Deux nouveaux tableaux de René Magritte font partie de l’accrochage du musée à Bruxelles, prêtés pour une longue durée par la famille Spaak. Ils sont particulièrement émouvants et rappellent, au moment où vient de mourir Antoinette Spaak, un épisode dramatique et héroïque dans l’histoire de la famille.

Dans les années 30, Claude Spaak, frère du ministre Paul-Henri Spaak, l’oncle donc d’Antoinette Spaak, dirigeait la société des expositions au Palais des Beaux-Arts et entretenait alors d’excellents rapports avec Magritte, lui achetant beaucoup d’oeuvres et lui commandant des portraits de sa famille.

On peut admirer désormais au musée de la place Royale, le portrait de l’épouse de Claude Spaak, née Suzanne Lorge, peint en 1936 par Magritte qui la représente comme dans une page d’un livre face aux nuages, avec, devant, déposé sur un tissu rouge, un oeuf. L’autre tableau peint en 1937 montre les deux enfants du couple Spaak: Bazou et Pilette qui entourent une fenêtre ouverte avec une chandelle allumée, signe de vie, et une procession d’objets mystérieux chers à Magritte: lion, buste antique , etc.

Le portrait de Suzanne Spaak, très émouvant, vient rappeler aujourd’hui l’engagement de cette grande dame durant la guerre, un exemple de courage qui reste exemplaire à l’heure des replis sur soi et de la montée à nouveau de l’extrême droite et de l’anti-sémitisme.

Durant la guerre, Suzanne Spaak, née en 1905, son mari et leurs deux enfants vivaient à Paris une vie de luxe. Mais vite elle décide de rejoindre la Résistance dans le Mouvement national contre le racisme. Son appartement devient un lieu de rencontre pour les résistants. Elle distribue aussi des prospectus et aide à sauver des Juifs de la persécution. Suzanne Spaak est alors affectée au service de renseignements L’Orchestre rouge piloté par Leopold Trepper pour aider les agents de renseignement. Elle participe à une action pour sauver 163 enfants juifs de la déportation. Elle prend tous les risques en abrite certains enfants chez elle en attendant de trouver un lieu sûr.

© Fondation Magritte

Mais le réseau L’Orchestre rouge est peu à peu démantelé par la Gestapo, 600 personnes sont arrêtées dont, en octobre 1943, Suzanne Spaak incarcérée et torturée à la prison de Fresnes. Le 12 août 1944 juste avant la libération de Paris, elle est assassinée dans sa cellule par l’officier de la Gestapo Heinz Pannwitz. Elle avait 38 ans. En 1985, le mémorial Yad Vashem à Jérusalem lui a décerné à titre posthume le titre de Juste des Nations.

Il est très émouvant de revoir au musée Magritte le visage de Suzanne Spaak qui incarna tant le courage et l’engagement jusqu’à la mort.