Le beau rêve des Vanhaerents s'expose à Lille
Lille offre un superbe écrin à la collection d'art contemporain Vanhaerents, une des plus grandes.

- Publié le 06-10-2023 à 13h28
- Mis à jour le 06-10-2023 à 16h26

C'est un magnifique honneur pour la riche collection privée belge d'art contemporain Vanhaerents, une des plus belles en Europe. Elle occupe les trois étages du Tripostal à Lille jusqu'au 14 janvier, dans le cadre de Lille 3000. Commencée il y a presque 45 ans, elle était la seule collection belge d'art contemporain dans la liste des 200 plus importantes collections privées d'art contemporain au monde établie par Artnews en 2018. Et depuis, elle n'a cessé de grandir.
Elle rejoint d'autres grandes collections qui furent aussi invitées à Lille, comme celles de Pinault, Saatchi, Centre Pompidou, Fondation Cartier, etc. En 2014, ce fut déjà le tour des collectionneurs belges invité au Tripostal avec Passions secrètes, autour de 18 collectionneurs privés flamands venus de la région de Courtrai.
La collection Vanhaerents est aussi unique car elle est purement familiale, pur fruit des coups de cœur du père Walter Vanhaerents et de ses deux enfants, Joost et Els, étroitement liés à la collection, sans conseillers à leurs côtés, disent-ils.
Walter Vanhaerents a fait fortune dans la construction. Mais sa passion est l'art contemporain qu'il a découvert petit à petit pour s'envoler ensuite à Londres ou New York quand il y a une belle pièce à acheter. Son seul critère, dit-il, est l'émotion qu'il ressent devant l'œuvre.

En 2007, il ouvrait son lieu : un ancien entrepôt à la rue Anneessens, près de Molenbeek, dans un quartier qui offre encore de magnifiques espaces de 3500 m2 construits en 1926 sur trois étages. Walter Vanhaerents a fait appel aux architectes Robbrecht&Daem pour rénover le lieu. Une fois par mois, on peut visiter leur beau lieu à Bruxelles.
Au bout de mes rêves
À Lille, avec Caroline David comme commissaire, l'exposition est intitulée Au bout de mes rêves, une phrase d'une chanson de Jean-Jacques Goldman qui résume bien l'esprit de Walter Vanhaerents.
À Lille, tout acquiert une autre dimension et de très grandes œuvres peuvent s'y déployer comme celle de Tomas Saraceno. Une grande salle est striée de fils et aux croisements de ceux-ci "poussent" comme des cristaux, ou des neurones géants, des structures complexes flottantes qui pourraient un jour abriter des gens, de la vie. À côté, est placée une de ces sculptures de Saraceno faite par des araignées vivantes !

À l'étage, on est plongé dans un environnement renversant avec sept géants de plus de 4 m de haut de David Altmejd qui nous toisent, inquiétants et proches, poilus et rongés déjà, ou construits de boîtes de miroirs, ou couverts de fruits. Chaque "Colosse" a un nom. Une œuvre fantasmagorique, un vrai univers singulier qui parle de la transfiguration des choses, y compris de nos existences. Walter Vanhaerents a des amitiés fidèles. Il suit le travail du Canadien David Altmejd quasi depuis ses débuts.
Comme un opéra
Le collectif AES + F montre une de ses grandes vidéos présentées à Venise, avec une musique comme un opéra : The Feast of Trimalchio se déroule sur une île imaginaire abritant un hôtel de luxe. Un paradis temporaire où les clients s'adonnent à des plaisirs contemporains allant de la détente à la forme physique.
On peut aussi admirer un très beau triptyque vidéo de Bill Viola, ou les néons vertigineux d'Ivan Navarro, un crâne en néon de Kendell Geers, et les curieux animaux hybrides de Bruce Nauman suspendus au plafond.
La collection se compose d'un remarquable ensemble d'artistes africains et afro-américains, devenus omniprésents dans les collections contemporaines : on reconnaît Kehinde Wiley celui qui peignit Obama et qui, ici, réinterprète saint Sébastien avec un Noir de New York, Joy Labinjo et son Gentleman au chapeau, les deux Frères d'Emmanuel Taku, la femme noire cow-boy défiant les stéréotypes d'Otis Kwame Kye Quaicoe et les peintures aux doigts d'Amoako Boafo. Une peinture émouvante de Titus Kaphar évoque la disparition d'un enfant mort sans doute des violences dont sont victimes les Afro-américains, en découpant dans la toile ; la forme vide de l'enfant.
Une impressionnante exposition avec aussi une fontaine sensuelle de Laure Prouvost, David Hockney, Murakami, Ugo Rondinone, Mark Handforth et tant d'autres.

Les Vanhaerents ont veillé à ne pas vider leur lieu bruxellois qui reste visible durant l'exposition lilloise.
Dans leurs projets, il y aura la création d'un dépôt de leurs œuvres à Torhout pour dégager le bâtiment bruxellois. Ils annoncent aussi un retour à Venise pour une exposition en marge de la prochaine biennale d'art, dans l'église Santa Maria della Visitazione, sur les Zattere, face à la Giudecca, comme les Vanhaerents l'avaient fait en 2019.
"Au bout de mes rêves", Tripostal, à Lille, jusqu'au 14 janvier.