journaux français. Intitulée "La trahison des images", elle se déroulera du 21 septembre au 23 janvier et veut renouveler notre regard sur le peintre. Avec une centaine d'œuvres (le premier prêteur est le musée Magritte de Bruxelles), l'exposition explorera l'intérêt du peintre pour la philosophie comme il culmina en 1973 avec "Ceci n'est pas une pipe", publié par Michel Foucault. Une exposition comme une dense monographie dans la lignée des expos de Beaubourg sur Munch, Matisse et Duchamp.

L'autre événement sera bien sûr l'expo Hergé au Grand Palais. La première fois qu'un auteur de BD reçoit cet honneur. Réalisée avec l'aide du musée Hergé à Louvain-la-Neuve, on y reverra Tintin, Milou, Quick et Flupke, la statuette Arumbaya et tout un univers en version originale (du 2 septembre au 15 janvier).
Quatre géants
Il faudra traverser la Manche pour voir le troisième événement : la première grande exposition James Ensor à Londres depuis plus de vingt ans. A la Royal Academy, avec comme commissaire l'artiste belge Luc Tuymans qui décidément devient de plus en plus commissaire d'expos. La Royal Academy en fait son événement de rentrée : "Le théâtral, le satirique, le macabre, réunis dans l'art de James Ensor. Avec un ensemble original d'œuvres vues à travers les yeux d'une des peintres majeurs d'aujourd'hui." Du 29 octobre au 29 janvier.

Le quatrième géant de l'art belge du XXe siècle, Marcel Broodthaers, sera célébré au musée Reina Sofia à Madrid du 5 octobre au 9 janvier. C'est la grande rétrospective réalisée par le MoMA de New York qui vient là avant de partir au K20 à Dusseldorf. Avec 300 œuvres dont beaucoup venues de la collection belge d'Herman Daled. On annonce une expo plus riche encore qu'au MoMA et disposant d'espaces plus larges. Broodthaers sera aussi présent dans une expo collective en octobre au Muhka d'Anvers.
Les "vivants" aussi
Il n'y a pas que nos "grands morts" qu'on célèbre ainsi. Quatre artistes actuels sont tout autant à l'honneur. A commencer par Pierre Alechinsky, 88 ans, qui aura sa première grande rétrospective au Japon. D'abord à Tokyo au musée Bunkamara (du 19 octobre au 8 décembre) et ensuite au museum of Art d'Osaka. Organisée dans le cadre du 150e anniversaire des amitiés belgo-japonaises, elle rend enfin hommage aux liens entre Alechinsky et le Japon.
En 1955, le peintre y fit un voyage et y rencontra la calligraphie avec le maître Morita Shiryu de Kyoto avec qui il entretiendra une correspondance régulière, ce qui a eu une grande influence sur toute son oeuvre. Il en témoigna dans un film "Calligraphie japonaise". Alechinsky sera aussi au centre d'expos plus petites, au musée Cobra à Amstelveen et au musée Matisse à Cateau-Cambresis.

Luc Tuymans n'est pas seulement le commissaire de l'expo Ensor à Londres, il aura aussi sa grande expo au Lam, à Villeneuve d'Asq près de Lille, du 30 septembre au 8 janvier. C'est sa première expo d'envergure en France. Intitulée "Prémonitions", elle couvrira son œuvre de 1985 à aujourd'hui avec au centre le doute contenu dans l'image peinte : "La peinture est porteuse d'une inquiétude : on sent qu'il se passe quelque chose, sans savoir précisément quoi."
David Claerbout revient cet automne, du 3 septembre au 29 janvier, au beau musée De Pont à Tillburg, pas loin d'Anvers. C'est un photographe et vidéaste obsédé par la représentation du temps. Il réalise d'incroyables films qui tentent de cerner la forme du temps, sa durée et le sentiment de nostalgie qu'il instille. Chaque film est une œuvre de cinéaste demandant d'importants moyens et une réalisation impeccable : équipes multiples et d'infinies manipulations d'images. A la projection on ne sent rien de cela.
Le nouveau défi de Fabre
Ses expos au De Pont en 2009 et au Wiels en 2011 furent des événements. Celle-ci le sera aussi avec des œuvres neuves et pour la première fois des magnifiques dessins préparatoires.
Enfin, Jan Fabre réalisera un nouveau défi. Après avoir exposé ses œuvres dans les salles du Louvre et des Offices, il sera cet automne, du 21 octobre au 9 avril, au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, le plus grand musée du monde avec le Louvre, avec l'expo "Knight of Despair/Warrior of Beauty".
Il sera aussi, à Lyon, au musée d'art contemporain, avec une reprise de sa belle expo "Stigmata" sur 30 ans de performances, qu'on avait vue à Rome et Anvers.
Le dernier acte d'Obama
Parmi les nouveaux musées annoncés, le plus événementiel sera l'ouverture le 24 septembre par le président Obama, du très longtemps attendu et controversé Musée des Afro-Américains à Washington (The National Museum of African American History and Culture, NMAAHC). Ce sera le dernier acte important du président américain et hautement symbolique. Dû au grand architecte David Adjaye, Britannique et noir, d'origine tanzanienne, le musée a coûté 500 millions de dollars, espère 3,5 millions de visiteurs par an et se trouve sur la prestigieuse "Allée des musées" à Washington au pied de l'obélisque. Il a la forme d'une couronne Yoruba inversée avec sa façade composée de centaines de plaques de fer forgé, en hommage au travail des esclaves américains.
Dès 1915, on avait émis l'idée de bâtir un musée qui raconterait l'histoire des Noirs américains et leur apport à la culture. Mais il a fallu un siècle pour vaincre les réticences : fallait-il s'autoflageller en rappelant le racisme et l'esclavage ? N'ouvrait-on pas la porte à une multiplication des musées "communautaires" ? Avec 33 000 objets collectés, dix étages et 33 000 mètres carrés, le musée a l'ambition de raconter cette histoire en montrant autant un wagon datant de la ségrégation avec les sièges réservés aux gens de couleur que la collerette d'Harriet Tubman, une esclave du Maryland qui facilita l'évasion de ses compagnons.