Everybody's happy in Hollywood

Du vent d'ouverture ayant soufflé sur les nominations aux 73e oscars du cinéma, que reste-t-il à l'arrivée? Une brise tranquille, celle qui a permis au "Tigre et dragon" de Ang Lee de repartir avec quatre statuettes, à celle annoncée du "meilleur film en langue étrangère" s'en ajoutant d'autres, point négligeables d'ailleurs, et qui saluent de ce film virevoltant la photographie, la direction artistique et la bande originale.

PAR JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS
Everybody's happy in Hollywood
©Lucy Nicholson / AFP

ANALYSE

Du vent d'ouverture ayant soufflé sur les nominations aux 73e oscars du cinéma, que reste-t-il à l'arrivée? Une brise tranquille, celle qui a permis au "Tigre et dragon" de Ang Lee de repartir avec quatre statuettes, à celle annoncée du "meilleur film en langue étrangère" s'en ajoutant d'autres, point négligeables d'ailleurs, et qui saluent de ce film virevoltant la photographie, la direction artistique et la bande originale.

Bilan plus qu'honorable, mais fort éloigné des promesses entrevues il y a quelques heures encore, quand le film taïwanais pouvait espérer être la première oeuvre non anglophone à repartir avec la distinction suprême, celle récompensant le meilleur film.

HABILE SAUPOUDRAGE

Il n'en a rien été, Hollywood célébrant surtout la production américaine au gré d'un palmarès fédérateur respectant globalement les tendances annoncées et épousant la forme d'un triumvirat, au film d'Ang Lee s'ajoutant l'incontournable "Gladiator", de Ridley Scott, et l'exceptionnel "Traffic", de Steven Soderbergh.

Outre l'incontestable qualité d'ensemble 2001 restera comme un grand cru , l'impression prévalant tient donc de l'habile saupoudrage: nul déni de justice dans les choix de l'Académie, tout au plus l'audace de certains est-elle contrebalancée par le vernis consensuel d'autres. Du reste, la cérémonie s'est-elle déroulée sans accrocs Steve Martin, en monsieur Loyal, faisant inévitablement parler son humour et guère plus d'intenses émotions. Exception faite toutefois du bonheur irradiant de Julia Roberts, des bisous adressés par Ed Harris à Marcia Gay Harden, ou encore de la sortie de Russell Crowe "Je me rappelle mes rêves d'enfance. Dites-vous, là en Australie, qu'avec du courage, c'est possible."

SODERBERGH PLÉBISCITÉ

Ainsi, "Gladiator" vaut-il comme prévu aux studios Dreamworks de Steven Spielberg une jolie brassée d'oscars, sans qu'il y ait lieu pour autant de verser dans le triomphalisme. L'oscar du meilleur film récompense une oeuvre de divertissement au classicisme calibré, un péplum qui, renouant avec la grande tradition hollywoodienne, faisait figure de favori logique.

Meilleur acteur, Russell Crowe voit pour sa part un oubli réparé, un an après sa formidable performance dans "The Insider". Jouant cette fois dans le registre de l'action, le comédien néo-zélandais démontre l'étendue de ses capacités. Ici encore, la logique apparaît respectée. Effets spéciaux, son et costumes complètent une moisson qui ne tient cependant nullement du raz-de-marée, scénario et réalisation un camouflet pour Ridley Scott manquant notamment à l'appel.

La plus belle surprise de la soirée vient en effet de "Traffic" et son réalisateur, Steven Soderbergh, également nominé pour "Erin Brockovich". Les craintes voulant que ses deux films s'annulent se sont avérées non fondées: le cinéaste apparaît in fine comme le vainqueur objectif de la cérémonie, non sans démontrer de maîtresse façon que l'on peut réussir comme indépendant au sein des studios.

Avec les oscars du second rôle masculin pour le troublant Benicio del Toro, du montage, du scénario adapté et de la réalisation, "Traffic" réussit un impressionnant quarté, qu'eût pu légitimement compléter celui du meilleur film. Ajoutons-y le prix de la meilleure actrice enfin glané par une Julia Roberts radieuse à la faveur de "Erin Brockovich", et voilà le réalisateur plébiscité. Un Steven Soderbergh qui, au moment de recevoir sa distinction, a encore trouvé le chic de remercier "tous ceux qui consacrent une partie de leur journée à créer. Le monde serait invivable sans art."

La grande classe, en tout état de cause.

Trois films trustant de la sorte les honneurs, ne restait aux autres qu'à se partager les miettes. On retiendra notamment que le "Almost Famous", de Cameron Crowe, n'a pas été totalement oublié, l'auteur/réalisateur repartant avec le prix du scénario original. Mais encore la reconnaissance allant à l'épatante Marcia Gay Harden, meilleur second rôle pour "Pollock", biographie consacrée au peintre par Ed Harris.

Marqué pas de chance, par contre, pour Randy Newman, dont la quatorzième nomination n'aura toujours pas été la bonne il est devancé cette fois par Bob Dylan, auteur de "Things Have Changed" pour "Wonder Boys", de Curtis Hanson. Quant à Miramax, le lobbying exercé en faveur de "Chocolat" n'a pas porté ses fruits, le charmant film de Lasse Hallström étant cruellement absent du palmarès, en dépit d'une volée de nominations.

Sort qu'il partage avec "Iedereen beroemd", de notre compatriote Dominique Deruddere, dont la seule nomination relevait il est vrai déjà de l'exploit

© La Libre Belgique 2001


Le palmarès des 73e oscars Film: "Gladiator" Réalisateur: Steven Soderbergh ("Traffic") Acteur: Russell Crowe ("Gladiator") Actrice: Julia Roberts ("Erin Brockovich") Second rôle masculin: Benicio del Toro ("Traffic") Second rôle féminin: Marcia Gay Harden ("Pollock") Film en langue étrangère: "Tigre et dragon" Scénario original: Cameron Crowe ("Almost Famous") Scénario adapté: Steve Gaghan ("Traffic") Photographie: "Tigre et dragon" Direction artistique: "Tigre et dragon" Bande originale: "Tigre et dragon" Chanson: "Things Have Changed" (Bob Dylan) Montage:"Traffic" Effets spéciaux: "Gladiator" Son: "Gladiator" Costumes: "Gladiator". Montage sonore: "U-571" Maquillage: "The Grinch" Oscars d'honneur: Jack Cardiff et Ernest Lehman, Dino de Laurentiis.

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